La dégringolade des cours pétroliers mondiaux ferait chuter les recettes algériennes en devises à 23 milliards de dinars cette année, prévoit le nouveau ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar. Invité, mardi, dans les studios de la radio chaine III, le ministre s’attend à ce que les revenus d’hydrocarbures s’établissent à 23 milliards de dollars en 2020, contre 33 milliards de dollars en 2019, soit une baisse de 10 milliards de dollars. Le gouvernement vient ainsi revoir à la hausse ses prévisions de recettes pour l’actuel exercice, puisque, en avril dernier, alors que le cadrage macroéconomique de la loi de finances 2020 était encore sujet à arithmétiques, sur fond d’une chute vertigineuse des prix du pétrole sur le marché mondial, le gouvernement prévoyait un niveau de recette de seulement 17,7 milliards de dollars cette année. Depuis, les cours du brut ont quelque peu remonté la pente, sous l’effet de l’application, depuis début mai, du nouvel accord de l’Opep+ portant sur la réduction de l’offre pétrolière mondiale, permettant au gouvernement d’établir des prévisions moins pessimistes que celles contenues dans la LFC 2020. Sur la base d’une prévision d’un prix de marché ramené à 35 dollars le baril, les exportations d’hydrocarbures au titre de l’actuel exercice budgétaire étaient prévues à 17,7 milliards de dollars, alors que les importations devraient atteindre en valeur 33,5 milliards de dollars. Le solde global de la balance des paiements connaitrait un déficit de 18,8 milliards de dollars, contre une prévision initiale de 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances 2020. La reprise, ces dernières semaines, des cours du brut ont permis de réviser à la hausse les prévisions de recettes, mais les tensions sur le budget et sur les réserves de change resteront très fortes, car les niveaux des prix et des recettes restent insuffisants pour inverser la tendance. Même à une moyenne de 40 dollars le baril de Brent, pétrole de référence pour le Sahara Blend algérien, les recettes budgétaires resteront en baisse et le déficit budgétaire en hausse, soit de près de 15% du PIB. Idem pour le déficit commercial qui s’élèverait à environ 16% du PIB et qui entrainerait de facto la hausse du déficit du compte courant et du solde global de la balance des paiements. La LFC 2020 l’a prévu à -18,8 milliards de dollars sur la base d’un prix de marché de 35 dollars le baril, alors que la Banque mondiale s’attendait à un déficit de 18,8% du PIB du compte courant, ce qui est de nature à réduire fortement les réserves de change, combiné à l’effet de valorisation négatif. A 40 dollars le baril, les réserves de change devraient s’établir entre 30 et 35 milliards de dollars à fin 2020. La Banque mondiale, se basant sur la moyenne de 30 dollars le baril de Brent des premiers mois de l’année, avait indiqué en avril que «sans l’adoption de nouvelles mesures, les réserves seraient ramenées à 24,2 milliards de dollars, soit environ 6,1 mois d’importations à fin 2020». En tout cas, à 40 ou à 30 dollars le baril de Brent, les recettes d’hydrocarbures s’inscriront en forte baisse par rapport à 2019, ce qui aggravera les déficits budgétaire et courant. L’ampleur de la progression de ces déficits exige un traitement budgétaire et économique de choc, faute de quoi les réserves de change de l’Algérie s’épuiseraient dès 2021. Les solutions proposées jusqu’ici par le gouvernement seraient insuffisantes et de court terme, ne permettant qu’un répit de courte durée. Des économistes suggèrent que des emprunts extérieurs, rendus accessibles aux faibles économies par la covid-19, soient sollicités pour réduire la pression sur les réserves de change. Plutôt que de financer à fonds propres les projets inscrits dans le plan de relance, il serait plus approprié de mobiliser des financements extérieurs, estiment certains économistes, dont l’approche rompt visiblement avec celle du gouvernement qui se dit opposé à l’endettement extérieur.<