«En sortant de l’école » un ciné-concert présenté, mardi dernier, à l’Institut français d’Alger (IF), est un spectacle féérique où la magie des images des courts-métrages d’animation se conjugue à l’interprétation des musiciens présents sur scène pour offrir des instants pétris d’émotions.

Et où les mots, les images, les déclamations et les notes s’envolant dans les airs résonnent dans une alchimie féérique, en hommage à la poésie de Prévert, Desnos et Apollinaire.
Tel qu’il est souligné dans la présentation de ce spectacle, ce ciné-concert réunit seize films-poèmes de la collection « En sortant de l’école », produite par Tant Mieux Prod et France Télévisions, diffusée depuis 2014 et jusqu’à aujourd’hui sur France TV. Les musiques et les textes sont interprétés ou chantés en direct par les musiciens-récitants. De courts interludes montrent les réalisatrices au travail, évoquent le contexte de fabrication des films, ou encore redonnent la voix à Jacques Prévert. Les quatre musiciens, Pablo Pico et Yan Volsy, Julien Divisa et Frédéric Marchand, musiciens multi-instrumentiste, sont de véritables saltimbanques que « les autres suivent en rêvant ». Le spectacle offre « un voyage dans la poésie populaire de Prévert, le surréalisme plein d’humour de Desnos, les souvenirs de guerre d’Apollinaire, dans des tonalités et couleurs très contrastées ».
Frédérique Marchand, musicien et comédien déclamant les textes poétiques, confie à la fin du spectacle d’Alger, la genèse du spectacle : «Comme on a aimé faire ces musiques, on a eu envie d’en faire un spectacle. Ce qui transparaît, c’est la liberté créative des réalisatrices qui ont eu toute la liberté de faire ce qu’elles voulaient au niveau des dessins. Et c’est quelque chose de très rare à la télévision. Et nous, en tant que musiciens, on a eu la liberté de faire ce qu’on voulait et ce qu’on a voulu montrer. C’est en étant libre qu’on est heureux. » Le spectacle a d’emblée conquis le public grâce à l’interactivité des musiciens créant un lien avec les présents. A ce propos, Frédérique Marchand explique : «Je suis comédien et j’aime bien parler avec les gens et créer un lien avec la salle. Cela rend le spectacle encore plus vivant que d’avoir juste des films qui défilent les uns après les autres.»
Le spectacle a aussi été marqué par des moments pétris d’intensité, a l’instar des poèmes dédiés au bonheur simple de la vie et à l’amour. Le musicien confie qu’« il y a beaucoup de poèmes qui parlent d’amour, et c’est intéressant de montrer que dans ce monde, il y a de l’amour et que c’est une chose merveilleuse de le vivre et de le partager».
La guerre est aussi présente, à travers le choix des poèmes de Guillaume Apollinaire, à l’instar de celui intitulé « Carte postale » et « La fusée signal ». Frédérique Marchand explique qu’il «n’y a pas seulement des films solaires, mais également des films qui parlent de la guerre. Apollinaire a vécu la guerre des tranchées, en 1914. C’est intéressant de voir comment un poète transfigure la guerre, en avoir un détail et en faire de la poésie».

«Sur le tableau noir du malheur, il dessine le visage du bonheur»
Un des moments de joie partagé avec les présents est le passage dédié au poème «Cancre» de Jacques Prévert, d’une part, déclamé par la réalisatrice sur grand écran, d’autre part, un moment de communion où le public s’est amusé à faire le bruitage de la pluie, ainsi que la contemplation de la magie des images qui défilent sur l’écran avec le texte déclamé par des voix d’enfants.
Ce court métrage est le fruit d’un atelier à Argenteuil, près de Paris, où ce sont les enfants qui ont fait tous les bruitages, de la pluie, du tonnerre et les glouglous de poisson. Frédérique Marchand s’adresse aux spectateurs dans la salle de l’IF : «C’est assez magique… Pour donner une idée, on va faire la pluie. La pluie c’est plein de gouttes d’eau qui tombent sur le sol. Pour faire une goutte d’eau, il suffit de taper le doigt sur la paume de sa main, chaque goute et indépendante et libre.»
C’est avec enthousiasme que la salle s’est amusée au jeu du bruitage de la pluie et a ensuite apprécié le court métrage dans la joie et la bonne humeur en applaudissant jovialement la déclamation du poème des premiers vers : «Il dit non avec la tête, mais il dit oui avec le cœur». Et jusqu’au dernier vers : «Sur le tableau noir du malheur, il dessine le visage du bonheur ».
Pour conclure, le musicien et comédien souligne à propos de l’apport de la musique, de la poésie et le spectacle pour tisser les liens entre les cultures et les personnes. Que «proposer aux gens de se réunir en vrai, pas juste derrière un ordinateur. Créer des moments où l’on se retrouve pour vibrer ensemble. J’espère que la poésie, la musique et le spectacle servent à créer des moments privilégiés, hors du temps, à ressentir des émotions ensemble. On a besoin de cela, les humains, pour aller bien, de partager et de ressentir ces émotions tous ensemble. Je tiens à citer, à ce sujet, une phrase magnifique qui dit que quand la joie est partagée, elle augmente et la tristesse, elle, diminue».