Le rythme lent de la vaccination contre le nouveau coronavirus n’est pas sans faire réagir les spécialistes de la santé qui recommandent une vaccination massive. Ce qui, vraisemblablement, ne peut être réalisé actuellement au vu de la faiblesse des doses de vaccins reçues jusqu’à présent, alors que des milliers de personnes attendent leur tour d’être vaccinées après s’être inscrites aussi bien au niveau des structures sanitaires dédiées que par le biais de la plateforme numérique du ministère de la Santé.

«Toutes les doses des vaccins qui ont été importées, à ce jour, ont été administrées, à l’exception de quantités du vaccin chinois», a fait savoir, hier, le porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, Dr Djamel Fourar, à l’APS. En clair, les 100.000 doses importées et constituées de 50.000 doses du vaccin russe Spoutnik V et de 50.000 autres doses du vaccin AstraZeneca-Oxford ont été épuisées. Pour les 200.000 doses du vaccin chinois Sinopharm, le Dr Fourar n’a pas précisé quelle quantité a été distribuée et consommée.
La vaccination a débuté le 30 janvier dernier, soit exactement un mois et huit jours jusqu’à la déclaration du porte-parole du Comité scientifique hier. Sachant qu’il faut deux doses de vaccin pour chaque personne, et la seule certitude qu’il y a est que les 100.000 doses de Spoutnik V et d’AstraZeneca-Oxford ont été administrées, il devient alors aisé de conclure que la vaccination a touché 50.000 personnes en un mois et huit jours. Même si le vaccin chinois a commencé à être inoculé, la deuxième dose n’a pu encore être administrée vu qu’il faut 21 jours entre les deux doses et que cet antidote a été réceptionné en Algérie dans la soirée du 24 février dernier, donc moins de 21 jours.
La vaccination de 50.000 personnes sur une période de cinq semaines justifie donc les recommandations des professionnels de la santé qui préconisent d’accélérer la cadence afin de casser la chaine de transmission du Covid-19 et de stopper la pandémie. Cet appel est réitéré notamment depuis l’apparition du variant britannique dans le pays et dont les premiers cas ont été annoncés la fin du mois dernier.
Le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), n’a pas caché son mécontentement, surtout s’agissant de la vaccination des praticiens du secteur de la santé, tous corps confondus, dont le nombre de vaccinés reste encore inconnu. «Nous n’avons pas eu la possibilité de faire ce travail (de recensement) mais si l’on prend l’effectif concerné dans le secteur public entre médecins, infirmiers, corps communs, etc., on est au minimum à 300.000 travailleurs. Sur ce total, on est à peine à 20.000 professionnels, et là j’exagère le chiffre, qui auraient été vaccinés», a-t-il déploré dans une déclaration à TSA.
Le Pr Kamel Djenouhat, président de l’Association algérienne d’immunologie, est également revenu, pour la deuxième fois en une semaine, sur l’augmentation du rythme de vaccination pour rompre la chaine de contaminations. «Il faut aller vers la vaccination massive de manière graduelle en fonction des doses reçues afin d’atteindre 70% de la population», a-t-il affirmé.

Vaccination et gestes barrières «indissociables» contre le Covid-19
Mais au-delà de l’accélération de la vaccination, les spécialistes n’omettent pas de rappeler la nécessité pour la population de respecter les mesures de prévention qu’ils qualifient d’arme efficace dans la lutte contre le Covid-19. C’est un point exprimé par sur lequel a insisté le Pr Ryadh Mehyaoui. «Le respect des gestes barrières et la vaccination d’un grand nombre de la population sont deux mesures indissociables pour freiner le virus qui, désormais, coexiste avec nous», a déclaré ce professeur qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus.
Même son de cloche du côté du Pr Djenouhat, qui déplore, lui aussi, «le relâchement constaté ces derniers jours chez certaines catégories sociales», relevant que «la propagation de variants, notamment la souche britannique qui se propage dans certains pays y compris en Algérie où des cas sont enregistrés, pourrait mener à une nouvelle vague de ces variants si les gestes barrières ne sont pas respectés». «La prudence est de mise surtout depuis l’apparition du variant britannique», a encore souligné le Pr Mehyaoui.
Près de 16.000 inscrits sur la plateforme numérique
Appelant lui aussi au respect des gestes barrières, le Dr Fourar a, par ailleurs, fait savoir que près de 16.000 citoyens, tous âges confondus, se sont inscrits sur la plateforme numérique du ministère de la Santé pour se faire vacciner. «Sur 15.910 personnes désirant se faire vacciner inscrites jusqu’au 7 mars sur cette plateforme, 11.684 sont âgées de 50 ans et plus, soit 73% dont 8.613 ont des maladies chroniques (70%)», a-t-il précisé. D’aucuns estiment que le chiffre de «16.000 inscrits est faible» surtout si l’on considère que l’Algérie doit vacciner 20 millions de la population d’ici à la fin de l’année. La faiblesse du nombre d’inscrits s’expliquerait par le fait qu’il y a encore des gens réticents à la vaccination ou par une communication insuffisante au sujet de la plateforme, sans oublier que la vaccination n’est pas obligatoire.
Il est utile de noter, par ailleurs, qu’il n’y a pas un chiffre exhaustif sur le nombre réel d’inscrits à la vaccination puisque les inscriptions ont commencé bien avant la mise en place de la plateforme, et ce, au niveau des centres vaccinaux comme les polycliniques. A ce propos, le Dr Fourar a précisé qu’«ils «seront insérés sur la liste de la plateforme numérique étant donné que cette dernière a été lancée quelques jours après leur inscription». Tous les inscrits auront «des rendez-vous aux établissements publics de santé de proximité (EPSP), en fonction de la réception des doses», a ajouté Dr Fourar, notant que «les citoyens seront contactés par ordre de priorité pour recevoir leurs doses au niveau de ces établissements». Ceux dont les noms sont insérés dans la plateforme seront contactés par SMS ou par appel téléphonique. Concernant la vaccination du personnel de la santé du secteur privé, il a indiqué qu’«il n’y a aucune différence entre les deux secteurs public et privé», les invitant à s’inscrire sur la plateforme numérique. <