Les Etats-Unis et la Russie semblent afficher des divisions profondes sur la question de l’Iran, Washington prônant une posture particulièrement hostile envers Téhéran jusqu’à encourager nommément les troubles qui semblent s’estomper.

Lors d’une réunion controversée du Conseil de sécurité consacrée à ce pays, les deux puissances ont montré une nette divergence sur le traitement de la question iranienne. « En 2018, nous ne resterons pas silencieux », a martelé l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, en justifiant sa demande dès mardi d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, qui a provoqué des dissensions entre ses 15 membres. Une posture qui semble ne pas trouver preneur. « Si on doit faire des réunions à chaque fois qu’il y a des manifestations dans un pays… », a estimé agacé un diplomate sous couvert d’anonymat rapporté par l’AFP. Pour Nikki Haley, « le régime iranien bafoue les droits de son peuple ». Dans un discours fiévreux, l’Américaine a dénoncé les « dépenses d’armement iraniennes » aux dépens, selon elle, du bien-être de la population. « C’est à l’Iran de régler ses propres problèmes », lui a rétorqué l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia évoquant « une situation interne (qui) est en train de se normaliser » et accusant Washington de « gaspiller l’énergie du Conseil ». Le diplomate russe a évoqué des « prétextes fantaisistes » pour la tenue de cette session, en évoquant une « ingérence dans les affaires intérieures iraniennes ». La Russie a été soutenue au Conseil par plusieurs pays membres. Il ne faut « pas saper l’autorité du Conseil, alors que son unité est cruciale », a souligné l’ambassadeur éthiopien, Tekeda Alemu. « La situation iranienne ne menace pas la stabilité régionale », a ajouté l’ambassadeur adjoint chinois à l’ONU, Wu Haiteo, en déniant tout rôle au Conseil dans une situation interne à un pays.

Approche modérée
Il s’agissait de la toute première réunion du Conseil de sécurité pour 2018 après les vœux d’unité formulés le 1er janvier par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. « L’unité est la voie à suivre: notre avenir en dépend », avait-il alors affirmé. Ainsi même si le Royaume-Uni a jugé, sans surprise, « tout à fait légitime » une réunion du Conseil de sécurité sur l’Iran, la France s’est montrée beaucoup plus circonspecte. Le président français Emmanuel Macron avait plaidé la modération et mis en garde contre un risque de « guerre » si les discours belliqueux venus des Etats-Unis, d’Israël ou d’Arabie saoudite se poursuivent. Vendredi, le représentant français a souligné qu’il ne faut pas instrumentaliser la situation iranienne « de l’étranger », a-t-il souligné. La Suède et le Pérou, autre nouveau membre non permanent du Conseil de sécurité, ont partagé cette approche modérée. Dans une lettre mercredi à l’ONU, l’Iran, soutenue par la Turquie, avait dénoncé les ingérences des Etats-Unis à son égard, reprises vendredi par son ambassadeur aux Nations unies devant le Conseil de sécurité. Contrastant avec le ton mesuré des Européens et de l’ONU, l’administration américaine de Donald Trump, qui veut revenir sur l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, a apporté un soutien appuyé aux contestataires en Iran encourageant la confusion dans ce pays. Washington a récemment imposé de nouvelles sanctions contre des groupes industriels iraniens « soupçonnés de participer au programme de missiles balistiques de l’Iran ». Du 28 décembre au 1er janvier, un mouvement de contestation, basé sur des revendications essentiellement économiques, a secoué de nombreuses villes de l’Iran. Et suscité l’intérêt médiatique et politique occidental. La contestation a parfois comporté certains slogans politiques, et les violences ont fait 21 morts, en majorité des manifestants. Le calme est globalement revenu depuis mardi suscitant comme une déception dans le discours notamment des Etats-Unis.