Le Festival de Mons en Belgique qui vient juste de se terminer a le plus beau des intitulés : Festival International du Film d’Amour. Tout un programme concocté pour sa 33e édition par son délégué général André Ceuterik, qui fut le président du Jury du dernier Festival d’Annaba du Film Méditerranéen.

Mons est une ville francophone en Région wallonne, située à quelques encablures de la frontière française, et riche de par son patrimoine architectural mais aussi des apports de son immigration, italienne puis maghrébine. Aussi y avait-il dans cette programmation un hommage au cinéma italien, ce qui aura permis de découvrir quelques beaux films et en particulier «La Ragazza del Mondo» de Marco Danieli. Histoire de Julia et sa famille, qui font partie des «Témoins de Jéhovah», une secte très rigoriste. Interdiction de fréquenter ceux qui n’en font pas partie (des «mécréants»), interdiction pour les femmes de travailler et de se faire soigner par des médecins hommes, interdiction de s’amuser, et ainsi de suite… Quand elle rencontre Libéro et qu’elle en tombe éperdument amoureuse, Julia choisira de quitter la secte pour découvrir un monde où le libre-arbitre est permis et où d’autres perspectives de vie sont possibles. Cette décision lui vaudra une excommunication : elle sera donc chassée par sa famille qui n’aura plus le droit de lui adresser la parole. Le film décrit avec précision et virtuosité le lavage de cerveau et l’emprise des gourous. Il est magnifiquement servi par une jeune actrice Sara Serraiocco (Julia) et Pippo Delbono (chef de la secte), metteur en scène et comédien de théâtre. Le cinéma arabe était aussi très présent avec «Le ruisseau, le pré vert et le doux visage», de l’Egyptien Yousry Nasrallah, sur les préparatifs d’un mariage, qui sera une fête de l’amour dans toute sa sensualité, et «Fleur d’Alep» du Tunisien Ridha Behi, sur l’incroyable combat d’une mère qui part en Syrie à la recherche de son fils ex-musicien devenu islamiste, avec Hend Sabri en mère courage… Behi repartira de Mons avec le Prix du Public Cinéma du Sud…«Fleur d’Alep» est à l’affiche en Tunisie pour la quinzième semaine consécutive… Sa compatriote Raja Amari a, quant à elle, présenté «Corps étranger» qui décrit le parcours d’une jeune Tunisienne, harraga déterminée et ambitieuse, venue chercher refuge à Paris pour fuir son frère islamiste et qu’elle aura failli croiser, puisqu’il avait lui aussi fait, de son côté, le voyage en France, où il mourra dans une geôle lyonnaise.

«A mon âge, je me cache encore pour fumer», le film coup de poing
Mais c’est sans conteste le (premier) film algérien, celui de Rayhana (adapté de sa pièce) qui a fait sensation. «A mon âge, je me cache encore pour fumer» est un huis clos passionnant et qui provoquera autant de vapeurs chez les intégristes de tous bords qu’aux machos d’une manière générale. Dans un hammam, neufs femmes au parcours différent racontent chacune sa vie faite de souffrances : battue, violée, mariée trop jeune, vitriolée. L’arrivée d’une jeune fille enceinte pourchassée par son frère puis de la veuve d’un émir va cristalliser les tensions jusqu’au drame final. Toutes les actrices sont formidables. Citons Hiam Abbas, la matrone énergique de ce hammam, mais aussi Nadia Kaci, Biyouna, Farida Belkebla. Un film coup de poing qui a bouleversé les spectateurs, à Mons. Il faut citer aussi un premier film égyptien «Ali, la chèvre et Ibrahim» de Shérif El Bendary avec le sympathique et talentueux comédien Ali Sobhy, présent en Wallonie. Cette comédie douce-amère dans une Égypte contemporaine déboussolée, raconte le voyage d’Ali et de sa chèvre, supposée être la réincarnation de sa fiancée qui s’est noyée et d’Ibrahim un musicien qui souffre d’hallucinations sonores, insupportables. Pour conjurer le mauvais sort, il leur saura suggérer par une «raquia» de jeter 3 pierres dans trois eaux différentes : La Méditerranée, le mer Rouge et le Nil.

Un film allégorique, loufoque et très attachant.
Parmi la sélection belge, distinguons «Noces» de Stephan Steker, qui soulève avec tact le poids des traditions à travers la trajectoire de Zahira une jeune belgo-pakistanaise aux prises avec sa famille car elle souhaite garder l’enfant qu’elle porte et dont le père n’appartient pas à la communauté pakistanaise. Ses parents avaient pour elle un autre avenir, tout tracé. Son frère, Amir, allié de toujours, va pourtant la trahir au nom du code de l’honneur. Un beau mélodrame qui a ému les spectateurs. Enfin finissons par une belle découverte et un coup de cœur : «Dokhtar» (Fille) de l’Iranien Reza Mirkarimi. Une jeune étudiante se rend à Téhéran par avion malgré l’interdiction de son père très autoritaire, pour participer à une rencontre organisée par toutes ses amies pour fêter la fin de leur cursus universitaire et le départ de sa meilleure amie au Canada. Elle habite Abadan, une ville qui abrite une des plus grosses bases pétrolières d’Iran. A la fin de sa fugue téhéranienne, elle apprend que son vol de retour est annulé en raison de la pollution qui y règne, ce qui va entraîner une cascade d’évènements qui remet en question les relations familiales, en particulier le rapport avec son père au comportement intransigeant. Le film décrit avec finesse les relations père-fille, frère-sœur. Il est également un bel hymne à la jeunesse iranienne éprise de liberté, notamment du côté des filles qui revendiquent une place égale aux hommes dans la société. Une histoire simple aux complications tressées avec brio, ce qui imposera au spectateur de rester sur le qui-vive, avec le sourire quand même. Le film est le grand vainqueur du festival. Il repartira avec le Grand Prix du Festival (un Cœur en cristal), le Prix d’interprétation à l’acteur Farhad Aslani (qui joue le père), le Prix «CinéFemme» remis pas un jury féminin et enfin le Prix CICAE (Confédération internationale des cinémas d’art et d’essai). Des prix amplement mérités.