Les forces gouvernementales yéménites sont entrées mercredi à Aden, fief des séparatistes qui ont subi ces derniers jours plusieurs revers après avoir tenté de prendre le contrôle de plusieurs portions du sud du pays. Les troubles dans le Sud surviennent alors qu’une guerre oppose déjà depuis plus de quatre ans les rebelles Houthis au gouvernement soutenu par une coalition militaire menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Précédemment, les forces gouvernementales et les séparatistes, qui réclament l’indépendance du sud, combattaient ensemble les Houthis, mais leurs relations se sont tendues depuis 2017.
Conseil de transition du Sud
Fin avril 2017, le gouverneur d’Aden, Aidarous al-Zoubaïdi, est démis de ses fonctions par le président Abd Rabbo Mansour Hadi en même temps que le ministre d’Etat Hani ben Brik. Les limogeages provoquent de vives réactions dans le Sud. Des milliers de protestataires contestent début mai à Aden l’autorité de M. Hadi. Ils vont remettre en selle le Mouvement sudiste, large rassemblement politico-militaire partisan d’une sécession du sud du Yémen, qui était un Etat indépendant jusqu’en 1990. Le 11 mai, Aidarous al-Zoubaïdi annonce la mise en place d’un «Conseil de transition du Sud» (STC), placé sous sa présidence pour «diriger les provinces du Sud». L’initiative est dénoncée par le gouvernement de M. Hadi qui a fait d’Aden la «capitale provisoire» du Yémen depuis que les rebelles Houthis, issus du Nord, se sont emparés de vastes portions du territoire, dont la capitale Sanaa, à partir de septembre 2014. Dans les faits, le STC n’a pas été en mesure d’administrer le Sud, étant donné qu’il n’a pas contrôlé notamment les organismes gouvernementaux.
«Coup de force»
Mi-janvier 2018, le STC donne une semaine à M. Hadi pour limoger le Premier ministre Ahmed ben Dagher et faire «des changements au gouvernement», accusé de «corruption». Le 28, à la fin de l’ultimatum, des forces séparatistes s’emparent du siège du gouvernement à Aden, après des affrontements avec l’armée loyaliste. M. ben Dagher dénonce un «coup de force». Le 30, les séparatistes prennent le contrôle de la quasi-totalité d’Aden et encerclent le palais présidentiel. Le lendemain, elles se déploient dans Aden après trois jours de combats qui ont fait au moins 38 morts et 222 blessés. Des efforts de médiation de la coalition aboutissent à la levée du siège du palais présidentiel. La crise fait apparaître des divisions entre l’Arabie saoudite, qui soutient le président Hadi, et les Emirats, qui ont entraîné une force appelée «Cordon de sécurité», perçue comme favorable au mouvement séparatiste.
«Coup d’Etat»
Le 7 août 2019, des affrontements opposent à Aden des éléments séparatistes de la force «Cordon de sécurité» aux troupes gouvernementales. Le 10, les séparatistes encerclent le palais présidentiel à Aden et s’emparent de trois casernes après quatre jours de combats contre les loyalistes. Le gouvernement accuse les Emirats d’être «responsables» de ce «coup d’Etat». Les combats ont fait en quatre jours 40 morts et 260 blessés selon l’ONU. Une délégation militaire saoudo-émiratie arrive à Aden mi-août pour désamorcer la crise.
Les forces du STC se retirent de certains bâtiments publics d’Aden, mais ne cèdent pas les positions militaires prises dans la ville. Le 20, les séparatistes prennent deux QG des forces de sécurité à Abyane. Le premier, appartenant aux forces spéciales, est situé à Zinjibar, chef-lieu de la province, et le second, abritant des unités de la police militaire, est à mi-chemin entre cette ville et Aden.
«La fragmentation du Yémen devient une menace plus forte et plus pressante», déclare l’émissaire de l’ONU Martin Griffiths, en condamnant «les efforts inacceptables déployés par le STC pour prendre le contrôle des institutions de l’Etat par la force». Le 21, le gouvernement dénonce à nouveau un soutien des Emirats –qui nient– au STC.
Revers
Les séparatistes se retirent le 24 août de l’ensemble d’Ataq, chef-lieu de la province de Chabwa, face à une poussée des forces du gouvernement. Le 28, des responsables des services de sécurité affirment que les forces loyalistes ont repris la province d’Abyane. Le ministre de l’Information annonce que les forces du gouvernement sont entrées à Aden.n