La Cinémathèque algérienne a lancé, avant-hier, son premier rendez-vous de la rencontre baptisée « Forum sur le cinéma algérien et mondial», animé par le chercheur et écrivain algérien Nouredine Louhal, auteur de «Sauvons nos salles de cinéma», et le photographe français Stephan Zaubitzer, passionné de cinéma et d’architecture, qui ont débattu avec les présents sur l’état des lieux des salles de cinéma en Algérie.

Salim Aggar, directeur de la Cinémathèque algérienne, déclare à propos de l’organisation de ce forum, qui conviera pour les prochaines éditions des cinéastes, des écrivains, des critiques et mêmes des artistes et des comédiens pour parler de cinéma, de son histoire et de ses perspectives, que « la mission de la cinémathèque n’est pas seulement de programmer des films, mais également de contribuer à la mémoire et l’architecture du cinéma algérien, et les salles font parties justement de ce patrimoine ». Il ajoute que «nous n’avons pas beaucoup de personnes qui écrivent sur le cinéma, et nous souhaitons qu’il y ait des livres sur cet art pour contribuer à sauvegarder la mémoire des films, mais aussi celle des cinéastes et des œuvres ».
Lors de cette rencontre, Noureddine Louhal, à travers son livre, a listé les anciennes salles de cinéma qui sont fermés aujourd’hui, et revient sur ce qui l’a inspiré pour écrire son ouvrage. Il confie à ce sujet : « Mon livre «Sauvons nos salles de cinéma », paru en 2013, est né par une soirée pluvieuse du mois de Ramadhan 2001, à la Grande-Poste d’Alger, où il y avait un monde fou qui s’extasiait de la projection du film en plein air «les Vacances de l’inspecteur Taher».
«Au moment où les personnes à la fin de la projection rentraient chez eux, j’ai fait le choix de refaire le chemin à l’envers. C’est-à-dire de marcher à travers la ville en suivant le circuit des salles de cinéma que je connaissais depuis mon enfance », a-t-il fait savoir. Déplorant que «c’est là où j’ai constaté la fermeture de plusieurs salles, alors que nous avons hérité de plus de 400 salles de cinéma, après l’Indépendance à l’échelle nationale». S’insurgeant qu’« aujourd’hui, le public algérien est réduit à se contenter des projections de cinéma «du mur», ce qui est une honte».
Dans son exposé sur la dégradation du parc cinématographique algérien, il pointe également du doigt la transformation de l’activité de ces salles dont certaines ont été rasées pour y bâtir des locaux, voire même des parkings et d’autres, dont le cachet urbanistique est dévalorisé. Par ailleurs, et à propos de la publication de son deuxième livre «Sauvons nos salles de cinéma, acte 2 », l’écrivain avouera que « j’ai actualisé mon premier livre, car il était offert seulement aux gens du cinéma et à ses amateurs et que le grand public ne l’a pas lu ».
Noureddine Louhal enchaîne pour dire que dans le domaine du cinéma algérien «nous n’avons pas d’écrits, tout est à refaire notamment en matière de littérature cinématographique». Il citera en exemple le cas de Sid Ali Kouiret, un géant du septième art algérien et qui, selon lui, « est parti sans laisser de trace. Donc on se doit d’écrire sur le cinéma, cela est triste pour un pays qui a été primé d’une Palme d’or à Cannes».

Perpétuer la mémoire des salles obscures
De son côté, Stephan Zaubitzer, photographe, passionné de cinéma et d’architecture, est revenu pour les présents sur son parcours en déclarant : «Je collectionne les photos des salles de cinéma de la rive Sud de la Méditerranée depuis des années » Il rappelle, ainsi, qu’il a commencé ses prises de photos en 2010 en Egypte, puis il s’était rendu au Maroc, en 2014, où il a photographié des salles dans différentes villes.
Il poursuit son périple chromatique au Liban, en 2016, puis en Tunisie en 2018, et enfin il le termine en juillet 2019, en Algérie, où il a photographié les salles d’Alger et d’Oran.
Il confie aux présents que «ma technique de prise de vue est un peu particulière. Car j’utilise une chambre grand format, c’est un appareil ancien ». Il précise également que «je ne m’intéresse pas seulement aux salles, mais aussi à l’architecture qui les entoure et cela pour toucher un peu l’âme et les fantômes de ces lieux emblématiques».
Stephan Zaubitzer, qui a décroché le World Press Photo, en 2004, pour son travail sur les salles de cinéma, en plein air de Ouagadougou et expose régulièrement en France et à l’étranger, a projeté à l’occasion de cette rencontre un ensemble de ses photos prises entre 2010 et 2019, en donnant un petit aperçu sur chaque salle.
Il dira à l’issue de cette projection que « le livre de Noureddine Louhal m’a vraiment facilité la vie et m’a aidé à trouver facilement les salles de cinéma. » Il souligne toutefois que «certes, on peut se lamenter sur l’état de ces salles, mais ce que je trouve bien, par rapport à l’Europe c’est qu’en Europe dès qu’une chose ne sert plus, elle est détruite et on construit autre chose à la place. Ce qui fait que la continuation de la mémoire est plus compliquée. Tandis, qu’ici en Algérie, même si ces salles sont détruites, où qu’elles ne sont plus en activités, il y a comme même une mémoire qui se perpétue».
Au final, les intervenants ont insisté sur l’impératif d’accorder un intérêt particulier à ces salles qui sont essentielles à l’industrie cinématographique et de trouver les moyens d’une gestion optimale de ce réseau. Ils ont également appelé à la création de cinémas modernes en accord avec les exigences de la nouvelle génération pour que cette industrie prospère et que la culture d’aller apprécier des œuvres sur grand écran puisse se perpétuer.