Par Dominique Lorraine
A quelques heures du palmarès, bien malin qui pourrait prédire le tiercé gagnant et dans l’ordre, surtout. Pour le moment, les critiques sont très partagés. C’est dire l’acuité du dilemme face à une sélection officielle plutôt de bonne tenue cette année.

Plusieurs films semblent tenir la corde
«Hi-han (Eo)» de Jerzy Skolimowski, l’un des films les plus acclamés. Un drame humaniste en hommage à Robert Bresson avec pour protagoniste un âne, tout à fait taillé pour le prix spécial du Jury. A moins qu’une certaine audace ne pousse les jurés à lui décerner la Palme d’or. Et à moins de lui préférer le splendide «la Femme de Tchaikovsky» de Kirill Serebrennikov, ce bouquet de fulgurances sur le destin brisé de l’épouse du compositeur russe.
«R.M.N» de Cristian Mungiu est aussi un sérieux candidat tant est important le traitement de la situation dramatique, à l’origine de la discorde d’un village qui refuse l’arrivée d’ouvriers étrangers au moment où le pays est en butte à une poussée nationaliste. Dans «Holy Spider», de l’Iranien Ali Abbasi, l’impressionnante interprétation de Mehdi Bajestran, dans le rôle d’un serial killer qui veut» «purifier la ville des prostitués» (mais pas de leurs clients !), pourrait lui valoir un Prix d’interprétation. Dans «Les Amandiers», Valeria Bruni-Tedeschi, qui a rendu hommage à l’école de théâtre fondée par Patrice Chéreau, pourrait voir celle qui a incarné son personnage à l’écran, la jeune comédienne finlando-française Nadia Tereszkiewicz -son double et qui a tiré son épingle du jeu par sa vivacité et sa sincérité-, repartir avec un prix d’interprétation féminine. Et puisqu’il est inenvisageable qu’un film américain ne soit pas récompensé, «Armageddon Time» de James Gray, dans un film très personnel sur son enfance, pourrait obtenir un prix de la mise en scène. “Boy from heaven” de Tarik Saleh, thriller d’une grande précision, narrant l’histoire d’un ange déchu dans la prestigieuse université du Caire, Al-Azhar, est un très bon outsider.
«Tori et Lokita» de Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne, le destin tragique d’une jeune réfugiée béninoise, en Belgique, pourrait se retrouver pour la troisième fois au palmarès même si les deux cinéastes frères exploitent le même sillon depuis «Rosetta», Palme d’or en 1999. «Broker» (tourné en Corée), du Japonais Hirokazu Kore-eda, pour la huitième fois sur la Croisette, qui explore de nouveau les liens familiaux. Kang-ho. «J’ai rencontré beaucoup de gens, des gens abandonnés dans des boîtes à bébés, j’ai visité des orphelinats… La question qui les hantait : est-ce que leur vie avait une valeur ? Est-ce qu’il avait bien fait de venir au monde ?», confie le cinéaste sud-coréen.
Enfin «Close», du jeune belge Lukas Dhont, un des derniers films en compétition, drame délicat sur l’enfance, porté par les jeunes comédiens Eden Dambrine et Gustav De Waele, très ovationné par le public de la grande salle Lumière. Une vraie réussite après un premier film très remarqué «Girl» (Caméra d’or 2018) pourrait voir son auteur récompensé une nouvelle fois.