Le réalisateur somalien Ahmed Khadar a remporté, samedi, l’Etalon d’or de Yennenga au
27e Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) pour
son premier long-métrage
« La femme du fossoyeur ».

Synthèse Farid Aïnouche
Le jeune réalisateur de 40 ans, également de nationalité finlandaise, et dont le film est tourné à Djibouti en version originale somalie, n’a pas pris part à la cérémonie de clôture du festival dans la capitale burkinabè. Le président du jury qui lui a décerné le prix, le Mauritanien Abderrahmane Sissako, a déclaré qu’« un film ne doit pas prétendre des choses, et ce film ne prétend pas. Ce film raconte l’humanité de façon touchante, raconte la pauvreté, mais raconte surtout une histoire d’amour. C’est ça qui est beau, c’est ça qui est fort. Et venant d’un pays difficile, qui souffre, malgré les difficultés de la Somalie, lorsque vient un film comme ça, je trouve que c’est important pour le continent africain, pour le cinéma africain ». A propos de l’Etalon d’or, « pour tout cinéaste africain, c’est le plus beau prix qu’on puisse avoir, c’est toute une fierté », a-t-il ajouté. Né à Mogadiscio, Ahmed Khadar, également écrivain, immigre en Finlande à l’âge de 16 ans avec sa famille et un statut de réfugié. Il réalise son premier court-métrage, « Me ei vietetä joulua », en 2014, puis deux autres en 2017, « Yövaras », en 2018, « The Killing of Cahceravga ». Présenté en juillet au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine internationale de la critique, « La femme du fossoyeur » avait reçu un bon accueil. Le film traite de l’histoire d’amour d’un couple vivant avec leurs fils dans un quartier pauvre de Djibouti. Lorsque Nasra, l’épouse, interprétée par Yasmin Warsame, mannequin canadien, née en Somalie, est atteinte d’une grave maladie rénale et doit se faire opérer d’urgence. L’équilibre familial est menacé et son mari Guled, fossoyeur, doit trouver l’argent pour payer la coûteuse opération. Le film a également remporté le prix de la Meilleure musique. L’Etalon d’argent a récompensé « Freda », de la Haïtienne Gessica Geneus, et l’Etalon de bronze va à « Une histoire d’amour et de désir » de la Tunisienne Leyla Bouzid. Le prix d’Interprétation féminine est revenu à la Britannique d’origine sierra-léonaise Zainab Jah pour son rôle dans « Farewell Amor » de Ekwa Msangi (Tanzanie), tandis que chez les hommes Alassane Sy s’est illustré pour son rôle dans « Baamum Nafi » du Sénégalais Mamadou Dia. Avec son film « Serbi » (Les tissus blancs) qui traite de la dignité de la femme dans une société patriarcale, le Sénégalais Moly Kane remporte le Poulain d’or dans la section fiction court métrage. « Amani » de la Rwandaise Alliah Fafin et « Zalissa » de la Burkinabè Carine Bado reçoivent respectivement l’argent et le bronze. Les trophées ont été remis au Palais des sports de Ouaga 2000 par le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré et le président sénégalais Macky Sall, dont le pays était l’invité d’honneur du 27e Fespaco. Se réjouissant d’avoir réussi au cours du festival la projection de « 500 oeuvres au profit de 150 000 festivaliers » venus de 64 pays, « malgré l’adversité liée à l’insécurité et à la Covid-19 », le délégué général du Fespaco, Moussa Alex Sawadogo, a donné rendez-vous du 25 février au 4 mars 2023 à Ouagadougou pour la 28e édition du festival.
Un « mini Fespaco » itinérant doit avoir lieu dans le nord du Burkina Faso, région la plus touchée par les attaques djihadistes qui frappent ce pays et qui, en six ans, ont fait environ 2 000 morts et 1,4 million de déplacés.

Palmarès du 27e Fespaco
Etalon d’or de Yennenga: «La femme du fossoyeur» de Ahmed Khadar (Somalie)
Etalon d’argent: «Freda» de Gessica Geneus (Haïti)
Etalon de bronze: «Une histoire d’amour et de désir» de Leyla Bouzid (Tunisie)
Prix d’interprétation masculine: Alassane Sy pour «Baamum Nafi» (Sénégal)
Prix d’interprétation féminine: Zainab Jah pour «Farewell Amor» de Ekwa Msangi (Tanzanie)
Meilleur décor: «La Nuit des Rois» (Night Of The Kings) de Philippe Lacote (Côte d’Ivoire)
Meilleur montage: «Souad» de Amin Ayten
(Égypte)
Prix du scénario: «Nameless» Mutiganda Wa Nkunda (Rwanda)
Prix de l’image: «This is not a burial, it is a resurrection» de Jeremiah
Lemohang Mosese (Lesotho)
Prix du son: «Freda» de Gessica Geneus (Haïti)
Meilleure musique: «La femme du fossoyeur» de Ahmed Khadar (Somalie)
Etalon d’or documentaire long métrage: «Garderie Nocturne» de Moumouni Sanou (Burkina Faso)
Étalon d’argent documentaire long métrage: «Marcher sur l’eau» de Aissa Maiga (Sénégal-Mali)
Étalon de bronze documentaire long métrage: «Makongo» de Elvis Sabin Ngaibino (République centrafricaine)
Poulain d’or fiction court métrage: «Serbi» (Les Tissus blancs) de Moly Kane (Sénégal)
Poulain d’argent fiction court métrage: «Amani» de Alliah Fafin (Rwanda)
Poulain de bronze fiction court métrage: «Zalissa» de Carine Bado (Burkina Faso)
Poulain d’or documentaire court métrage: «Ethereality» de Kantarama Gahigiri (Rwanda)
Poulain d’argent court métrage: «Je me suis mordue la langue» de Nina Khada (Algérie)
Poulain de bronze court métrage: «Nuit debout» de Nelson Makengo (RDCongo)
MENTIONS SPECIALES
Mention spéciale à «Tabaski» de Laurence Attali (Sénégal)
Mention spéciale du jury: «La traversée» de Irène Tassembedo (Burkina Faso)
SECTION PERSPECTIVES
Prix Paul Robson: «Traverser» de Joël Akafou (Côte d’Ivoire)
Prix Oumarou Ganda: «Tug of War» Amil Shivji (Tanzanie)
SECTION BURKINA FASO
Meilleur film burkinabè: «Sur les traces d’un migrant» de Delphine Yerbanga
Meilleur espoir burkinabè: «Après ta révolte, ton vote» de Kiswendsida Parfait Kaboré