L’année 2020 qui s’achève aujourd’hui a été éprouvante pour notre pays et pour l’humanité entière à cause de la pandémie du Covid-19. Elle a été aussi l’occasion de leçons et de rappels sur notre façon de vivre et sur la nécessité de s’ouvrir aux autres et de s’enrichir auprès d’eux. Un message universel que l’église d’Algérie incarne parmi d’autres dans son incessante quête de dialogue, nous dit le père Christophe Ravanel. Entretien.

Reporters : Les fêtes de la nativité, cette année, ont été marquées du sceau de la pandémie et du risque sanitaire partout dans le monde. La peur de la contagion s’est vue jusque dans la célébration de la messe de Noël au Vatican. Que ressent-on dans ce cas quand on a la foi chrétienne ?
Christophe Ravanel : La foi chrétienne enseigne à respecter les lois et les règles locales, en s’adaptant aux lieux et aux circonstances. Nous avons donc suivi les consignes sanitaires données par le gouvernement algérien depuis le mois de mars dernier. Nous l’avons fait en essayant de préserver nos santés et de ne pas mettre en danger celles des autres, mais aussi en évitant de nous replier sur nous-mêmes et en continuant à témoigner de l’attention et de la solidarité aux autres.

Comment vit-on cette foi quand on est dans un pays à majorité musulmane comme l’Algérie ? On ne parle pas ici des religieuses et des religieux mais de tous ceux qui ont la foi chrétienne et sont dans le besoin de vivre et de s’en nourrir ?
La fermeture des lieux de culte a conduit chacun à chercher de nouvelles manières pour vivre sa foi personnelle, à travers surtout les réseaux sociaux. Ce fut particulièrement important pour les étudiants, dont certains sont restés longtemps confinés dans leurs cités universitaires, notamment à Blida. Cela reste difficile pour les prisonniers car les visites des aumôniers sont toujours suspendues et ils n’ont accès qu’à la télévision. Certes, le courrier fonctionne et parfois le téléphone, mais cela ne remplace pas une visite. Nous prions beaucoup pour eux et nous espérons reprendre nos visites en 2021.

Comment avez-vous célébré Noël à l’heure du confinement ?
Pour ma part, je suis allé le soir du 24 décembre dans ma paroisse à Hydra, qui a eu l’autorisation de rouvrir pour l’occasion. C’était plus tôt que d’habitude, à 17H30, et nous étions moins nombreux que pour un Noël ordinaire, mais nos retrouvailles après 9 mois ont été heureuses. Il ne nous a manqué que la joie des embrassades et celle du repas que nous prenions ensemble habituellement après la messe. Le 25, j’étais à la cathédrale du Sacré-Cœur où la fête fut belle aussi.

Dans pareille circonstance, qu’est-ce qui prime chez les religieux comme vous, le devoir envers Dieu ou le souci sanitaire et celui de préserver des vies ?
Je crois qu’il n’y pas vraiment de conflit entre les deux choses car Dieu ne peut rien nous demander qui soit en contradiction avec la vie. La préoccupation que nous devons toujours garder, c’est de faire les choses avec amour et humanité, ce qui permet de mieux accepter les règles que nous pouvons ressentir d’abord comme extérieures et contraignantes.

Cette année, l’Algérie et son Eglise ont perdu une de ses grandes figures, l’archevêque émérite Monseigneur Henri Teissier. Quel héritage laisse-t-il et comment vit-on une telle perte quand on est dans les ordres ou simplement croyant ?
Monseigneur Teissier est l’évêque qui m’a accueilli à Alger et qui m’avait demandé de faire partie de son conseil. J’ai beaucoup appris de lui car il m’a soutenu dans mes débuts au CCU. Le retentissement de son décès en Algérie m’a fait reprendre conscience de la personne qu’il a été, du rôle qu’il a joué dans l’Eglise mais plus largement en Algérie, notamment dans les années 90. Son héritage de relations et d’amitiés est immense et il nous invite à le faire fructifier, en continuant de développer des relations fraternelles avec tous.

L’Eglise d’Algérie poursuit depuis très longtemps des actions de solidarité et de rapprochement entre les croyances et les cultures et pour le vivre-ensemble. Qu’est-ce qui a changé ou n’a pas changé en cette période de crise sanitaire ?
Je crois que le fond de notre action n’a pas changé et sa motivation non plus. Simplement, des formes nouvelles de solidarité ont vu le jour, en particulier la distribution de couffins de nourriture, ce que nous faisons moins habituellement. Des personnes nous ont aussi sollicités pour des besoins nouveaux, d’autres ont proposé leurs services pour nous aider ; à chaque fois cela nous a offert de créer du lien et de ranimer aussi l’espérance. Nous avons aussi beaucoup écouté les gens. Se sentir écouté, reconnu, aimé est un besoin fondamental ; il suffit pour y répondre d’un peu d’attention et de temps.

Quel message avez-vous pour la nouvelle année qui est à nos portes ?
Le Pape François nous invite cette année à la fraternité avec sa lettre Fratelli Tutti (tous frères). D’ailleurs, en 2019, il signait avec le Cheikh d’El Azhar une déclaration intitulée La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune. A leur invitation, en ces temps de pandémie qui nous font prendre conscience de l’unité de destin de notre humanité, nous pouvons « adopter la culture du dialogue comme chemin, la collaboration commune comme conduite, la connaissance réciproque comme méthode et critère ».