Omar Khayyâm a consacré sa vie à l’étude ayant peu d’appétence pour la politique et le sacerdoce religieux. Il est considéré comme «l’un des plus grands mathématiciens du Moyen Âge». Or, ses travaux algébriques ne sont connus en Europe qu’au XIXe siècle.

Comme pour Shakespeare, il y a un mystère Omar Khayyâm… Mais les fameuses Roubayyâte d’Omar Khayyâm résonnent encore aux oreilles de l’homme d’aujourd’hui. On sait de source sûre l’existence d’un mathématicien, astronome et de surcroît philosophe dénommé Omar Khayyâm ayant vécu de 1048 à 1131. Des témoignages de ses contemporains nous sont parvenus. Il est attesté qu’il fit partie de l’entourage du roi de Transoxiane et du sultan seldjoukide Malek Shah. Ce dernier le désigna comme membre du groupe des «astronomes éminents chargés 1074 (l’an 467 de l’ère hégirienne) de mettre en place un observatoire. Il est cité à travers plusieurs sources comme étant l’auteur d’ouvrages ayant marqué l’histoire des sciences. Après sa mort, il fut déclaré par divers écrivains persans et arabes : «maître sans pareil dans toutes les branches de la philosophie naturelle, des mathématiques, de la logique et de la métaphysique… ».
Bref, «le successeur d’Avicenne. On lui attribue même comme astrologue de merveilleuses prédictions… Mais d’un poète Omar Khayyâm, il ne fut question que soixante-dix ans après sa mort, à la fin du XIe siècle. Et ce, par l’historien Shahrazuri qui le présente comme «poète en arabe et en persan ». Quelque temps plus tard, un autre auteur cite l’un de ses «quatrains ». Du XIIIe au XVe, quelques dizaines en tout de quatrains lui sont attribués. Ce n’est qu’en 1460, plus de trois siècles après sa mort, qu’une première collection systématique de ses Roubayyâte comprenant 158 quatrains est donnée dans un manuscrit de la bibliothèque Bodléienne d’Oxford. Dès lors, les recueils vont se multiplier et s’augmenter.
Croissance tardive et suspecte aux yeux de la critique. Mais dont l’explication a été déjà avancée au XIIIe siècle. Le biographe Qifti explique que les mystiques, pour mieux mettre en valeur le sentiment religieux sincère, trouvaient dans les poèmes de Omar Khayyâm une inspiration subtile pour fustiger la bigoterie… Large et hospitalier était devenu le burnous du poète qui accueillait avec générosité et à son corps défendant les «quatrains errants», orphelins, sans paternité précise mais qui participaient d’une même démarche. Parfois contradictoires. Au point que l’idée d’un auteur nommé Omar Khayyâm des Roubayyâtes fut un mythe et ne désignait qu’une production collective due au génie iranien. Doute d’autant plus renforcé que les spécialistes de l’histoire des sciences familiarisés avec l’œuvre savante de Omar Khayyâm – qui eut une existence bien réelle – n’y trouvent matière à confirmation (ni négation d’ailleurs) avec les Quatrains… Dilemme dont ne ressort au bout du compte qu’une assertion : le nom d’Omar Khayyâm évoque immanquablement dans l’esprit des lettrés de l’époque la figure d’un poète-philosophe qui sentait le fagot. D’où le silence observé longtemps sur les Roubayyâte. Ils ne refont surface qu’au XIIIe siècle à la suite de la conquête de l’Iran par les Mongols…
En ce XIe siècle, après l’essor intellectuel des siècles précédents illustrés par les controverses philosophico-religieuses, l’orthodoxie se consolide et se durcit. Une lutte à mort se déroule contre le chiisme ismaïlien, particulièrement contre la secte terroriste des «Assassins » fondée en 1090 par Hassân as-Sabbah dit Cheikh al-Djabal. «Le Vieux de la montagne » fut un doctrinaire du crime politico-religieux à partir d’Alamout, son nid d’aigle situé sur les hauteurs de la mer caspienne. Hassan ibn al-Sabbah a recours à une solution radicale pour liquider ses opposants : le poignard empoisonné. Ses tueurs endoctrinés et fanatisés sèment la mort dans les palais les mieux protégés. Ils réussiront à tuer en 1092 le redoutable vizir intellectuel Nezâm El Moulk, auteur du «Traité du Gouvernemenent ». On prête un compagnonnage entre Hassân as-Sabbah, Nezâm El Moulk et Omar Khayyâm… Une légende rapporte que ce dernier aurait fait juré aux trois que le premier qui arriverait au pouvoir aiderait les deux autres… Or, Nizam al-Mulk était de trente ans l’ainé d’Omar Khayyâm ! Les Mongols mettront fin au règne d’Alamut.
Un roman slovène de Vladimir Bartol portant le titre «Alamut » publié en 1938 connaîtra un succès de librairie inattendu dans les années 1990-2000 avec l’avènement du terrorisme intégriste et réactivera la légende noire de «la secte des Assassins».
Omar Khayyâm a consacré sa vie à l’étude ayant peu d’appétence pour la politique et le sacerdoce religieux. Il est considéré comme «l’un des plus grands mathématiciens du Moyen Âge». Or, ses travaux algébriques ne sont connus en Europe qu’au XIXe siècle.
Certains de ses poèmes continuent à sentir le soufre dans le monde arabo-musulman. Bien avant Djalâl ad-Dîn Rûmî, pour Khayyâm l’homme sur le chemin de Dieu n’a pas besoin de lieu dédié pour vénérer celui-ci.
«Cette roue sur laquelle nous tournons est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe; le monde, l’écran. Nous sommes les images qui passent.»
Œuvre insaisissable, portée vers l’exaltation de l’hédonisme, car mue par une perception tragique du destin humain, la poésie d’Omar Khayyâm est le témoignage vivant d’une libre parole crépusculaire qui eut ses heures de gloire.