Le réalisateur Djamel Bendeddouche a fait don, dimanche, de la guillotine utilisée dans le tournage du film «Arezki l’Indigène» sorti en 2007 à la Direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou. La remise symbolique de l’instrument a été effectuée lors d’une cérémonie à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri en présence de représentants de la famille révolutionnaire et des autorités locales.

Le geste se veut une manière de «maintenir vives les mémoires», dira le réalisateur, qui a appelé tous les réalisateurs de films historiques à offrir des répliques d’objets à valeur historique, ayant servi dans les films, aux Maisons de jeunes ou de la culture pour aider à la constitution d’une mémoire muséologique et historique qui servirait de repère aux nouvelles générations. Djamel Bendeddouche a assuré que l’instrument «est une réplique fidèle de celle qui a servi à l’exécution du célèbre bandit d’honneur Arezki L’vachir, le 14 mai 1895», dont les faits se sont déroulés en Kabylie. Il précisera que la réplique de la guillotine a été réalisée par un artisan de la région. Pour rappel, Arezki L’vachir appartient à la lignée des «bandits d’honneur» qui se sont illustrés par leur refus du système colonial avec son lot de ségrégation, d’injustice et de misère imposé au peuple algérien. Arezki L’vachir a défrayé la chronique à la fin du XIXe siècle, dans la région de Yakouren, du Tamgout et de l’Akfadou. Il est né vers 1859 à Aït Bou-Hini dans la tribu des Aït-Ghobri, dans la daïra de Bouzeguène. Après sa capture, suite à une traque mémorable par les gendarmes français, Arezki L’vachir a été condamné à mort dans un procès expéditif par le tribunal d’Azazga. Il sera exécuté, un jour de marché, sur la place publique. Un châtiment que l’administration coloniale voulait exemplaire pour renforcer par la force et la coercition son emprise sur la société kabyle de l’époque. Sa mort a renforcé son image de figure de justicier dont le souvenir nous est parvenu à travers des poèmes élégiaques chantés par les femmes. La saga d’Arezki L’vachir, ses démêlés avec les forces de l’ordre et les puissants (caïds, bachaghas et autres relais autochtones et vassaux de l’administration coloniale), sa capture, le procès expéditif et l’exécution dont il a fait l’objet ont été largement répercutés par la presse coloniale de l’époque. «Après la répression de l’Insurrection de 1871, une forme de contestation de l’ordre colonial gagne du terrain en Kabylie. C’est l’époque de l’émergence du phénomène des « bandits d’honneur ». À la fin du XIXe siècle, Arezki L’vachir est le chef incontesté de tous les «hors-la-loi» qui sillonnaient les forêts de Mizrana, Akfadou et Yakouren, en Kabylie. Pour diverses raisons, il quitte sa famille et rejoint le maquis.
Il met de l’ordre parmi ses partisans et réalise des exploits en combattant ses ennemis. Il devient désormais un ennemi public pour l’administration coloniale qui le considère comme un brigand. Pour une bonne partie de ses coreligionnaires, il incarne l’image du justicier et redresseur de torts. Aimé, il reçoit le soutien nécessaire de la population. Ceci dit, l’autorité en place, gênée par la tournure que prend cette affaire, multiplie les actions en vue de son arrestation. Son aventure prend fin à Ighil M’edjber, près de Seddouk, le 24 décembre 1893.  (In la Revue des mondes musulman et de la Méditerranée, n° 136/novembre 2014).