Le service européen d’observation de la Terre, Copernicus, a annoncé hier, 9 janvier, que les sept années, de 2015 à 2021, ont été de façon «nette» les plus chaudes jamais enregistrées, confirmant l’avancée du réchauffement climatique avec des concentrations record de gaz à effet de serre.

Synthèse de Selma Allane
Si 2021 n’a été «que» la cinquième plus chaude jamais enregistrée, elle a subi les effets dévastateurs du changement climatique : canicules exceptionnelles et meurtrières en Amérique du Nord et en Europe du Sud, incendies ravageurs au Canada ou en Sibérie, vague de froid spectaculaire dans le centre des Etats-Unis ou précipitations extrêmes en Chine et en Europe de l’Ouest. Malgré un niveau tiré à la baisse par le phénomène météo La Nina, 2021 a tout de même enregistré, selon Copernicus, une température moyenne supérieure de 1,1°C à 1,2°C par rapport à l’ère pré industrielle (1850-1900), comparaison de référence pour mesurer le réchauffement causé par les émissions de gaz à effet de serre issues de l’activité humaine.
L’objectif de l’accord de Paris de 2015, contenir le réchauffement «nettement» sous +2°C et si possible à +1,5°C, est donc toujours aussi dangereusement proche. En moyenne annuelle, 2021 se classe très légèrement devant 2015 et 2018, l’année 2016 restant la plus chaude. Et les sept dernières années «ont été les plus chaudes jamais enregistrées, d’une marge nette», relève l’organisme européen. «Il s’agit d’un rappel brutal de la nécessité pour nous de changer, de prendre des mesures efficaces et décisives pour aller vers une société durable et de travailler à réduire les émissions de carbone», a souligné Carlo Buontempo, directeur du service changement climatique de Copernicus. Car l’agence a mesuré pour 2021 des nouvelles concentrations record dans l’atmosphère des gaz à effet de serre produits par l’activité humaine et responsables du réchauffement. Le CO2, de très loin premier responsable du réchauffement et qui provient principalement de la combustion de matières fossiles et de la production de ciment, a atteint le niveau record de 414,3 ppm (parties par million), selon les données «préliminaires» de Copernicus.
Pour 2020, malgré le ralentissement de l’activité dû à la pandémie, l’Organisation météorologique mondiale (OMM, agence de l’ONU) avait mesuré cette concentration à 413,2 ppm, soit 149% supérieure au niveau préindustriel. Lors de la conférence climat COP 26 de novembre, une centaine de pays avaient rejoint une «initiative» visant à réduire de 30% les émissions de méthane. Objectif qui pourrait, s’il était tenu, rendre plus réaliste le slogan martelé lors de la conférence de Glasgow de «maintenir en vie (l’objectif de) 1,5 degré». Les engagements de réduction d’émissions pris par les différents pays, en comptant ceux annoncés à l’occasion de la COP 26, laissent en effet le monde sur une trajectoire de réchauffement de 2,7°C, niveau qualifié de «catastrophique» par l’ONU. A l’occasion de cette COP, l’OMM avait déjà annoncé que les sept années depuis 2015 seraient probablement les plus chaudes jamais enregistrées, avertissant que le climat mondial entrait de ce fait en «terrain inconnu». «C’est un nouvel avertissement sur ce que nous faisons à notre planète (et) nous avons désespérément besoin d’actions véritables pour faire baisser les émissions», a commenté lundi pour l’AFP Sir Brian Hoskins, directeur de l’Institut Grantham sur le changement climatique de l’Imperial College de Londres.
En soulignant qu’il «devient difficile de dire quelque chose de neuf à chaque fois que nous voyons un nouveau clou planté dans le cercueil planétaire». Les grands pays industrialisés sont en grande partie responsable des émissions de CO2 à grande échelle et du réchauffement climatique.