L’industrie du ciment en Algérie compte aujourd’hui parmi les secteurs les plus performants et qui enregistre des investissements continus. Sa production, qui oscille actuellement entre 25 et 30 millions de tonnes, atteindra les «40 millions de tonnes par an en 2020», a d’ailleurs indiqué récemment le ministre de l’industrie. Pour Youcef Yousfi, «cette augmentation de la production nationale permettra l’exportation de 10 millions de tonnes de ciments ».

Tout le problème cependant est de trouver les marchés vers où exporter sachant que la production pour la demande domestique (23 millions de tonnes par an à terme) est devenue excédentaire et qu’elle le sera davantage si les indicateurs économiques et financiers annoncés perdurent et que la crise, qui frappe aujourd’hui les secteurs consommateurs de ciment, se poursuit. Selon de nombreux experts industriels, l’alternative la plus adéquate dans ce genre de situation serait de trouver un moyen efficace et durable qui puisse absorber toute la production locale de ciment. Cela passe d’abord par regarder de près tous les projets d’investissement à venir et éviter une saturation de cimenteries. Un trop plein d’unités de production de ce genre conduirait à la situation qu’a connue le pays dans les années 2000 dans le secteur de l’agro-industrie.
A l’époque, on parlait du « syndrome de minoteries », le gouvernement ayant laissé ce genre d’équipements proliférer sans cohérence avec la demande de marché. Pour le ciment, c’est pire car il s’agit d’investissement non seulement lourd mais coûteux aux plan écologique et environnemental. L’option de l’exportation est porteuse, mais limitée dans le temps, précisent les observateurs qui rappellent combien le marché du ciment demeure balisé et qu’un bateau de cette marchandise exportée ne signifie pas l’existence d’un marché durable.
L’économiste Abderrahmane Mebtoul avance qu’il est devenu de plus en plus difficile d’exporter vers l’Afrique, marché de prédilection des opérateurs algériens. Ce n’est pas le débouché royal «comme veulent le faire croire certains », ajoute l’expert qui rappelle que « les perspectives d’exporter vers l’Afrique ne reposent sur aucune étude de marché sérieuse ».
« Les parts de marché sont déjà prises par de nombreux complexes en voie de réalisation dans certains pays d’Afrique et leur prochaine entrée en production va se traduire par une offre dépassant largement la demande dans les pays où vont s’implanter les complexes », prévient-il.
Quand on regarde de près le champ de production de ciment dans notre pays, on s’aperçoit que le groupe public Gica possède 12 cimenteries sur les 17 en exploitation sur le territoire national, ce qui lui permet de disposer à lui seul d’une capacité de production de 18 millions de tonnes à l’horizon 2020.
Deuxième producteur : LafargeHolcim Algérie qui possède deux cimenteries, une troisième en partenariat avec le groupe Souakri, et qui produit actuellement 11,1 millions de tonnes par an.
Quant à l’offre du marché sur ce matériau de large utilisation, il est prévu un surplus de production de l’ordre de 12,5 à 13,5 millions de tonnes par an dès 2020. Et quand on apprend que le Conseil national de l’investissement (CNI) a approuvé dernièrement 19 projets pour la réalisation de cimenteries, cela prête à de sérieux questionnements.