Le thriller « Elle » du Néerlandais Paul Verhoeven et son actrice Isabelle Huppert a continué avant-hier d’accumuler les récompenses en remportant deux césars du meilleur film et de la meilleure actrice lors de la 42e cérémonie des Césars à Paris.

Avec 11 nominations, « Elle » et Isabelle Huppert faisaient figure de favoris. Cette histoire d’une femme violée qui traque son agresseur, adaptée du roman « Oh… » de l’écrivain français Philippe Djian, a déjà obtenu le Golden Globe du meilleur film étranger. Le réalisateur a confié lors de la remise du César : « Isabelle Huppert, tu as ajouté un niveau supérieur à ce film, et c’est quelque chose que je n’avais pas à l’esprit quand j’ai commencé. C’est quelque chose qui s’est passée avec toi.» Déjà récompensée par un Golden Globe pour ce rôle, l’actrice rousse est aussi en lice pour les Oscars décernés ce soir à Los Angeles (ouest des Etats-Unis). Le César du meilleur film étranger a été, cependant, attribué à « Moi, Daniel Blake », du Britannique Ken Loach. Ce film militant raconte l’histoire d’une descente aux enfers d’un chômeur de 59 ans, qui se bat contre la bureaucratie. Ce genre dramatique a raflé plusieurs prix, dont la Palme d’or au dernier Festival de Cannes, et le grand prix du Festival international d’Alger (les journées du film engagé) au mois de décembre 2016. Le prix du meilleur réalisateur a été remporté par le Québécois Xavier Dolan pour son film « Juste la fin du monde ». Ce huis clos familial a raflé deux autres prix, ceux du montage et du meilleur acteur décerné à Gaspard Ulliel, qui incarne un fils retrouvant sa famille pour lui annoncer sa mort prochaine. Les Césars, qui ont souvent mis à l’honneur ces dernières années des films engagés, ont aussi sacré un documentaire, « Merci Patron ! » du journaliste François Ruffin, qui égratigne avec dérision le géant du luxe LVMH et son PDG Bernard Arnault. La cérémonie a également rendu un hommage chaleureux à l’acteur français Jean-Paul Belmondo, présent pour la première fois à la grand-messe du cinéma français en dépit d’une carrière éclatante. Ma vie de courgette, du Suisse Claude Barras, conte délicat sur la tolérance qui a rencontré le succès auprès du public, a obtenu deux Césars, dont celui du meilleur film d’animation. « Frantz », de François Ozon, nominé aussi onze fois, a remporté le prix de la meilleure photo. Les Césars n’avaient cette année aucun président. Le choix initial du réalisateur franco-polonais Roman Polanski avait déclenché, en France, une polémique, en raison des poursuites dont il fait l’objet aux Etats-Unis depuis quarante ans pour le viol présumé d’une adolescente. Il avait renoncé en janvier, sous la pression d’associations, notamment féministes.

Tournure politique
La cérémonie a pris, cependant, une tournure politique inattendue. En effet, le réalisateur britannique Ken Loach a appelé les Français à voter à gauche à la présidentielle fin avril, quant à la star américaine, George Clooney a lancé un appel à la liberté dans l’Amérique du président Donald Trump. Moment politique, George Clooney, 55 ans, présent sur scène pour recevoir un César d’honneur, a fait de nombreuses allusions à la présidence de Donald Trump, soulignant que « le monde traverse des changements importants, pas tous dans le bon sens ».
Avant d’ajouter : « Nous nous décrivons comme les défenseurs de la liberté… mais nous ne pouvons pas défendre la liberté à l’étranger si nous l’oublions chez nous. » Le cinéaste engagé, Ken Loach, en a profité pour exalter « l’esprit de résistance » et appeler les Français, qui éliront leur Président dans moins de deux mois, à voter à gauche dans un message lu sur scène en son absence. « L’extrême droite réussit lorsque les gens se sentent désespérés », a-t-il rappelé. Déclarant : « A présent c’est à vous, Français, de faire un choix. Nous, qui sommes vos amis depuis tant d’années, espérons que dans l’élection à venir vous pourrez rejeter l’amertume de la droite et voter en faveur de l’espoir suscité par la gauche. » Le réalisateur du documentaire Merci Patron ! a profité aussi de l’occasion pour alerter sur les délocalisations, évoquant le sort d’une usine de sèche-linge Whirlpool à Amiens (nord) promise à la fermeture.