Le 10e Festival international du théâtre de Béjaïa a été clôturé, mercredi 19 février, par un hommage au comédien Omar Guendouz.

La 10e édition du Festival international du théâtre de Béjaïa (FITB) a été clôturée mercredi 19 février au soir au Théâtre régional Abdelamelek-Bouguermouh, écourtée d’une journée en raison de l’absence d’une troupe tunisienne. Slimane Benaïssa, commissaire du festival, a déclaré, lors d’une conférence de presse, que la troupe tunisienne, qui a pourtant confirmé sa participation par un courrier fin janvier 2020, n’a pas donné d’explication à l’annulation de son spectacle. Il a toutefois lié cette absence imprévue à la manifestation d’un groupe de citoyens lors de la cérémonie d’ouverture, samedi 15 février, pour exprimer le refus de la tenue du festival. « Quelqu’un a enlevé le drapeau de la Tunisie qui était accroché au bâtiment du théâtre », a-t-il dit, regrettant l’absence des Tunisiens. Il a reconnu que le programme de la 10e édition était réduit en raison de restrictions budgétaires. « Nous avons fait des dépenses avant l’édition d’octobre 2019 avec l’achat de billets d’avion pour des conférenciers. L’édition a été annulée en retard. Nous avons malgré tout réussi à organiser un festival en ce mois de février avec la participation d’une cinquantaine de personnes. Il était difficile de reprogrammer des troupes, qui allaient venir en octobre, parce qu’elles ont de nouvelles dates ailleurs. Quand j’ai travaillé en France, j’étais programmé deux ans à l’avance. Pour les rendez-vous, il faut avertir les gens au moins six mois à l’avance. Il fallait tenir le festival ce mois de février car une rupture aurait été catastrophique. Il faut assurer la continuité. Les artistes ne doivent pas s’arrêter, sinon ils coulent », a-t-il expliqué. L’édition d’octobre 2019 a été annulée en raison de la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019. La dotation accordée au festival par le ministère de la Culture est de 25 millions de dinars. L’Office national des droits d’auteurs (ONDA), sponsor du festival, a dégagé deux millions de dinars et l’ANEP a promis de le faire aussi.
« Les festivals doivent évoluer et avoir l’argent qu’il faut pour cela »
Slimane Benaïssa a appelé à repenser le contenu des festivals « à la faveur d’un projet culturel ». « Le cahier des charges de notre festival est limité. Nous avons le droit d’inviter des troupes étrangères et d’organiser des Master Class. C’est tout. Il faut que chaque festival corresponde à des critères et des objectifs. Notre festival est resté au même stade depuis dix ans. On ne sent pas de la part du ministère de la Culture une avance inspirée pour ce festival. Pour atteindre une certaine dimension, les festivals doivent évoluer et avoir l’argent qu’il faut pour cela. Le festival de Béjaïa peut évoluer. Il y a l’infrastructure et une population qui aime le théâtre », a déclaré Slimane Benaïssa. Selon lui, le festival ne sera pas délocalisé à Alger. « Ce n’est pas parce que nous avons eu des incidents ici à Béjaïa qu’on va déplacer le festival. Ce n’est pas devant la légèreté d’un moment qu’on va prendre des décisions lourdes. Cela mérite réflexion. Je me bats pour que le festival s’installe à Béjaïa. Il appartient à la ville et elle le mérite », a-t-il rassuré. Une réflexion est, selon lui, engagée pour changer la date de la tenue du festival à mars, « une période plus favorable ». Slimane Benaïssa a fait un plaidoyer pour les abonnements au théâtre pour garantir une autonomie financière du festival dans l’avenir. « Ailleurs dans le monde, tous les théâtres vivent avec des cartes d’abonnements. Il y a des abonnements de six mois, d’une année ou de trois spectacles.  L’argent récolté sert le théâtre. Après, il est facile de convaincre les sponsors lorsque le nombre d’abonnés est important. Donc, avec l’abonnement, le public protège le festival. La commission d’organisation doit être élargie à des représentants du public pour discuter à chaque fois du programme du festival. L’abonnement peut ramener une recette suffisante. En Algérie, on continue de prendre le problème à l’envers. On ramène l’argent chez le sponsor, puis on cherche le public après. Cela ne se passe pas comme ça. Il faut garantir le public pour avoir les sponsors », a-t-il plaidé.
« Le théâtre africain ne doit plus imiter le théâtre européen »
Selon lui, les textes de création des festivals doivent être changés pour que les commissaires aient la liberté d’aller vers l’abonnement. « Après, le ministère de la Culture sera un partenaire avec le public. Les wilayas et les communes vont contribuer aussi au festival. Quand tout le monde s’y met, ça marchera. Les sponsors viendront après en grand nombre. La technique de l’abonnement est la meilleure », a-t-il insisté. Analysant la situation du théâtre algérien, Slimane Benaïssa, qui est dramaturge et comédien aussi, a appelé à se « libérer » du théâtre occidental. « Ce théâtre nous correspond-il réellement ? Les Africains se posent la question. Nous avons un patrimoine culturel extraordinaire à mettre en valeur. Le théâtre africain ne doit plus imiter le théâtre européen et ne plus user d’un langage que le public ne comprend pas. La réussite d’une troupe théâtrale dépend du public. Nous avons parlé ici à Béjaïa avec les invités africains de l’identité de notre théâtre. Il s’agit de construire un théâtre africain authentique qui pourra être exporté vers le monde. C’est l’essence même de notre projet. En Europe, le théâtre est en crise alors que chez nous, le théâtre existe partout. Il n’a pas trouvé ses auteurs. Nous ne manquons pas de sujets. Nous avons à construire la citoyenneté, à lutter contre la corruption, à combattre les mauvaises politiques et à construire une société de A à Z. Quand on est dans cet état-là, le théâtre peut se développer d’une manière extraordinaire et apporter des réponses », a-t-il souligné. Le festival a été clôturé par un hommage au comédien Omar Guendouz et un concert de Bheidja Rahal. La chanteuse andalouse a interprété des morceaux de la nouba sika, du aroubi et du hawzi.n