Carnets d’Orient est une série BD de Jacques Ferrandez dont les dix volumes ont été publiés de 1987 à 2009 par Casterman. Consacrée à l’histoire de l’Algérie française, de la conquête en 1830 à la guerre d’indépendance en 1962, cette série est un véritable succès commercial et a reçu plusieurs prix littéraires en France (Prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage, Prix Maurice-Petitdidier du meilleur album francophone étranger, Prix spécial du jury de la revue Historia…).

Par Rouchdi BERRAHMA
L’œuvre retrace la présence française en Algérie entre 1830 et 1962, à travers les portraits de plusieurs protagonistes européens et musulmans. Une version arabe des Carnets d’Orient a été édité par Dalimen en 2013.
«Carnets d’Orient 1830-1954», (Casterman, 2008)
Ce premier tome de l’intégrale des Carnets d’Orient de Jacques Ferrandez réunit en un volume unique les cinq premiers tomes de la série (Djemilah, L’année de feu, Les fils du sud, Le Centenaire et Le Cimetière des princesses) – soit l’époque historique s’étendant des premières années de la colonisation de l’Algérie (1836) à la veille de la guerre de libération nationale (1954).
C’est incontestablement l’un des projets BD les plus ambitieux des années 80 et 90 – une tentative de raconter toute l’histoire de l’Algérie française depuis la colonisation en 1830 jusqu’à la veille de la guerre d’indépendance. Jacques Ferrandez – l’enfant d’Alger – y a consacré plus de dix ans, et les cinq volumes rassemblés dans cette édition s’élancent allègrement entre aventure, romance, histoire, politique et drame familial, toujours avec un regard attentif sur les détails historiques.


Le style est dans la tradition classique de la BD franco-belge : avec des lignes précises, beaucoup de détails visuels et des couleurs vives. Différents types de lettres sont utilisés pour distinguer le français de l’arabe. Chaque volume est une génération plus loin, se concentrant de plus en plus sur la même famille au fil des ans. Une sorte de saga familiale romanesque.
«Carnets d’Algérie 1954-1962», (Casterman, 2011)
La deuxième intégrale, s’intéresse exclusivement à la guerre de libération nationale. Cette série est aussi une manière pour l’auteur de redécouvrir ses propres origines. Après un premier cycle consacré à la colonisation (de 1830 à 1954), ce deuxième cycle commence à la veille du 1er novembre pour se conclure à l’indépendance, en 1962. Il réunit en un volume unique les cinq derniers tomes de la série (La Guerre Fantôme, Rue de la bombe, La Fille du Djebbel Amour, Dernière demeure, Terre Fatale). Jacques Ferrandez reprend ses personnages afin de montrer les multiples facettes de cette guerre qui ne voulait pas dire son nom. L’histoire suit des personnages, des familles dans les deux camps avec pour fil rouge des carnets de dessins qui datent du début de la colonisation. Tous les thèmes et les opinions sur la guerre d’Algérie sont abordés (indépendantistes, nationalistes, colonialistes, pacifistes, …).
Cette intégrale est aussi plaisante à lire qu’instructive. Les dessins sont fidèles au style des premiers tomes avec de temps en temps de belles cases en aquarelles. Il y a de plus des chroniques historiques de qualité et des notes de travail de l’auteur qui permettent de mieux comprendre son œuvre.
«Suites algériennes
1962-2019» (Casterman, 2021)

1990 Un présentateur télé français, un peu sur la touche, veut relancer sa carrière en retournant sur le terrain faire du grand reportage d’investigation.
Il choisit l’Algérie d’où sa famille est issue (il est le fils d’Octave et Samia, les héros du 2e cycle des Carnets d’Orient). Là-bas, les élections sont menacées par la montée en force des islamistes. Il va vite découvrir que le pays est au bord de la guerre civile et que le passé y a la vie dure !
Ce troisième cycle de la série BD de Ferrandez sur l’Algérie aborde les difficultés rencontrées depuis l’indépendance en 1962, de la victoire confisquée par le FLN aux années de plomb de la guerre civile et jusqu’au Hirak, la révolte populaire de 2019. Un pan de l’histoire très complexe et relativement mal connu que l’auteur essaie d’appréhender. On retrouve, dans cet album, des personnages et leurs descendants que l’on avait croisés dans les Carnets d’Orient. Jacques Ferrandez imagine leur évolution et leurs traversées de manière assez romanesque, tout en nous contant en arrière-plan les grands événements historiques qui ont marqué l’Algérie (le coup d’état de Houari Boumedienne en 1965, l’assassinat du président Mohamed Boudiaf en 92…). Une histoire marquée par la violence, la peur et la corruption. Comme d’habitude, c’est bien documenté et cette lecture permet de mieux comprendre l’histoire algérienne. Le deuxième tome est annoncé pour avril 2022, toujours chez Casterman.

biographie
Jacques Ferrandez naît en 1955 à Alger. Après l’École Nationale des Arts Décoratifs de Nice, il se tourne vers l’illustration et la bande dessinée et ses premières publications paraissent dans la revue (A SUIVRE) dès 1978. En 1987, il débute Carnets d’Orient, une fresque sur les 132 ans de présence française en Algérie, de la conquête à l’Indépendance. Spécialiste incontesté de la question algérienne, il adapte chez Gallimard BD l’œuvre d’Albert Camus avec L’Hôte en 2009, avant de transposer de façon magistrale L’Étranger en 2013 puis Le Premier Homme en 2017. Ses livres font l’objet de nombreuses expositions, en France et en Algérie, et notamment aux Invalides en 2012, à l’occasion des 50 ans de la fin de la guerre d’Algérie. Il a reçu pour ses Carnets d’Orient le prix spécial du jury Historia 2012. Avec Suites algériennes, Jacques Ferrandez aborde l’histoire contemporaine de l’Algérie depuis 1962 jusqu’à nos jours.