Le gouvernement persiste à vouloir faire un grand lifting à l’activité relative à l’investissement industriel. Preuve en est, après les minoteries inscrites dans sa liste négative des projets d’investissement, il reste résolu à intégrer ceux des cimenteries. C’est ce qu’a appuyé le ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali lors de son passage jeudi dernier à l’APN.

Ce dernier, qui répondait au député indépendant Habibi Touhami, lui demandant des explications sur le non-démarrage du projet du complexe situé dans la commune de Labiodh Sidi Cheikh (wilaya El Bayedh), a confié que ledit projet ne pouvait être lancé du fait de la «saturation du marché du ciment qui enregistre, depuis au moins deux ans, un excédent de production sans débouché». De ce fait, le ministre estime que cet investissement «ne saurait devenir rentable». A partir de cette donne, Ferhat Aït Ali suggère à l’initiateur du projet de viser une autre activité industrielle qui ne soit pas sur la liste négative, comme c’est le cas des minoteries en situation de saturation depuis des années.
Il va sans dire que depuis que la production nationale de ciment est devenue largement excédentaire par rapport aux besoins locaux du pays, de 20 millions de tonnes, les pouvoirs publics ont vite compris qu’il n’est plus question de tomber dans la même erreur que celle enregistrée dans le secteur des minoteries qui ont poussé ces dernières années comme des champignons. Jusqu’au jour où l’on s’est aperçu qu’il ne fallait plus accorder d’autorisation d’investir dans ce secteur d’activité en proie à un niveau de saturation tel que de nombreuses minoteries se sont transformées en véritables pompeuses des subventions accordées par l’Etat sur la matière première. Cela dit, il devenait donc impératif, dès lors où la production nationale est devenue largement excédentaire, aux pouvoirs publics d’empêcher toute création de nouvelle cimenterie. C’est du moins tout indiqué quand on sait que les cimentiers arrivent difficilement à trouver des débouchés à leur excédent. Selon des sources concordantes, ils arrivent à le faire à hauteur du tiers de leur volume excédentaire. Un rapport qui pourrait diminuer si d’ici là les cimentiers concernés n’arrivent pas à gagner de nouvelles parts de marché. Chose qui ne paraît pas évidente dans la mesure où des pays d’Afrique centrale, clients jusqu’ici, visent à ne plus importer de clinker dès la réalisation de projet de cimenteries chez eux. Ce qui ne va pas tarder à avoir lieu au courant de cette année. Si cela venait à se concrétiser ce sera synonyme de toute évidence de perte de marché pour les cimentiers qui, jusqu’ici, ont réussi à exporter vers ces pays des volumes importants d’excédent de leur production. En clair, les opportunités d’exportation des cimentiers locaux sont appelées à diminuer au fur à mesure que leurs clients seront autosuffisants en matière de ciment. On voit mal comment le défi lancé par le ministre du Commerce Kamel Rezig, en octobre dernier, de multiplier les volumes d’exportation en 2021 pourrait se concrétiser.
Rappelons, enfin, selon les statistiques de l’année 2020, que l’Algérie dispose d’un potentiel de production de ciment de plus de 40 millions de tonnes annuellement, alors que le pays a besoin entre 20 et 22 millions de tonnes pour satisfaire sa demande locale. Mais toujours est-il que 10 cimenteries seulement, sur un total de 21, ont effectué des opérations d’exportation. Ce qui veut dire que dans le meilleur des cas, il restera des volumes importants sans débouché. Ce qui laisse croire que de nombreuses cimenteries vont devoir baisser leur production. Devant ce cas de figure, il devient donc impensable d’accorder des autorisations pour la création de nouvelles cimenteries. Pour l’heure, la priorité serait de savoir comment gérer l’excédent. Du pain sur la planche pour les cimentiers en quelque sorte.