Si le déficit pluviométrique enregistré ces derniers mois venait à perdurer, son impact sur l’alimentation en eau potable (AEP) des villes du pays, grandes consommatrices, et sur de nombreuses superficies agricoles tributaires du régime pluvial est à redouter. Une éventualité certes alarmante, mais sur laquelle le ministre des Ressources en eau, Arezki Berraki, rassure que pour l’heure le pays n’est pas en situation d’alerte ou de stress hydrique.

Ce dernier qui s’exprimait sur le manque de précipitations, lors d’un point de presse en marge d’une Journée d’études intitulée « L’eau dans la ville, les nouveaux défis du service public », a néanmoins tenu à rappeler que « le déficit des précipitations en cette période de l’année constaté sur tout le territoire du pays n’a rien d’exceptionnel ». Et d’arguer dans ce sens : « Si l’on se réfère aux données des précipitations de ces dix dernières années, le déficit actuel n’a rien d’insolite.» Le ministre a en outre révélé aux médias qu’« un bilan devra être fait à partir des mois de mars et avril, période où la pluviométrie est la plus importante depuis plusieurs années ». Il en veut pour preuve qu’« on enregistre depuis deux décennies une forte pluviométrie durant les mois de mars et d’avril ». Et donc pour le ministre « nous nous prononcerons qu’à partir de cette période à venir ». Le ministre a par ailleurs affirmé « le pays ne fait pas face à un déficit en eau du moment où le taux de remplissage des barrages à travers le pays a dépassé 63%, précisant au passage que la majorité de l’AEP provient des phréatiques et non pas à partir des barrages ». Au registre des mesures à prendre pour l’heure, le premier responsable du secteur a indiqué : « Nous allons mener un travail de prévention afin de ne pas nous retrouver dans la même situation de 2001, où le pays avait connu une sérieuse pénurie d’eau. » Toujours dans cette même optique, Berraki a fait savoir que son département est en train de mener un travail d’évaluation « afin d’assurer l’AEP pour le mois de Ramadhan ainsi qu’en prévision de la prochaine saison estivale », a-t-il expliqué.
Notons que le ministre, interrogé sur l’éventuelle augmentation du prix de l’eau, a affirmé « ce n’est pas à l’ordre du jour ». Il a toutefois souligné : « Nous visons à améliorer le service public et surtout de faire en sorte que l’AEP soit assurée au quotidien avec des volumes inchangés. » Et d’assurer enfin : « Notre axe de travail repose à garantir un accès à l’eau à l’ensemble des citoyens. »
De nouveaux mécanismes de gestion des ressources
Notons qu’à l’occasion de cette journée d’études, de nombreux experts nationaux et internationaux se sont prononcés sur la gestion des ressources hydriques face au changement climatique. Ces derniers se rejoignent sur l’intérêt de mettre en œuvre de nouveaux mécanismes face aux effets du changement climatique, induisant la rareté de la ressource hydrique, mais aussi face à l’augmentation de la demande due à une population urbaine de plus en plus importante. Dans ce contexte, l’expert auprès de l’Agence nationale des changements climatiques (ANCC), Mahi Tabet-Aouel, a indiqué : « Le changement climatique provoque plus de conséquences au niveau du sud de la Méditerranée par rapport à sa rive Nord. » Ce même expert a également fait observer que l’Algérie a connu au cours du siècle dernier, une augmentation de 0,3 degrés Celcius par décennie ainsi qu’un déficit de pluie de 15% au cours du XXe siècle.
« Les impacts principaux du changement climatique se traduisent par une pénurie des ressources hydriques, la dégradation de la qualité de l’eau, l’intrusion des eaux marines au niveau des nappes aquifères et la détérioration des infrastructures causée principalement par les inondations », a expliqué Tabet-Aouel. Pour faire face à cet état des lieux, l’intervenant a rappelé les missions de l’ANCC consistant notamment en l’implication de l’ensemble des secteurs dans la promotion de l’intégration des changements climatiques dans les plans de développement nationaux et locaux.
Pour sa part, le directeur général de la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (Seaal), Brice Cabibel, a évoqué la pression que subissent les villes en termes de demande hydrique dans un contexte de changement climatique aux effets accrus. Selon lui, le défi de la Seaal consiste à augmenter l’efficacité du réseau pour limiter les pertes de ressource et optimiser l’accès à l’eau dans la ville.
De son côté, le vice-président de la Commission internationale des grands barrages, Enriqué Cifres Gimenez, a relevé « l’existence de grandes asymétries dans la disponibilité et les besoins en eau dans la région du bassin méditerranéen », ce qui nécessite une gestion intégrée de l’eau, notamment à travers des systèmes de données modernes. « Les conséquences de l’augmentation des situations de stress hydrique pourraient être aggravées à l’avenir par le changement climatique », a-t-il affirmé. Pour remédier à cette situation, M. Gimenez a plaidé pour l’intérêt d’améliorer la sensibilisation du public par l’éducation, le renforcement des capacités, le renforcement institutionnel et le financement d’infrastructures clés pour répondre à une demande croissante. « Il faut aussi mettre en place de nouvelles infrastructures non conventionnelles telles que le dessalement et la réutilisation de l’eau », a-t-il enfin estimé.