De nombreuses faillites sont signalées dans le secteur pétrolier américain, très dépendant de la rentabilité du baril. Scrutée de très près par les investisseurs, la production américaine de pétrole connaît un de ses pires moments suite à la baisse des cours du brut, permettant ainsi à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de reprendre le dessus sur l’échiquier pétrolier mondial après avoir été en perte de vitesse, ces dernières années, face au schiste américain.
En effet, après une hausse fulgurante du nombre de plateformes de forages, le schiste américain se heurte maintenant à une rechute des prix du pétrole qui a fait reculer le nombre de puits de forage de deux-tiers depuis le début de l’année. Ce vendredi, le groupe Baker Hughes a livré aux investisseurs la dernière mesure de l’activité des plateformes pétrolières américaines. Le nombre de plateformes pétrolières en activité est tombé à des niveaux jamais vus depuis plusieurs années – 189 la semaine dernière, en chute de 10 plateformes comparativement à la semaine d’avant, arrêtée au 12 juin dernier.
Les signaux alarmants se multiplient du côté du schiste américain, qui subit de plein fouet l’impact de la chute des cours du brut, pénalisés par l’offre excédentaire et une demande mondiale léthargique ; l’économie du globe étant très malade de la Covid-19.
L’impact de la baisse des prix sur la production américaine est violent et les chiffres donnent le vertige. En effet, le nombre de plateformes de forage a baissé de plus de deux-tiers depuis la fin février dernier et de plus de la moitié depuis le début du mois de mai dernier. Le nombre des puits de forage caracolait ainsi à 678 au 28 février dernier, contre 326 au 1er mai et 189 la semaine dernière. La chute a été pour le moins vertigineuse et le cauchemar n’est probablement pas fini, puisque, au-dessous de 40 à 45 dollars le baril, le schiste américain est loin d’être rentable et les faillites dans le secteur sont inévitables. Cette baisse vertigineuse du nombre de plateformes pétrolières en activité n’a pas été sans conséquences sur les niveaux de production aux Etats-Unis. L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) a levé le voile, mercredi, sur une chute drastique de la production, qui a enregistré sa onzième semaine de baisse d’affilée. Elle s’établissait à 10,5 mbj en moyenne la semaine dernière, soit son plus bas niveau depuis mars 2018. Elle avait atteint son plus haut historique mi-mars à 13,1 mbj. Mais la chute de la consommation liée à la pandémie de la Covid-19 et à la baisse des cours du brut a poussé les producteurs américains à ralentir leurs activités de forage. Bien évidemment, la chute de la production américaine est une bonne nouvelle pour le marché, d’autant plus que l’administration Trump n’a aucune mainmise sur les producteurs américains de schiste pour espérer une quelconque contribution aux efforts de limitation de l’offre mondiale.
La baisse de la production américaine devrait aider à éponger les excédents du marché et relancer les importations, à l’heure où la production des pays de l’Opep+ va en s’affaiblissant. Au plan stratégique, c’est l’Opep qui redevient l’acteur puissant du marché alors que l’Organisation était en perte de vitesse ces dernières années face au schiste américain. Outre le fait que l’Opep gagne d’importantes parts de marchés pendant que le schiste américain en perd, les efforts de l’Organisation afin de stabiliser le marché ne font que lui attribuer de précieux points face à la concurrence. La seule crainte pour les membres de l’Opep est que leurs efforts se traduisent par une hausse des prix au-delà de 50 dollars vers la fin de l’année en cours, ce qui aiderait les producteurs américains à remettre leurs plateformes de forage en marche. L’Organisation vient de reconduire jusqu’en juillet son accord portant sur une baisse de 9,7 millions de barils par jour. Le défi le plus immédiat pour l’Organisation et ses alliés étant de faire respecter les quotas par l’ensemble des producteurs signataires de l’accord du 12 avril dernier. n