De Tlemcen : Par Lyes Sakhi et Benyoucef Rachedi
Des renforts de police étaient visibles hier aux abords du CHU Docteur Tidjani-Damerdji de Tlemcen. Cet appui à la sécurité du Centre hospitalier universitaire est intervenu après les incidents inquiétants qui ont eu lieu dans cette importante structure sanitaire de l’ouest du pays.
Cinq médecins chargés des soins des personnes contaminées à la Covid-19 ont été agressés «verbalement et physiquement», selon des témoins, par un groupe d’individus présentés comme des parents ou des accompagnateurs de patients atteints du nouveau coronavirus. Certains avaient sur eux des couteaux, «proférant des obscénités», selon les mêmes témoins. Une version corroborée par le récit fait à Reporters par le professeur Ali Lounici : «Des médecins dévoués ont été agressés dans leur service et ont reçu des menaces au couteau par des parents de malades extrêmement agressifs.» Ce médecin s’est dit doublement «outré» par l’agression que lui et ses confrères ont subie et par «l’inertie» de l’administration qui «n’a pas bougé» selon lui.
«Il n’y avait ni agent de sécurité ni agent de police et on s’est retrouvés seuls face à des voyous», affirme pour sa part le docteur Ahmed Smaïl Dib. «On a été surpris durant la garde par un groupe de personnes qui s’en sont pris à nous. L’une d’entre elles s’est saisie d’un manche à balai pour frapper un médecin. On ne peut plus travailler dans ces conditions alors que le contexte, selon ce médecin, est catastrophique».
Une plainte a été déposée auprès du commissariat du quatrième arrondissement de la Sûreté urbaine de Tlemcen, en face du CHU, selon le docteur Dib, une information confirmée par notre correspondant particulier sur place. Pour le professeur Lounici, qui s’exprimait avant le renforcement de la sécurité aux abords de l’hôpital, il y a eu deux incidents durant la journée de mardi qui n’encouragent pas le personnel soignant, «mobilisé depuis quatre mois, du matin au soir, dans la lutte contre la Covid et pour sauver les malades». D’après lui, il y a eu manifestement une «défaillance» de l’administration qui n’a pas sécurisé suffisamment le service des malades du nouveau coronavirus alors qu’il connaît un «afflux important» de personnes accompagnant un nombre croissant de patients. Il demande à l’«autorité sanitaire» de faire le nécessaire pour «mieux protéger» le personnel soignant. Dans une déclaration à Reporters, le directeur du CHU confirme les deux incidents, un le matin et un autre, plus grave, en fin de journée lorsque «une soixantaine de personnes s’en sont pris aux médecins et au personnel traitant». Nasreddine Mazouni, qui a dénoncé des faits «regrettables» et «indignes» a souhaité un renforcement de la sécurité.
Le phénomène de la violence en milieu hospitalier n’est pas nouveau dans notre pays. Il a tendance à s’exacerber dans les structures et les services d’urgence médicale où la pression sur le personnel soignant est lourde. D’après les acteurs du secteur, dans 90% des cas d’agression signalés, les auteurs sont identifiés comme étant des accompagnateurs des malades. <