La 1ère Conférence sur les énergies renouvelables s’est clôturée hier sur la nécessité de la mise en place d’un Conseil national de concertation sur les énergies renouvelables, avec une contribution élargie aux institutions, opérateurs, experts et banques.

La ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, Fatma-Zohra Zarouati, a affirmé à l’occasion que la stratégie énergétique nationale, orientée vers la promotion des énergies renouvelables fera réduire la dépendance de l’Algérie aux hydrocarbures. Un objectif stratégique pour l’Etat. Déclarant que l’Algérie s’était résolument orientée vers l’élaboration d’une stratégie énergétique lui permettant d’être «un acteur énergétique dynamique», la ministre du secteur a rappelé l’impérieuse nécessité de favoriser l’utilisation des ressources d’énergie autres que les hydrocarbures.
Mme Zerouati a évoqué la grande importance accordée par les pouvoirs publics au développement des énergies renouvelables, en leur consacrant «un programme national spécifique» impliquant à la fois les secteurs privé et public, ainsi que les partenaires étrangers, «détenteurs de savoir-faire et de technologies». D’autre part, la ministre a relevé que «les bouleversements rapides et majeurs» en cours sur la scène énergétique internationale ont mis l’Algérie devant des défis et des enjeux cruciaux. La diversification des sources d’énergie, la garantie de la sécurité énergétique pour les générations futures et le développement d’une économie fondée sur la transition énergétique sont devenus des objectifs capitaux.
De son côté le P-DG de la Sonelgaz, Mohamed Arkab, a souligné que la stratégie nationale de transition énergétique devrait éviter les pièges et tenir compte des paramètres liés notamment à l’environnement, aux territoires, aux ressources humaines, à la disponibilité des richesses naturelles et à la progression fulgurante de la demande interne, ainsi que l’évolution du marché externe. Le premier responsable de Sonelgaz a appelé de ses vœux à l’émergence d’un grand nombre de «champions économiques» (entreprises privées et publiques) dans l’ensemble des segments du secteur des énergies renouvelables. Notamment dans les domaines du solaire photovoltaïque, du solaire thermique, de l’éolien, de la biomasse et de la géothermie. Pour Arkab, l’enjeu se trouve dans l’amélioration de l’attractivité du marché algérien des énergies renouvelables. Une attractivité qui devrait être consolidée par la prospérité et la compétitivité des entreprises nationales, «dont l’engouement, pour ce secteur est considérable», notera-t-il. Lamine Kadi, expert et consultant en énergie, a de son côté relevé que les énergies renouvelables constituaient «un levier pour les croissances économique et sociale» et un moteur pour la création d’emploi.
Selon lui, «le mix énergétique, basé sur le gaz naturel et le solaire, constituait le meilleur choix pour une transition énergétique efficace en Algérie». Il avertira néanmoins que l’’exploitation des immenses réserves de gaz de schiste, dont dispose le pays, devrait se faire dans «la plus grande sécurité». Kadi a, par ailleurs, estimé que l’énergie nucléaire ne représentait pas (pour l’heure ?) une alternative énergétique adéquate pour l’Algérie, car, a-t-il expliqué, «les stations nucléaires, qui nécessitent des systèmes de refroidissement performants, ne peuvent pas être installées dans le sud, marqué par les grandes chaleurs, ni Sur le littoral du pays, connu pour être une régions sismique».

