La campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus en Algérie débutera avec le vaccin russe Spoutnik V sur lequel s’est porté le choix annoncé par le gouvernement. Un choix attendu, vu les critères de sélection arrêtés par les instances sanitaires, et salué, par ailleurs, par les professionnels de la santé qui y voient un antidote répondant aux conditions d’efficacité et d’innocuité mais aussi aux infrastructures et moyens dont dispose le pays pour sa conservation et sa distribution.

L’Algérie, qui a signé un contrat avec le laboratoire russe fabricant, devrait réceptionner les premières livraisons dans les prochains jours pour lancer la campagne nationale de vaccination en janvier.
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, estime que le vaccin Spoutnik V présente une bonne efficacité. «D’après les dossiers qui ont été étudiés par l’Institut Pasteur, ce vaccin est efficace à plus de 90%. On n’a donc pas de raisons de douter de son efficacité», a-t-il dit. Il se trouve également que l’antidote russe est actuellement utilisé dans plusieurs pays, ajoute notre interlocuteur qui cite, outre le pays fabricant, «l’Argentine, le Venezuela, les Emirats Arabes Unis en ont commandé, le Koweït, la Hongrie, la Biélorussie…» D’où, insiste-t-il, «il n’y a pas de raisons de douter de son efficacité et de son innocuité, d’autant plus qu’il utilise une méthode classique d’antigène-anticorps, il n’y pas de manipulation génétique, il est d’une utilisation facile et se conserve à une température de réfrigération entre 2 et 8 degrés Celsius». Le Dr Bekkat Berkani fera, par ailleurs, remarquer que c’est «le seul vaccin disponible répondant aux exigences voulues dans les quantités que le pays voudrait acquérir pour le début de la vaccination». L’antidote russe figurait dans la short-list du gouvernement, mais le pas de la commande n’a été franchi que lorsque le président de la République avait instruit le gouvernement de lancer la campagne de vaccination en janvier. «La Russie nous a permis d’avoir 500.000 doses, ce qui est appréciable, alors que nous n’avions pas fait de commande auparavant», a noté le membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie qui espère que ces quantités arriveront en un seul lot. «C’est un bon début», résume-t-il.
Le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, estime, pour sa part, que débuter la vaccination «permet de voir le bout du tunnel». Il notera également que la disponibilité du vaccin russe a joué dans le choix, de même que les conditions de sa conservation. «Commencer la vaccination est une très bonne chose avec laquelle on va débuter l’année. Le vaccin russe est disponible et c’est le bout du tunnel qu’on commence à voir», a-t-il dit, rappelant qu’il y a eu des publications sur le vaccin russe dans la revue scientifique The Lancet et que ce vaccin a été utilisé dans plusieurs pays dont la Russie. Il fera remarque que «si, par exemple, on avait fini par opter pour l’antidote de Pfizer-BioNTech, on n’aurait pas pu avoir de doses puisque celles-ci ne sont pas disponibles» et que «le laboratoire a dû revoir ses livraisons à la baisse, ne pouvant pas les satisfaire dans les délais annoncées auparavant».

Le dossier de Spoutnik V déposé à l’OMS
«Le laboratoire fabricant de Spoutnik V a déposé le dossier du vaccin au niveau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et aura certainement son homologation de l’OMS dans les prochains jours, après celle accordée pour le vaccin de Pfizer-BioNTech», a fait savoir le Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP).
Nos interlocuteurs estiment qu’après le début de la vaccination avec le Spoutnik V, l’Algérie devra continuer la vaccination et, pour ce faire, il faut d’ores et déjà songer à anticiper les commandes, puisque la vaccination va durer plusieurs mois et que la réception des antidotes se fera progressivement. A ce propos, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, qui avait annoncé la signature du «contrat de gré à gré avec un laboratoire russe» mercredi dernier, avait déclaré que des «discussions sont également en cours avec d’autres pays». Dans ce cadre, il y a le vaccin d’AstraZeneka qui reste très plausible pour les futures commandes de l’Algérie, sachant que ce laboratoire a été le premier à avoir publié ses résultats, ainsi que le vaccin chinois.
«Il reste maintenant à peaufiner comment se fera la campagne nationale de vaccination, où et comment la commencer, et surtout par qui commencer», a souligné Dr Bekkat Berkani, qui a noté, dans ce registre que «pour les malades chroniques, le travail pourrait être coordonné avec la Caisse nationale de sécurité sociale (CNAS) puisqu’elle dispose des noms de tous ces malades». Il indiquera également qu’il est important de commencer par les personnels du secteur de la santé, public et privé.
La vaccination étant appelée à durer dans le temps, il est «nécessaire de continuer à respecter les gestes barrières», a tenu à rappeler avec insistance le président du SNPSSP, puisque d’ici la fin de la vaccination, «nous ne sommes pas à l’abri d’une recrudescence des cas, sans oublier qu’on parle même d’une éventuelle troisième vague de la pandémie». Il faut que la population continue de «s’en tenir aux gestes barrières jusqu’à ce que la vaccination atteigne l’immunité collective de 60% qui permettra une maitrise de la transmission du virus, donc de la pandémie», recommandent nos interlocuteurs.
Pour rappel, le directeur général du budget au ministère des Finances, Abdelaziz Fayed, a annoncé mercredi dernier qu’un budget de 1,5 milliard de dinars a été débloqué pour les 500.000 doses du vaccin Spoutnik V, précisant que l’enveloppe financière allouée pour l’ensemble de la vaccination pourrait atteindre les 20 milliards de dinars. La semaine dernière, l’Algérie a mis en place une procédure accélérée d’enregistrement des vaccins anti-Covid-19 à travers l’ANPP (Agence nationale des produits pharmaceutiques), l’IPA et l’Agence nationale de sécurité sanitaire, suivant les mêmes étapes d’homologation que celles au niveau international.