Le sommet sur le climat, la COP 26, a débuté hier à Glasgow en Ecosse. Ses travaux qui dureront deux semaines sont programmés pour maintenir l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré. Mais entre les déclarations d’intention et la réalité, il y a les intérêts économiques et industriels des uns et des autres. Il y a des logiques d’influence qui ne sont pas dites et qui risquent de doucher les espoirs d’un sursaut international en faveur de la planète

Synthèse Salim Benour
A la fin du G20, dimanche 31 octobre, le secrétaire général des Nations Unies a estimé que les résultats du sommet sur la question climatique étaient insuffisants. «Je salue l’engagement renouvelé du G20 en faveur de solutions au niveau mondial, mais je quitte Rome avec des espoirs déçus – même s’ils ne sont pas enterré», a déclaré Antonio Guterres sur Twitter. «En route vers la COP26 à Glasgow pour maintenir l’objectif de 1,5 degré», a-t-il ajouté. Mais «Si Glasgow échoue, tout échoue», a-t-il lancé au lancement de la COP 26, une réunion de deux semaines considérée comme cruciale pour l’avenir de l’humanité. Plus de 120 chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus à ce sommet sur le climat dont l’Américain Joe Biden, le Français Emmanuel Macron, l’Indien Narendra Modi et l’Australien Scott Morrison, pourtant ardent promoteur du charbon dont son pays est le premier exportateur mondial. Mais il y aura aussi de grands absents, comme le Chinois Xi Jinping qui n’est pas sorti de son pays depuis le début de la pandémie de Covid-19. La Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre, vient de présenter de nouveaux objectifs de réduction considérés par beaucoup d’experts comme manquant d’ambition. Le président russe Vladimir Poutine comme le Brésilien Jair Bolsonaro, accusé de favoriser une déforestation massive en Amazonie, seront aussi absents. «Si le G20 était une répétition générale pour la COP26, alors les leaders mondiaux ont raté leur réplique», a regretté Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International. Et de promettre qu’à Glasgow, où de nombreux militants s’apprêtent à manifester, «nous exigerons les actions manquantes pour protéger de la crise climatique comme du Covid-19». «Tout ce que nous avons vu (au G20), c’était des demi-mesures plus que des actions concrètes», a renchéri Friederike Rِder, vice-présidente de Global Citizen. «Nous devons avoir en tête que ce n’est que le début», a défendu le Premier ministre italien Mario Draghi, dont le pays présidait le G20 cette année, «nous allons pas à pas». Joe Biden a affirmé qu’il y avait eu des «résultats tangibles», tout en se disant «déçu» que la Chine et la Russie ne se soient pas «montrées» au sommet. La chancelière allemande sortante Angela Merkel a quant à elle estimé que la réunion du G20 constituait «un bon signal avant Glasgow». Les décisions du G20 sur le climat étaient d’autant plus attendues que ce groupe, qui réunit les principales économies développées (UE, Etats-Unis) mais aussi de grands émergents comme la Chine, la Russie, l’Inde ou le Brésil, représente 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Glasgow sera «le dernier et le meilleur espoir» de parvenir à limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C, objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, a prévenu dimanche en ouvrant la conférence Alok Sharma, président de la COP26. Et les leaders mondiaux peuvent «faire le succès ou enterrer l’espoir de garder l’objectif de à +1,5°C à portée». «L’humanité est face à des choix difficiles, mais clairs», a renchéri la responsable climat de l’ONU, Patricia Espinosa. Le communiqué final du G20 a bien réaffirmé les objectifs de Paris, tout en insistant sur le fait que «conserver (l’objectif de) 1,5°C à portée nécessitera des actions et des engagements significatifs et efficaces de tous les pays». Or ce sont bien les engagements précis qui manquent, comme sur le charbon, grosse source de pollution carbone, sur lequel le G20 n’a pas donné d’objectifs nationaux. Beaucoup de pays, notamment émergents, restent très dépendants de cette source pour leur production électrique, a fortiori dans le contexte actuel de crise énergétique mondiale. Pas de date précise non plus pour atteindre la neutralité carbone. Le G20 évoque seulement le «milieu du siècle». Un horizon moins précis que l’horizon de 2050 voulu notamment par la présidence italienne du G20. Déception aussi sur un autre dossier brûlant de la COP, l’aide climatique aux pays pauvres. L’engagement des plus riches de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 ne sera pas tenu… avant 2023. Pourtant, les effets de la crise climatique se font toujours plus sentir, sécheresses, canicules mortelles, méga-feux, inondations… Et les pauvres sont souvent en première ligne. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a ajouté dimanche une page au dossier, annonçant que les sept années de 2015 à 2021 seront probablement les plus chaudes jamais enregistrées, et prévenant que le climat mondial entrait en «terrain inconnu». n

Erdogan renonce à sa participation pour motifs de «sécurité»

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé qu’il ne participerait pas à la conférence climat de l’ONU (COP26) à Glasgow (Royaume-Uni), pour des motifs de «sécurité», a rapporté lundi l’agence de presse Anadolu. «Nous avons renoncé à nous rendre à Glasgow quand nos demandes n’ont pas été satisfaites. Il n’en allait pas seulement de notre sécurité, mais aussi de la réputation de notre pays», a déclaré le président turc à des journalistes, à bord de l’avion présidentiel lors de son retour du G20 à Rome. «Nous avions des normes quant au protocole de sécurité (…). Cependant, nous avons été informés au dernier moment que celles-ci ne pouvaient pas être satisfaites», a détaillé M. Erdogan, selon des propos rapportés par la chaîne turque NTV. Initialement attendu lundi à Glasgow, M. Erdogan était rentré en Turquie dans la nuit de dimanche à lundi, laissant planer un doute sur sa participation à la COP26. Selon plusieurs médias, dont le site Middle East Eye, le président turc a renoncé à participer à la COP26 en raison de restrictions sur la taille de la délégation turque et le nombre de véhicules officiels.