Guitouni plaide pour une meilleure communication entre les différents acteurs
Jeudi, le premier responsable du département de l’Energie a tenu à adresser, au lendemain de son allocution inaugurale, un message aux investisseurs et aux opérateurs du secteur des énergies renouvelables les appelant à une plus grande communication entre opérateurs et institutions publiques notamment. «Lors de ma tournée au niveau des stands, j’ai encore constaté un manque flagrant de communication pour ce qui constitue un challenge très important pour le pays. Nous avançons en rangs dispersés», a dénoncé le ministre de l’Energie, affirmant qu’il est temps pour l’ensemble des acteurs du secteur d’unir leur position pour la réussite de la transition énergétique.
M. Guitouni a par ailleurs rappelé que beaucoup de pays ont d’ores et déjà introduit les sources renouvelables dans leur mix énergétique «aux avantages avérés et multiples», et a affirmé la présence d’un large potentiel en Algérie en termes de ressources renouvelables, notamment solaires : «Le programme adopté en 2011 et remis à jour en 2015 porte sur une capacité de 22 000 MW et privilégie le photovoltaïque eu égard à la rentabilité de cette filière», a-t-il expliqué rappelant par ailleurs aux investisseurs l’existence d’un atlas dédié au potentiel solaire et éolien national «qui donnera une vision claire aux investisseurs».

Le programme ouvert aux investisseurs nationaux publics et privés
D’autre part, concernant l’intérêt des énergies renouvelables pour l’économie nationale, Mustapha Guitouni a estimé que cette source d’énergie permettra de «valoriser au mieux nos ressources conventionnelles, allonger la durée de vie de nos réserves et nous assurer l’indépendance énergétique». L’intervenant a estimé nécessaire de faire jouer au secteur un effet de levier pour le développement technique et technologique de l’ensemble de l’industrie nationale, «condition sine qua none pour la capitalisation des acquis et l’émergence d’une industrie nationale moderne compétitive et innovante», selon le ministre qui a assuré par ailleurs que le programme national des énergies renouvelables est ouvert aux investisseurs nationaux publics, privés et étrangers, «programme dont la mise ne œuvre bénéficie de l’apport substantiel et multiforme de l’Etat». M. Guitouni a ainsi mentionné les avantages communs octroyés par le Code de l’investissement, les avantages du régime de la convention de la préférence nationale et la réduction des procédures administratives. «Cet engagement n’est pas un choix, mais une nécessité dictée par des impératifs : l’indépendance énergétique, protéger nos réserves fossiles et se placer dans le mouvement global d’efficience énergétique afin de réduire l’emprunte carbone», a détaillé le même responsable.

Zéro mégawatt de renouvelable développé en 2017
Outre l’intervention du ministre de l’Energie, des panels ont rassemblé plusieurs experts nationaux et internationaux. L’un d’eux a vu l’expert en énergie Abdelmajid Attar pointer du doigt la même problématique que celle soulevée par M. Guitouni, «il y a un manque de coordination entre les différentes institutions et les opérateurs», a-t-il dit tout en indiquant que l’objectif fondamental pour le pays est la recherche d’une alternative aux énergies fossiles qui sont actuellement à l’origine de la totalité de l’énergie que nous consommons. L’objectif à long terme étant, selon l’intervenant, la sécurité énergétique.
Abdelmajid Attar a rappelé les tendances de croissance des différentes sources d’énergie entre la période 2016-2040, «l’ère du charbon est finie. Le pétrole sera en perte de vitesse en tant que source d’énergie. Le gaz va maintenir son taux de croissance et contribuera à assurer la sécurité énergétique en association avec les énergies renouvelables», a-t-il expliqué, indiquant que le taux de croissance des énergies renouvelables va doubler, entre 2016 et 2040. «Il est à noter aussi que 85% du taux de croissance des différentes énergies viendra des énergies renouvelables et du gaz naturel d’où l’intérêt d’accompagner cette tendance», a estimé celui qui fut notamment ancien P-DG de Sonatrach. Celui-ci a notamment plaidé pour que soit également prise en considération dans le cadre de la transition énergétique, le concept d’économie d’énergie qui représente, «un autre aspect important pouvant permettre d’économiser une importante part de la consommation de l’énergie fossile».
Pour l’expert en énergie, parmi les défis qui attendent l’Algérie, l’on retrouve le défi industriel qui comprend l’engineering «quasiment absent en Algérie». «Nous possédons actuellement 400 MW, alors que les pays voisins en développent plus. En 2017, il n’y a pas eu un seul mégawatt développé en Algérie», a regretté Abdelmajid Attar.