L’année 2020 aura été celle de tous les chocs ; celui qui a bouleversé le marché pétrolier dès janvier 2020, le choc pandémique lié à la propagation du virus Covid-19 ainsi que l’impact de la dévaluation du dinar aussi bien sur le pouvoir d’achat des entreprises que sur celui des ménages.

Dès janvier 2020, les prix du pétrole ont entamé un long mouvement baissier qui, en avril de la même année, établit un plancher inégalé depuis 2009, chutant à moins de 17 dollars le baril ; le marché était inquiet alors que les premiers signaux d’une vague pandémique en Chine, premier consommateur de pétrole au monde, allait atteindre les quatre coins de la planète. En janvier 2020, les cours du brut caracolaient à plus de 62 dollars le baril avant de chuter à moins de 17 dollars le baril à la mi-avril 2020, conséquence logique d’une offre excédentaire et d’une demande en nette baisse, alors que la Chine, l’Europe et les Etats-Unis étaient déjà atteints par la crise sanitaire de coronavirus. L’impact de cette rechute des prix sur l’économie ne sait pas fait attendre, puisque les fondamentaux de l’économie ainsi que les positions financières internes et externes virent au rouge vermeil. Dès la mi-2020, alors que les cours du brut remontent la pente, en raison des mesures prises par l’Opep+, dédiées à soutenir les prix du pétrole au moyen d’une réduction de la production, la loi de finances complémentaire de 2020 prévoyait le pire avec, au tableau, un recul net de la croissance économique, à -2,63% et un creusement des déficits budgétaire et courant. La balance des paiements devrait finir l’année 2020 avec un solde négatif de -18,8 milliards de dollars, contre 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances préliminaire, alors que le déficit budgétaire augmentera à 2 954,9 milliards de dollars, soit -15,5% du PIB (contre -2 435,6 milliards de dinars et 11,4% dans la loi préliminaire). Le creusement des déficits est une conséquence logique non seulement de la chute des prix du pétrole mais aussi de l’absence de réformes structurelles et d’ajustements macroéconomiques qui devaient accompagner à la fois l’option à la planche à billets et la dévaluation du dinar. La Banque d’Algérie était sortie de ses gonds pour dire que l’ajustement du taux de change du dinar ne doit pas constituer le principal, voire l’unique, levier d’ajustement macroéconomique. Pour être efficace, «il doit accompagner la mise en œuvre effective d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomiques, notamment budgétaires, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques, et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services», écrivait la Banque centrale dans sa dernière note de conjoncture. Le dinar a entamé une longue tendance à la baisse depuis le début de l’année en cours, parallèlement à la chute des cours du brut. Il était peu logique que le dinar soit surévalué en période de baisse des fondamentaux de l’économie. C’est ainsi que le dollar est passé de 120 dinars en moyenne en janvier à 138,23 dinars cette semaine, alors que la valeur de l’euro est passée à 168,72 dinars aujourd’hui, contre 132 dinars pour 1 euro en janvier. Cette dévaluation arrive, cependant, au mauvais moment, à l’heure où le choc pandémique faisait des ravages ; de nombreuses entreprises ont baissé rideaux et libéraient des milliers d’employés. La crise du dinar et des finances appelle nécessairement la crise des liquidités. L’année 2020 a été catastrophique pour les banques. Elle a été bien pire que celle de 2016. La liquidité bancaire avait baissé à moins de 1 000 milliards de dinars, ce qui a poussé la Banque centrale à adopter de nombreuses mesures dont le but était de libérer la liquidité, à savoir la baisse des réserves obligatoires de banques de 12 à 3% ainsi que le taux directeur et de la prime due aux banques au titre de participation à la garantie des prêts bancaires. L’année 2021 s’annonce aussi difficile que celle qui vient de s’écouler étant donné que le pays reste confronté aux mêmes difficultés qui découlent de la chute des prix du pétrole et du choc pandémique.