La comédie musicale «La La Land» de Damien Chazelle, chantée et dansée par Emma Stone et Ryan Gosling, mène largement la course aux Oscars avec 14 nominations, tandis que la Française Isabelle Huppert est finaliste pour le prix de la meilleure actrice.

Avec cette brassée spectaculaire, l’ode à Hollywood du jeune prodige de 32 ans rejoint «Titanic» de James Cameron et «Eve» de Joseph Mankiewicz au firmament du plus grand nombre de nominations. Le film de science-fiction «Premier contact» avec Amy Adams et «Moonlight», drame de Barry Jenkins sur un jeune garçon noir et homosexuel, sont les deux autres films les plus cités avec chacun huit nominations, a annoncé mardi l’Académie américaine des arts et sciences du cinéma, qui remet ces prestigieuses récompenses. «Manchester by the Sea», avec Casey Affleck dans le rôle d’un homme hanté par un drame et soudainement forcé de s’occuper de son neveu, «Tu ne tueras point» de Mel Gibson, «Les figures de l’ombre», «Lion», «Fences» et le western «Comancheria» sont également finalistes dans la catégorie meilleur film. Casey Affleck, Ryan Gosling, Denzel Washington qui a mis en scène et interprète «Fences», Viggo Mortensen en père utopiste («Captain Fantastic») et Andrew Garfield dans le film sur la Seconde Guerre mondiale «Tu ne tueras point», étaient en lice pour la statuette de meilleur acteur.
Chez les comédiennes, Isabelle Huppert, déjà lauréate d’un Golden Globe au début du mois, s’est hissée dans la sélection pour la meilleure actrice. Si elle remportait la statuette, elle serait la troisième actrice française à réussir cet exploit après Marion Cotillard, lauréate pour son interprétation d’Edith Piaf dans «La Môme» (2008), et encore nommée pour «Deux jours, une nuit» en 2015, et Simone Signoret, primée pour «Les chemins de la haute ville» en 1959. Elle serait la quatrième si l’on inclut l’actrice américaine née en France, Claudette Colbert («New York-Miami», 1934). «C’est extraordinaire, je suis très heureuse», a réagi Isabelle Huppert sur la radio RTL. Dans le sulfureux «Elle», elle joue une femme d’affaires violée qui au lieu de se laisser aller à la déprime se met à traquer son agresseur, à jouer un jeu érotique avec lui. La légendaire actrice de 63 ans, qui avait jusqu’alors gagné tous les prix possibles en France et dans le monde, n’en avait pas beaucoup récolté aux Etats-Unis. Son Golden Globe et cette nomination représentent la consécration d’une carrière hors pair pour cette Meryl Streep à la française, qui dit n’avoir peur de rien au cinéma. Elle fera concurrence pour la statuette à Natalie Portman qui incarne magistralement la veuve du président assassiné John F. Kennedy dans «Jackie», Emma Stone qui joue une actrice en devenir qui tombe amoureuse dans «La La Land», à Ruth Negga pour «Loving», et à Meryl Streep en cantatrice qui chante faux dans «Florence Foster Jenkins». Après deux ans de polémique sur le manque de diversité des Oscars, l’Académie a cette fois-ci nommé des films où jouent beaucoup d’acteurs afro-américains comme «Fences» avec Denzel Washington et Viola Davis (nommée dans la catégorie second rôle féminin) ou «Moonlight» (Mahershala Ali et Naomie Harris sont retenus pour les prix du second rôle masculin et féminin respectivement). Octavia Spencer, oscarisée pour «La couleur des sentiments» en 2012, est candidate à l’Oscar du meilleur second rôle pour «Les figures de l’ombre», l’aventure de femmes scientifiques afro-américaines lors de la conquête spatiale. Le Britannique Dev Patel, aux origines indiennes, est quant à lui en lice pour «Lion», sur un enfant indien adopté par un couple australien. Parmi les finalistes francophones, le dessin animé suisse «Ma vie de courgette», poignant récit en «stop-motion» sur un petit garçon dans un orphelinat, ainsi que «La tortue rouge», coproduction franco-belgo-japonaise, sont finalistes pour le meilleur film d’animation aux côtés de «Kubo et l’armure magique», qui mêle stop-motion et effets spéciaux, et deux Disney, «Vaiana» et le grand favori «Zootopie». Chez les documentaires, «Fuocoammare, par-delà Lampedusa», Ours d’or à la Berlinale, sur les migrants, «Je ne suis pas votre nègre» de Raoul Peck – coproduction d’Arte -, «Life, Animated» de Roger Ross Williams, le déjà très primé «O.J Made in America» sur le champion de football américain légendaire déchu, et «13th», plaidoyer d’Ava DuVernay contre l’incarcération massive d’Afro-Américains, se livreront bataille. Dans la catégorie des meilleurs films en langue étrangère, l’Iranien «Le client», une coproduction française, fait partie des cinq titres retenus, aux côtés de l’Allemand «Toni Erdmann» de Maren Ade, de l’Australien «Tanna», du Suédois «Mr. Ove» et du Danois «Les oubliés». (AFP)