L’annulation, il y a quelques jours, de la projection en avant-première du film « Papicha» à Alger n’a pas pour seul effet de priver le public algérois du premier long métrage de Mounia Meddour. L’annulation « momentanée » annoncée par l’Office Riad El Feth dont la salle Ibn Zeydoun devait abriter cette avant-première, risque de priver également ce film d’une participation à la course aux oscars 2020 pour lesquels il a été retenu comme candidat de l’Algérie.

Une participation pour laquelle la sortie pendant une semaine dans le pays d’origine est normalement requise. En attendant, la sortie internationale de «Papicha» commence mercredi, notamment en France, en Belgique, au Brésil, en Colombie et en Espagne. Remarqué en mai au Festival de Cannes, dans la section Un certain regard, puis récompensé par trois prix au Festival du film francophone d’Angoulême, «Papicha» raconte l’histoire de Nedjma, etudiante à Alger dans les années 90, incarnée par Lyna Khoudri Œuvre pleine de vitalité, portée par le tourbillon d’énergie de ses actrices, «Papicha» puise son inspiration d’abord dans les souvenirs de la cinéaste Franco-Algérienne, née en 1978. Fille du réalisateur Azzedine Meddour, elle a fait une année d’étude de journalisme en Algérie, avant que sa famille ne décide de quitter le pays, où son père était menacé. «J’ai habité dans une cité universitaire un peu similaire à celle qui est décrite», raconte-t-elle. «J’avais envie de raconter la vie de ces jeunes femmes dans cette cité, qui est comme un microcosme un peu représentatif de la société algérienne», ajoute celle qui dit avoir voulu montrer aussi «cette recrudescence de l’oppression particulièrement envers les femmes et leur corps». Pour la réalisatrice, qui vit en France depuis vingt ans, «Papicha» est «un film qui raconte la résistance des femmes algériennes». «Ce qu’on voit, c’est qu’elles ont été des résistantes dans les années 60, durant la guerre de Libération, mais aussi pendant les années noires», souligne la cinéaste, pour qui son film parle aussi «indirectement» de l’Algérie d’aujourd’hui, où les manifestations se succèdent depuis le début du mouvement de contestation le 22 février. «Nous ne savons pas, ni moi ni le CADC (Centre algérien du Développement du cinéma), coproducteur du film et qui est sous tutelle du ministère de la Culture, pourquoi il ne sort pas en Algérie», a indiqué Belkacem Hadjadj, coproducteur algérien du film. «Peut-être parce que c’est un film sur la problématique de la femme qui montre des filles entreprenantes qui se battent et ne se laissent pas faire. Je ne sais pas…», a-t-il ajouté. «Est-ce que c’est la conjoncture actuelle qui fait que c’est très sensible ?», s’interroge aussi la réalisatrice, qui avait posé avec ses actrices à Cannes avec des badges où figurait l’un des slogans des manifestations contre le régime. Pour elle, «le propos» du film est peut-être aussi en cause, alors que celui-ci «parle d’une période très sensible, dont beaucoup de personnes n’ont jamais fait le deuil». S’ajoutent sans doute, dit-elle, des raisons «de sécurité, alors que l’avant-première était prévue «dans une salle de 200 places et il y a eu plus de 2.000 demandes». «On a demandé une dérogation. On attend la réponse», lâche Mounia Meddour.
(source AFP)