Le nouveau secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Haitham Al Ghais, en poste depuis le 1er août, a réfuté l’argument selon lequel son organisation serait responsable des prix élevés du pétrole, pointant du doigt les décideurs politiques, les législateurs et les investissements insuffisants dans le secteur pétrolier et gazier.

Par Hakim Ould Mohamed
Le nouveau SG de l’Opep insiste sur le fait que le déficit en investissements dans le secteur du pétrole et du gaz à la suite d’une chute des prix provoquée par le COVID-19 a considérablement réduit la capacité de production inutilisée de l’Organisation et limité la capacité du groupe à réagir rapidement en cas de probables nouvelles perturbations de l’approvisionnement. Le prix du Brent a frôlé le niveau record de 147 dollars le baril en mars dernier, peu après le déclenchement du conflit armé en Ukraine. Bien que les prix aient baissé depuis, ils demeurent à des niveaux élevés, entrainant une forte pression inflationniste dans les pays consommateurs particulièrement. «Ne blâmez pas l’Opep, blâmez plutôt vos propres décideurs et législateurs, car l’Opep et les pays producteurs ont maintes fois sonné l’alerte sur la nécessité d’investir dans le pétrole (et le gaz)», a déclaré Haitham Al Ghais, qui a pris ses fonctions le 1er août, dans une interview accordée à Reuters. Les investissements mondiaux dans l’amont pétrolier et gazier ont augmenté de 10%, cette année, par rapport à l’année dernière, mais restent bien en deçà des niveaux de 2019, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport mensuel de juillet. Le responsable de l’Opep a également pointé du doigt le manque d’investissements dans l’aval du secteur, précisant que les membres de l’Opep avaient augmenté leur capacité de raffinage pour compenser le déclin de l’activité en Europe et aux États-Unis. «L’Opep existe pour garantir que le monde obtienne suffisamment de pétrole, mais ce sera très difficile s’il n’y a pas d’adhésion à l’effort de l’investissement», a déclaré le SG de l’Opep, nourrissant l’espoir que «les investisseurs, les institutions financières, les décideurs prennent cette question au sérieux et l’intègrent dans leurs plans pour l’avenir». Sur la question de la rechute des cours du pétrole brut et les perspectives du marché pour l’année prochaine, Haitham Al Ghais estime que cette baisse reflète les craintes d’un ralentissement économique et occulte l’état des fondamentaux du marché physique. Haitham Al Ghais se dit plutôt relativement optimiste quant aux perspectives du marché pour 2023, alors que l’économie mondiale fait face à une pression inflationniste inédite.

L’Opep veut prolonger l’accord avec la Russie
Après avoir atteint les 147 dollars le baril en mars dernier, le pétrole a chuté depuis et le Brent a atteint un creux de six mois en dessous de 92 dollars le baril cette semaine. Dans cette rechute, le SG de l’Opep y voit «beaucoup de peur». «Il y a beaucoup de spéculation et d’anxiété, et c’est ce qui est principalement à l’origine de la baisse des prix». «Sur le marché physique, nous voyons les choses très différemment ; la demande est toujours robuste. Nous sommes toujours optimistes sur la demande et très optimistes sur la demande pour le reste de cette année», a-t-il indiqué. «Les craintes concernant la Chine sont vraiment disproportionnées à mon avis. La Chine est toujours un lieu de croissance économique phénoménal», a déclaré Haitham Al Ghais, qui a travaillé en Chine pendant quatre ans plus tôt dans sa carrière. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses partenaires parmi les producteurs non-Opep, dont la Russie, ont progressivement annulé les réductions record de la production de pétrole effectuées en 2020, au plus fort de la pandémie. L’Opep+ a prévu une hausse de 100.000 barils/jour de sa production cumulée en septembre. Quant aux prochaines mesures que devrait prendre l’Opep+ à l’occasion de sa réunion prévue le 5 septembre, Haitham Al Ghais a déclaré qu’il était prématuré de dire ce que l’alliance décidera, se déclarant plutôt optimiste quant aux perspectives pour l’année prochaine. «Je veux être très clair à ce sujet, nous pourrions réduire la production si nécessaire et nous pourrions ajouter de la production si nécessaire, tout dépend de la façon dont les choses se déroulent. Mais nous restons optimistes, comme je l’ai dit. Nous constatons un ralentissement de la croissance de la demande pour 2023, mais cela ne devrait pas être pire que ce que nous avons vécu par le passé», explique-t-il, avant de trancher : «Oui, je suis relativement optimiste à propos des perspectives pour 2023. Je pense que le monde gère très bien les pressions de l’inflation sur l’économie». L’Opep+ a entamé sa politique de restriction de la production en 2017 pour faire face à une offre surabondante qui s’est accumulée en 2014-2016. L’accord de limitation de la production conclu par les membres de l’Opep et ses alliés parmi les producteurs non-Opep, dont la Russie, prendra fin cette année. Selon le nouveau SG de l’Opep, son organisation veut s’assurer que la Russie continue de faire partie de l’accord de production de pétrole de l’Opep+ après 2022. «Nous aimerions prolonger l’accord avec la Russie et les autres producteurs non membres de l’Opep», a-t-il déclaré, soulignant, dans la foulée, «qu’il s’agit d’une relation à long terme qui englobe des formes de communication et de coopération plus larges et plus complètes entre 23 pays. Ce n’est pas seulement en termes d’ajustement de la production», soutient-il.