Dans les Perspectives économiques mondiales, publiées, mardi, par le Fonds monétaire international (FMI), le scénario d’une aggravation du coût social de la crise sanitaire s’est confirmé avec, au tableau, une prévision d’une hausse nette du taux de chômage en Algérie.

Par Hakim Ould Mohamed
En effet, l’institution de Bretton Woods anticipe une hausse à 14,5% du taux de chômage cette année et 14,9% en 2022, contre 14,2 l’an dernier. Bien évidemment, l’impact du choc pandémique, lié à la propagation du coronavirus, est en partie à l’origine de la révision à la hausse des projections du FMI sur l’évolution du taux de chômage en Algérie. 2020 a été une année dure pour les entreprises et les travailleurs. Le directeur de recherche, délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales et de l’Aménagement du Territoire, Hamid Afra, a donné récemment un avant-goût de l’impact de la pandémie du Covid-19 sur l’économie, estimant à 500.000 emplois directs perdus en 2020.
Les chiffres ne prennent pas en compte, bien entendu, les pertes dans les circuits informels de l’économie, puisque ceux-ci échappent aux radars des statistiques officielles du gouvernement. Il y aurait 1 millions d’emplois directs et indirects perdus en 2020 si l’on incorpore dans les calculs les postes détruits dans les circuits de l’économie souterraine. Rien que dans la filière automobile, 51.000 postes d’emploi ont été perdus durant le précédent exercice seulement, alors que les activités de BTP qui ont souffert le plus des mesures de confinement ont mis plus de 300.000 salariés au chômage des suites de la fermeture provisoire ou définitive de quelques 4000 entreprises. Les chiffres, aussi bien officiels que ceux provenant des associations professionnelles, sont provisoires et l’onde de choc serait plus préjudiciable pour le marché de l’emploi. Les projections du FMI en témoignent.
Le confinement et autres mesures de restriction autant pour les personnes que pour les entreprises ont eu un effet néfaste sur le marché de l’emploi. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale a indiqué à juste titre qu’il n’y avait pas eu création d’emplois en 2020, mais plutôt une destruction d’emplois. Les mois à venir seront difficile car le FMI anticipait, mardi, une reprise modeste de la croissance du PIB algérien, lequel devrait rebondir cette année de 2,9% seulement et de 2,7% l’an prochain, insuffisant pour inverser la tendance en matière de création d’emplois. Selon les économistes, l’économie algérienne a besoin d’au moins 6% de croissance pour pouvoir absorber les nouveaux demandeurs d’emplois. La hausse attendue du taux de chômage devrait contribuer à la paupérisation de couches entières de la société, alors que le pouvoir d’achat des ménages était déjà mis à rude épreuve par la pandémie et la hausse de l’inflation. A ce propos, le Fonds monétaire international s’attend à un net rebond du taux d’inflation sur les deux années 2021-2022. Le taux d’inflation se situerait à 4,9% cette année et 6% l’an prochain contre 2,4% en 2020, lit-on dans le dernier rapport du FMI sur la santé de l’économie mondiale, diffusé mardi. Des économistes ont mis en garde que l’ajustement persistant du taux de change du dinar face aux principales devises d’échange entrainerait une hausse du taux d’inflation les prochains mois ; celle-ci grimpant à 2,6% en janvier en glissement annuel. Le dinar a continué de se déprécier cette année, dont le taux de change a connu d’importants réglages en 2020, alors que les cours du brut rechutaient sur le marché mondial, entrainant une importante baisse des fondamentaux de l’économie nationale. Quoi qu’il en soit, les deux indicateurs du FMI sur la hausse du taux de chômage et celui de l’inflation témoignent d’un effet violent du double choc coronavirus-rechute des prix du pétrole aussi bien sur l’économie que sur le pouvoir d’achat des ménages. n