La Berlinale, premier des grands festivals de cinéma de la saison dans le monde, a récompensé samedi dernier en soirée « On body and soul « de la Hongroise Ildiko Enyedi, une histoire d’amour dans un abattoir.

«Nous voulions un film simple, clair comme de l’eau de roche et nous ne savions pas si le public allait nous suivre car il se voit uniquement avec un cœur empreint de générosité», a-t-elle déclaré en recevant l’Ours d’or. Son long métrage raconte l’histoire d’un homme et d’une femme se désirant, mais ne parvenant pas à communiquer, sauf dans leurs rêves qu’ils partagent. Ils vont se rapprocher en évoquant leurs songes qui les emmènent loin de l’abattoir où ils travaillent. «Il faut prendre des risques si l’on veut vraiment vivre», a estimé la réalisatrice qui n’avait pas tourné de long-métrage depuis 18 ans. «Le jury est tombé amoureux de ce film, non seulement grâce à ses qualités mais aussi parce qui’il il nous rappelle un mot que nous utilisons parfois trop facilement: la compassion», a déclaré son président, le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven, qui avait souhaité voir «des films controversés» pendant les onze jours de la compétition. Avant le palmarès, le film favori était celui du Finlandais Aki Kaurismäki qui signe un nouveau plaidoyer pour les réfugiés dans «L’autre côté de l’espoir», six ans après «Le Havre». Le film, pour lequel il a eu le prix du meilleur réalisateur, parle de la rencontre entre un migrant syrien échoué à Helsinki et un restaurateur local séparé de sa femme alcoolique, qui va lui venir en aide. Il était favori pour l’Ours d’or, aux côtés de «Una mujer fantastica» du Chilien Sebastian Lelio, récompensé pour son scénario. Un portrait d’une femme transgenre qui doit se battre pour exister à la mort de son compagnon plus âgé, a révélé l’actrice Daniela Vega, elle-même transgenre. «Dans des périodes sombres, nous devons nous battre avec beauté, élégance et poésie», a souligné le réalisateur, figure d’une nouvelle vague de cinéastes chiliens. L’unique film africain en compétition à la Berlinale, «Félicité», portrait d’une chanteuse de bar à Kinshasa se battant pour son fils, a remporté le Grand prix du Jury, l’Ours d’argent. «C’est un film sur nous, le peuple, nous sommes beaux, nous pouvons aimer ce que nous sommes», a lancé lors de la remise du prix son réalisateur, le Franco-Sénégalais Alain Gomis, déjà venu à Berlin en 2012 avec le remarqué «Tey» («Aujourd’hui»). Dans «Félicité», son quatrième film, il brosse le portrait d’une mère courage, qui après son boulot de chanteuse dans un bar tente le tout pour le tout pour amasser la somme nécessaire à l’opération de son fils victime d’un accident. «Félicité» a été tourné dans la capitale congolaise et suit le quotidien de ses habitants, des hôpitaux aux marchés de Kinshasa, mais se refuse à toute dimension sociologique ou documentaire, malgré le contexte politique tendu en République démocratique du Congo (RDC). «C’était difficile de faire ce film. Ça a été une année difficile en RDC», a souligné le réalisateur, évoquant notamment les élections. Le report de l’élection présidentielle, en raison du maintien au pouvoir du président Joseph Kabila malgré l’expiration de son mandat, a enflammé le pays et donné lieu à de très violents affrontements. «J’ai l’impression que le moment est important» pour le cinéma africain, avait souligné Alain Gomis lors de la présentation de son film produit en partie par la France et le Sénégal et qui sera aussi en compétition au Fespaco, le festival panafricain du cinéma qui se tient fin février à Ouagadougou. «Je vois arriver une génération de réalisateurs qui n’a jamais été au cinéma, car il n’y a plus de cinémas» sur le continent africain, a-t-il déploré. Le cinéaste a notamment plaidé pour un financement plus généreux du cinéma des pays africains.