Contrairement à la division et la haine que pouvaient espérer semer ceux qui l’ont perpétré, et surtout ceux qui l’auraient commandité, le crime atroce et crapuleux dont a été victime le jeune Djamel Bensmaïl, mercredi dernier, a eu l’effet de rassembler encore davantage autour d’un discours prônant sagesse et union, dressées comme rempart infranchissable.

Par Feriel Nourine
Un crime crapuleux, abominable qui n’a d’égal que la lâcheté et la barbarie de cette foule en délire et enflammée face un jeune homme de 26 ans, parti de sa Miliana natale, prêter main-forte à ses frères et sœurs de Larbaâ-Nath-Irathen, traînant en bandoulière quelques menus moyens logistiques, mais dans le cœur d’inépuisables ressources de générosité, de bravoure et d’altruisme comme seul le cœur de «Jimmy», l’artiste, pouvait contenir face à des flammes titanesques dans leur fief.
Après le choc national et la vague d’indignation allumés par le supplice qu’ont fait subir ses assassins Djamel, retransmis en direct sur les réseaux sociaux, les hommages à ce dernier et les appels au calme, puis à l’unisson ont vite pris le relai, se dressant comme un bouclier de sagesse et de conscience nationale contre les risques de cet acte qui a tout d’une mesquine opération incendiaire, visant à ajouter aux feux de forêt qui s’étaient emparés de LNI, de l’ensemble de la Kabylie et des autres régions du pays.
Mort par les affres d’un lynchage, puis, immolé, Djamel est vite ressuscité en héros national, ressuscité de ses cendres encore brûlantes et désormais immortel dans la conscience populaire, par les messages de douleur, de condamnation, d’appels à faire justice par la justice, de compassion, d’inclinaison à sa mémoire, mais aussi dont doivent faire preuve l’Algérie et les Algériens devant cette nouvelle épreuve venue ajoutée aux malheurs du quotidien qu’ils traversent par cet été 2021 pas comme ceux qui l’ont précédé.
Citoyens anonymes, intellectuels, artistes, sportifs et d’autres corporations ne s’arrêtent pas, depuis mercredi, de multiplier les appels pour prévenir contre les desseins que dissimule mal le crime contre l’enfant de Miliana, en Kabylie, où il comptait plusieurs amis et pour laquelle il vouait un amour qu’il distribuait sans compter ni différencier dans son pays l’Algérie. L’appel est aussi lancé pour que justice soit faite par ceux qui en ont la charge et la mission.

Appels à la sagesse et à l’union
Mais de ces milliers de messages fusant tous azimuts à contre sens du but recherché par ceux qui ont commandé, voire programmé le meurtre du jeune héros, c’est assurément celui sorti des tripes de son père qui a le plus marqué les Algériens. Digne dans sa douleur de papa, dont le fils a été ravi à son affection de la plus atroce et impardonnable pratique criminelle, Nouredine Bensmaïl a pourtant su puiser bien plus profond que sa douleur insoutenable et son chagrin pour faire parler la sagesse et un discours rassembleur. «Mes amis sont Kabyles, mes neveux aussi. Que Dieu nous donne de la patience, Djamel était votre frère et il est mort en martyr. Je dis aux habitants de Miliana qu’ils doivent être fiers car c’est un héros, après Ali La Pointe», a-t-il lancé le jour même aux Milianis, avant de réclamer le corps de son fils. «La première chose que l’on demande est que l’on nous rende le corps de notre fils», a ajouté ce Monsieur avec un immense M, de la taille d’une sagesse et d’une lucidité carrément impossibles à imposer en pareille circonstances. De cette grande douleur dont il est sans doute le seul, en plus de la mère de la victime, à porter le poids, il y a assurément quelque chose de bien plus grand chez cet homme. Une fibre réellement patriotique dont a visiblement hérité le défunt Djamel et que les velléités assassines n’ont pu étouffer même après avoir immolé son corps.
Jeudi, en allant chercher le corps de son enfant à Tizi-Ouzou, puis vendredi soir, au JT de l’ENTV, le père meurtri dans sa chair est revenu à la charge contre le feu de la discorde. «Mon fils souhaitait que sa mort rassemble les Algériens et c’est ce qui vient de se passer. Nous espérons que c’est lui qui rassemblera les Algériens», a-t-il soutenu. «Nous ne voulons pas la division. Il n’y a ni Chaoui, ni sudiste ou autre. Nous sommes tous des Algériens, il n’y a aucune différence. Les Kabyles sont nos frères, nos amis, nous avons des liens de parenté avec eux, notre sang est mêlé. Nous ne voulons pas que quelque chose sème la discorde entre nous», a encore insisté, ce père sorti de l’anonymat et de la quiétude des gens de Miliana par une porte qu’aucun être humain ne souhaiterait franchir.
Un message qui déroule le tapis à l’union et à l’unisson face à ce drame national et ouvre aussi grand la porte à la délégation des notables de LNI et des régions avoisinantes qui s’apprêtait à se déplacer à Miliana pour présenter leurs excuses à la famille de Djamel et condamner le crime au nom de toute la Kabylie et des citoyens de cette région de l’Algérie.