Le président de la République Abdelmadjid Tebboune, en nommant un nouveau gouvernement, a introduit plusieurs changements qualifiés de positifs. Le chef de l’Etat a, cependant, surpris par certaines de ses décisions perçues comme une erreur d’un trop-plein de casting. La plus importante, selon de nombreux économistes, est l’éclatement des portefeuilles au lieu d’un regroupement de ministères en vue de réaliser des économies dans le budget de l’Etat, dans un contexte caractérisé par une crise financière très tendue.

En ce sens, le nouveau gouvernement ne dispose pas d’un grand département de l’économie, qui inclurait les finances, le commerce intérieur et extérieur, voire l’industrie. Ce qui est de plus contesté par des observateurs de la scène économique, c’est la nomination d’un haut responsable pour les incubateurs et d’un autre pour les start-up. Il faut savoir que l’incubateur, comme celui de Sidi-Abdallah, est un espace destiné à l’éclosion de start-up, de l’idée, à sa faisabilité, au business plan et, enfin, à l’accomplissement des formalités administratives pour créer sa société, très petite généralement, dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Cette start-up ne comprend, au départ, que quelques personnes. Pour se développer, elle a besoin d’un écosystème qui fait défaut en Algérie. Un ministère pour les start-up est une nouveauté positive, mais pourquoi démultiplier les départements ministériels chargés de ce dossier ? Pour ironiser, dira un observateur, « c’est comme si on créait un ministère de la Santé avec deux ministres, l’un s’occupant des hôpitaux et des cliniques, l’autre des soins post-opératoires ». Encore une fois, la généralisation des start-up dans le tissu économique du pays dépend d’une politique intersectorielle, où sont concernés finances, commerce, intérieur, enseignement supérieur, entre autres, devant s’impliquer ensemble en parfaite coordination dans la création d’un écosystème favorable au développement des start-up jusqu’à ce que le nombre de ces micro entreprises atteigne la taille critique en termes d’apport significatif à la croissance du pays, à la résorption du chômage des diplômés et l’amélioration des services destinés à la population. Dans ce volet, un spécialiste des TIC, qui a requis l’anonymat, ne voit pas, en outre, l’utilité d’un ministère des Postes, des Télécommunication et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’Autorité de régulation de ce secteur renforcée suffirait à encadrer et à booster ce marché. Dans la même veine, pourquoi créer en pleine crise financière plusieurs départements ministériels au sein du ministère de la Culture ? C’est comme si au sein de cette institution on créait un ministère délégué pour la Lecture publique. Un ministre de la Culture compétent et efficace pourrait à lui seul prendre en charge les dossiers liés à sa fonction, y compris le cinéma.

Quid d’un grand ministère de l’Economie
Le nouveau gouvernement hérite également des incohérences du passé. En l’occurrence, le dossier énergies renouvelables est partagé entre les ministères de l’Energie et de l’Environnement et des Energies renouvelables ainsi que le Haut-commissariat chargé des énergies renouvelables. Un mode d’organisation qui semble inadapté à l’évolution du marché de l’énergie à l’international, et qui reproduit de la redondance dans les fonctions d’encadrement de cette activité. En termes simples, cela fait doublant. Pour être en phase avec la crise financière que connaît le pays et les développements de l’économie verte dans le monde, il aurait fallu, préconise un expert, créer plutôt un ministère du développement durable, qui inclurait énergie, énergies renouvelables, mines et environnement.

Des départements qui font doublant
A titre individuel, la nomination du professeur Chems Eddine Chitour à la tête de l’Enseignement supérieur pourrait constituer un bon choix. Outre sa fine connaissance du secteur, il apporte avec lui son ouverture à la modernité et une vision claire sur la stratégie de remédiation aux faiblesses du système universitaire algérien, dont les performances sont considérées comme parmi les plus faibles dans le monde. Même topo pour le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, qui a été pendant longtemps chirurgien et chef de service orthopédie à l’hôpital de Ben Aknoun et dont les qualités professionnelles et humaines sont de notoriété publique. Ce professeur en médecine connaît bien les difficultés du secteur pour avoir animé, entre autres, des campagnes de santé dans plusieurs villes de l’intérieur, communiquant à de jeunes praticiens sa riche expérience en chirurgie. Il s’agira pour lui de prouver qu’il peut être un bon ministre. Les choix, par contre, de Kamel Rezig en tant que ministre du Commerce, de Abderrahmane Raouya et de Sabri Boukadoum, respectivement aux Finances et aux Affaires étrangères ne font pas l’unanimité. Des observateurs affirment dans ce sens que pour le premier, il existe de meilleures compétences, alors que le deuxième et le troisième font partie de l’héritage de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika. De surcroît, affirme-t-on, il existe dans ces deux dernières fonctions de potentiels ministres plus efficaces et plus audacieux en termes de réformes financières ou de renforcement de la diplomatie algérienne.
On peut se demander enfin si les ministres, qui, pour plusieurs d’entre eux, sont des universitaires reconnus sur la place, auront les coudées franches pour accomplir leurs missions. En tout état de cause, il semble qu’on n’en est pas encore en rupture totale, tout comme on note l’absence de vision globale à moyen long termes. De plus, la création d’une cellule constituée de hautes compétences rattachée à la Présidence ou au gouvernement, chargée de la stratégie économique à long terme de l’Algérie et de la prospective, réclamée par plusieurs économistes, serait préférable au choix d’un ministre délégué aux Statistiques et à la Prospective.