Depuis la suspension des domiciliations bancaires pour les opérations de commerce extérieur de et vers l’Espagne, des entreprises espagnoles témoignent d’un ralentissement inédit du commerce avec l’Algérie. Seuls les contrats gaziers ne sont pas touchés par cette vague d’interdictions commerciales, étant donné l’engagement d’Alger à remplir son contrat avec ses clients de la péninsule Ibérique.

Par Hakim Ould Mohamed
Le courant ne passe plus entre Alger et Madrid depuis que le gouvernement Pedro Sanchez a décidé de soutenir les plans du Maroc au Sahara occidental. Alger n’a pas tardé de réagir, y voyant une entorse à la légalité internationale et au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, conformément aux différentes résolutions onusiennes. La crise politique s’est aussitôt installée ; Alger remettant en cause le traité d’amitié liant les deux pays et Madrid se plaignant auprès de Bruxelles quant aux conséquences commerciales de cette brouille politique, née de la décision d’Alger de geler les domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur de produits et services de et vers l’Espagne. La crise politique s’est aussitôt transformée en différend commercial majeur. «Suite à la suspension du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec le royaume d’Espagne, il vous ai demandé de procéder au gel des domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur de produits et services de et vers l’Espagne, et ce, à compter du jeudi 9 juin 2022 », lit-on dans un courrier adressé par l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF) à l’ensemble de la communauté bancaire, au lendemain de la décision d’Alger de suspendre le traité d’amitié avec l’Espagne. Bien avant que l’ABEF fasse son communiqué à l’adresse des banquiers de la place, Alger avait déjà décidé, depuis novembre dernier, de bloquer les importations de bœuf d’Espagne. L’annulation des autorisations commerciales a grippé les producteurs espagnols et contraint ces derniers d’explorer d’autres marchés afin de pouvoir compenser la perte du marché algérien. Les céramistes espagnols ont subi les mêmes pertes au lendemain de la décision d’inclure la céramique espagnole sur la liste des produits interdits à l’importation, dans une tentative de soutenir la production locale, suite aux doléances émises par les producteurs algériens à l’adresse du gouvernement. Outre le bœuf et la céramique, plusieurs autres secteurs d’activité, très présents sur le marché algérien, risque de pâtir de la décision de l’ABEF de suspendre les domiciliations bancaires des opérations de commerce extérieur de et vers l’Espagne, dont les deux producteurs espagnols d’ustensiles de cuisine, Vitrinor et Magefesa de Guriezo, qui devait exporter vers l’Algérie une commande d’une valeur de 200.000 euros ce mois de juin. L’entreprise exporte annuellement environ 1 million d’euros à destination de l’Algérie.

Vers la révision des prix du gaz
Pour ne citer que ces exemples, il est évident que cette crise diplomatique entre Alger et Madrid provoquera une baisse certaine des échanges commerciaux entre les deux pays, même si le volet hydrocarbures n’est pas – jusqu’ici – affecté par les mesures restrictives imposées par Alger. Jusqu’à l’année dernière, l’Algérie était le principal fournisseur de gaz naturel de l’Espagne avec, au compteur, 23% des parts de marché. L’Algérie a prévenu début avril que l’Espagne était le seul pays auquel elle entendait revoir le prix de vente du gaz une fois les contrats renouvelés, ce qui fait planer une incertitude sur la rentabilité des importations espagnoles, à l’heure où les cours du gaz naturel ont atteint des sommets. L’Espagne est reliée à l’Algérie par deux gazoducs ; celui transitant par le Maroc a été coupé depuis août 2021 en raison de la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc. Avant sa suspension, le traité d’amitié algéro-espagnol visait à renforcer le dialogue politique entre les deux pays, à tous les niveaux, et le développement de la coopération dans les domaines économique, financier, éducatif et de la défense. Depuis la suspension des domiciliations bancaires pour les opérations de commerce extérieur de et vers l’Espagne, des entreprises espagnoles témoignent d’un ralentissement inédit du commerce avec l’Algérie. Seuls les contrats gaziers ne sont pas touchés par cette vague d’interdictions commerciales, étant donné l’engagement d’Alger à remplir son contrat avec ses clients de la péninsule ibérique. Mais il se pourrait que les contrats soient révisés avec, comme option, une hausse des prix appliqués à Naturgy. Il faut comprendre qu’à terme, le gaz sera un élément clé des négociations. Après le début du conflit ukrainien, l’Espagne était dans une position privilégiée pour s’approvisionner en gaz algérien à l’avenir. Désormais, l’Italie est le pays qui est devenu le grand partenaire stratégique européen d’Alger. En dehors des hydrocarbures, les échanges hors hydrocarbures sont marqués par une exportation espagnole d’environ 2 milliards d’euros à destination de l’Algérie annuellement. Par secteurs économiques, ceux qui vendent le plus à l’Algérie sont les secteurs des demi-produits pour plus de 1,1 milliards d’euros l’année avant le covid, principalement la métallurgie ; les biens d’équipement (605 millions) et l’automobile (près de 460 millions d’euros). Pour l’Algérie, l’Espagne est son cinquième fournisseur, derrière la Chine, la France, l’Italie et l’Allemagne. <