CHU de Constantine, 10h du matin, le lendemain de la démonstration de force des résidents à Alger, place Emir Abdelkader. Il n’y a pas beaucoup de blouses blanches contrairement aux  autres jours. Tous les services que nous avons visités sont en alerte.

« Les résidents au CHU du Dr Abdessalem-Benbadis n’ont pas attendu le 1er mai pour se débarrasser des gardes et des urgences. Ils ont commencé mardi dès la fin de la manifestation d’Alger.
Résultats, il n’y avait aucun résident notamment pour les gardes des services d’urgences, comme la réanimation, le Samu ou les brûlés. Il n’y avait qu’un maître-assistant qui faisait ce qu’il pouvait », nous dira le professeur Rachid Djenane, chef de service des brûlés et patron du Conseil de l’ordre à l’Est.
Au service d’orthopédie, nous demandons le professeur Bouzitouna, chef de service et doyen de la faculté de médecine.
«Il vient de rentrer chez lui. Figurez-vous qu’il a assuré la garde de la veille, lui, une sommité dans le domaine, alors que les résidents se la coulaient douce. » Propos acerbes d’un des assistants du professeur Bouzitouna, une référence, il est vrai, aussi bien dans le domaine de l’enseignement, que médical et… social. C’est pratiquement le… désert médical au niveau de tous les services. Les résidents qui promettaient d’assurer garde et urgence ne le faisaient, réellement, que sporadiquement. Maintenant, plus du tout.
De fait, les opérations chirurgicales sont reportées jour après jour, sauf celles d’urgence. « J’ai fait une opération en urgence, hier, nous a affirmé un professeur en médecine interne. A défauts de résidents, j’ai été assisté par quatre maîtres-assistants et un autre professeur, tout cela aux dépens de leurs consultations, enseignements et temps de repos. Et je ne suis pas le seul dans ce cas ». Le CHU de Constantine est donc sinistré depuis au moins trois mois, nous a-t-on assuré. Plus rien ne marche, aussi bien les appareils de différentes radiologies que l’acte médical et surtout chirurgical. Du côté des résidents, du moins ceux que l’on a rencontrés, c’est l’opération « rasage de mur ». Celui qu’on appellera Farid, car l’anonymat est de mise, est résident  depuis deux ans en chirurgie.

L’élan de sympathie s’étiole
« Au début, c’est vrai, tout le monde a adhéré. Il y a eu ensuite des manifestations de soutien et de sympathie de tout le corps médical. Mais à mesure que les pourparlers avec la tutelle s’embourbaient, je me  suis rendu compte, ensuite, que l’on partait négocier en refusant d’avance toutes les propositions. Si demain le ministère de la Santé acceptait toutes les conditions, soyez sûr que les tenants de cette grève trouveraient prétexte pour tout rejeter.
On ne soupçonne plus la manipulation, on en est sûrs à présent». Propos relayés par la suite par plusieurs autres résidents qui voudraient bien reprendre du service, mais ne peuvent pas, vu les pressions, intimidations et même menaces qui pourraient devenir leur lot quotidien, comme cela l’a été pour ceux qui ont voulu reprendre le chemin de leur service.
« Pour illustrer tout ça, je vous dirai que lors des dernières négociations avec le ministère de la Santé, nous avons voté et nous nous sommes entendus pour reprendre du service le lendemain. Mais deux heures plus tard, on nous a signifié que la grève continuait car le vote a été favorable pour sa reconduction, alors que, je vous assure, on avait décidé et voté pour la reprise lors de la réunion post négociations », nous dira encore notre interlocuteur. « La manipulation des leaders de la contestation des résidents n’est plus à démontrer. Certains partis politiques font tout pour faire pourrir la situation. Il y a même des ‘’négociateurs’’ au sein de la commission ministérielle qui jouent sur les deux fronts, le jusqu’au-boutisme et la reprise du travail »,  notera un professeur du CHU de Constantine qui a assisté à quelques rounds de négociations. Si le CHU Benbadis est dans le rouge, cela est probablement le cas au niveau des autres CHU du pays. Les professeurs, les maîtres-assistants et les généralistes suppléent du mieux qu’ils peuvent au vide laissé par les résidents. Mais jusqu’à quand ?