Dans un contexte d’austérité où le financement étatique des productions cinématographiques s’est rétréci comme une peau de chagrin, de plus en plus de réalisateurs s’orientent vers les plateformes numériques pour lancer des campagnes de «Crowfounding» faisant ainsi appel à la solidarité des internautes afin de boucler les budgets de leurs films.

Le «crowdfunding» ou «le financement participatif», alternative pour compléter le budget des productions cinématographiques, a été en effet largement médiatisé dernièrement en Algérie par la démarche entreprise par le réalisateur Yanis Koussim pour la finalisation de son premier long-métrage «Alger by night». Ou plus récemment encore avec l’appel lancé par la romancière et réalisatrice Nora Hamdi pour le projet du film «La maquisarde», et le réalisateur Jean Asselmayer pour son documentaire sur le couple de militants Sprotisse. L’appel de Yanis Koussim aura également eu le mérite de transmettre au grand public une idée sur les coûts réels de certaines post-productions en faisant savoir que la finalisation de son projet, débuté en 1996, avait notamment besoin de «3 000 euros pour la préparation des rushs de montage et la conformation des images, 4 500 euros pour les techniciens» ou encore «1 500 euros de prises en charge (billets d’avion, hébergement etc.)».

Ainsi, le «crowdfunding» ou financement participatif apparaît de plus en plus comme une solution à la raréfaction des budgets dédiés aux productions cinématographiques, qui se basaient, jusque-là, presque exclusivement sur le financement du ministère de la Culture et, dans une moindre mesure, sur l’apport des coproducteurs internationaux. Avec le constat que la part du secteur privé national dans le cinéma reste encore extrêmement marginale. En effet, le financement du cinéma par le ministère de la Culture, au-delà de la problématique de l’acceptation –ou non- des scénarios par les commissions de lecture, subit depuis quelques années les conséquences des baisses des budgets de la culture dans le cadre de la politique d’austérité.

Le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, ayant annoncé, dès son arrivée à la tête du secteur en 2015, que seuls les films à petits budgets seraient dorénavant privilégiés, indiquant aux médias qu’avec «les budgets qui sont aujourd’hui donnés pour un seul film, on pourrait faire quinze films à très petits budgets». Le constat, aujourd’hui, est que le nombre de films produits par l’Etat a largement diminué en comparaison avec les projets lancés dans le cadre des grands festivals qu’avaient connus le pays a l’exemple d’«Alger, capitale de la culture arabe» en 2007, où soixante-huit films ont étés lancés, ou encore «Tlemcen, capitale de la culture islamique» en 2011 avec le financement de quarante-cinq productions. A propos du financement de la production des œuvres cinématographiques en Algérie, le réalisateur et producteur Lotfi Bouchouchi, qui a notamment réalisé en 2016 le long métrage de fiction «Le Puits», nous précise en substance que le marché du cinéma a suivi le courbes des «finances du pays », estimant que «le marché du cinéma n’est plus ce qu’il était, il y a seulement quelques années »

Il illustre son propos en expliquant qu’«en 2012 presque tous les réalisateurs algériens travaillaient sur des projets, tous financés par l’Algérie à environ 90%, ce qui était énorme. Alors qu’à l’heure actuelle, nous n’avons qu’un ou deux films par an, dont certains avec des financements étrangers». Il ajoutera, par ailleurs, à propos de «crowdfunding», que cette forme de financement peut bien constituer «un plus pour une production », soulignant que «tout ce qui peut aider à produire un film est le bienvenu. Si des particuliers peuvent soutenir une production même avec de petites sommes cela est une bonne chose. En fait, il y a tellement peu d’opportunités pour les réalisateurs des pays du Sud, et spécialement en Algérie, que toutes les solutions sont bienvenues».

Toutefois, le réalisateur estime que la formule du financement participatif ne pourrait, néanmoins, pas remplacer à elle seule les sources classiques, excepté dans certaines situations particulières, en précisant ; «je ne pense pas que l’on peut couvrir l’ensemble de la production d’un film de cette façon. Sauf, bien sûr, s’il s’agit d’un projet de film particulier qui arriverait à recueillir la mobilisation d’un large public». En concluant que, dans les faits, «à l’heure actuelle Crowdfunding ne peut être qu’un complément».

Concrètement, suite à l’appel au financement lancé par Yanis Koussim, pour la post-production de son premier long métrage «Alger By Night» dans le but de recueillir la somme de 9 000 euros, le réalisateur a réussi à atteindre dernièrement son objectif. Aujourd’hui, il espère franchir d’autres étapes dans la collecte de fonds, annonçant d’ores et déjà, qu’il souhaitait colleter des fonds de la même façon pour réaliser un documentaire sur l’histoire de production de son film.