Une première pour sa 70e édition: le jury du Festival de Cannes sera cette année présidé par un cinéaste espagnol, l’emblématique Pedro Almodovar, habitué de cette manifestation dédiée au septième art qui l’a plusieurs fois récompensé sans lui décerner pour autant la Palme d’or.

Le réalisateur de «Talons aiguilles» et «Parle avec elle», icône flamboyante du cinéma espagnol depuis plus de 30 ans, succèdera au réalisateur de la saga «Mad Max», l’Australien George Miller. Il décernera avec son jury la Palme d’or à l’issue du festival, qui se déroulera du 17 au 28 mai 2017. «Je suis très heureux de fêter le 70e anniversaire du Festival du film de Cannes dans cette fonction si privilégiée. Je suis reconnaissant et honoré et j’ai le trac!», a déclaré Pedro Almodovar, 67 ans, cité dans le communiqué et repris par l’AFP. «Etre président du jury est une lourde responsabilité et j’espère être à la hauteur des circonstances. Je peux vous dire que je vais me dévouer corps et âme à cette tâche, qui est à la fois un plaisir et un privilège», a-t-il ajouté. Pedro Almodovar avait déjà été membre du jury du Festival de Cannes en 1992, sous la présidence de Gérard Depardieu. La Palme d’or avait été remportée cette année-là par «Les Meilleures intentions» du réalisateur danois Bille August. Cinq fois en compétition pour «Tout sur ma mère», «Volver», «Etreintes brisées», «La Piel que habito» et «Julieta» l’an dernier, Pedro Almodovar a été deux fois récompensé à Cannes, pour «Tout sur ma mère», prix de la mise en scène en 1999, et «Volver», prix du scénario et prix d’interprétation collective pour ses actrices en 2006. Metteur en scène connu dans le monde entier, il a été également récompensé par deux Oscars, pour «Tout sur ma mère» et «Parle avec elle». Grand cinéphile, amateur des films d’Alfred Hitchcock et Luis Buñuel, cet auteur de vingt longs métrages, à l’esthétique colorée et facilement reconnaissable, enchaîne les films depuis le début des années 1980. Depuis son premier long métrage, «Pepi, Lucie, Bom et les autres filles du quartier», sorti en 1980, Pedro Almodovar, connu notamment pour ses portraits de femmes, a créé une œuvre iconoclaste et surprenante, souvent provocatrice, traversée par les thématiques de l’identité sexuelle, du rapport mère-enfant, de la culpabilité ou du secret. Pour la composer, il s’est entouré d’actrices devenues ses égéries, parmi lesquelles Penélope Cruz, Marisa Paredes, Rossy de Palma, Victoria Abril et Carmen Maura, et d’acteurs fidèles, dont Javier Bardem et Antonio Banderas. Figure de proue de la Movida espagnole, mouvement créatif exubérant né au début des années 1980 après la dictature de Franco, Pedro Almodovar a accédé au succès international avec «Femmes au bord de la crise de nerfs» (1988). Viendront ensuite «Talons aiguilles», puis «Tout sur ma mère» et «Parle avec elle», deux de ses œuvres les plus récompensées. L’an dernier, il avait ajouté un nouveau portrait de femme, celui d’une mère en souffrance, à son œuvre, avec «Julieta», l’histoire d’une femme hantée par la disparition de sa fille unique, qui ne veut plus avoir de contacts avec elle. Julieta semble avoir tiré un trait sur son passé, et s’apprête à commencer une nouvelle vie avec le nouvel homme de sa vie. Mais une rencontre au hasard, dans une rue de Madrid la replonge dans son passé, et la pousse à se souvenir de sa jeunesse, de sa rencontre avec le père de sa fille, du moment où tout a basculé. Par ailleurs, le président du Festival, Pierre Lescure et son délégué général, Thierry Frémaux, ont déclaré (comme le cite le communiqué) : «Pour sa 70e édition, le Festival de Cannes est heureux d’accueillir un artiste unique qui jouit d’une immense popularité. Son œuvre s’est déjà inscrite pour toujours dans l’histoire du cinéma. Une longue fidélité unit Pedro Almodovar au festival», ont-ils déclaré. Le Festival de Cannes annoncera la composition du jury à la mi-avril. L’an dernier, la Palme d’or avait été décernée au cinéaste britannique Ken Loach pour «Moi, Daniel Blake».