La filière tomate industrielle dans la wilaya de Chlef a enregistré une production «record» en 2017, en dépit de son introduction récente dans la région, soit près de cinq années seulement.

Paradoxalement, cette abondante production, estimée à plus de 600 000 quintaux contre près de 400 000 lors de la campagne écoulée, est à l’origine d’un important excédant en tomates, si bien qu’une partie, selon des agriculteurs, a été jetée leur causant ainsi des pertes considérables, et ce, en raison du problème de transformation qui se pose avec acuité dans la wilaya qui ne compte en tout et pour tout qu’une seule unité privée qui peine à gérer son surplus de production. Toutefois, la « bonne santé » de la filière de la tomate industrielle, à Chlef, est le résultat des efforts consentis par la Direction des services agricoles de la wilaya qui a notamment œuvré, selon son directeur Mokhtar Belaid, au relèvement de la surface exploitée, passant ainsi de 200 ha à ses débuts à 1.076 ha actuellement. Le responsable de la DSA a loué les efforts consentis par les agriculteurs locaux dans le développement de leurs techniques de culture, ayant contribué, a-t-il dit, à la hausse du rendement à l’hectare estimé entre 800 et 900 qx. Mais cet important excédant de la production a suscité des réactions mitigées de la part des agriculteurs dont nombre d’entre eux ont affiché leur mécontentement quant aux pertes subies ayant atteint, chez certains, un taux de 60 % de leur récolte pourrie sous les fortes chaleurs, mais aussi dues aux longues files d’attente devant l’unique unité de transformation de la région, ont-ils déploré, non sans cacher leur irritation au regard des quantités considérables de tomates jetées dans les oueds.
Pour les spécialistes du domaine, cette abondante production s’explique par « un mûrissement précoce » de la récolte de tomate industrielle, à cause des conditions climatiques marquée par de fortes chaleurs, parallèlement au fait que les agriculteurs locaux réalisent les opérations de culture à une même période, au moment où il serait plus indiqué que celles-ci soient réalisées de manière successive, ont-ils recommandé. Pour remédier au déficit en unités de transformation dans la région, des efforts ont été consentis en vue du relèvement des capacités de l’unique usine de transformation en agroalimentaire de Chlef. Ainsi a été créée une deuxième chaîne de production permettant l’accueil de 1.300 tonnes de tomates/jour, mais des problèmes techniques ont retardé sa mise en exploitation. La résolution des problèmes de cette nouvelle unité se fera ultérieurement, a-t-on indiqué. Toujours au titre des efforts consentis afin d’éviter aux fellahs des pertes sèches à leurs productions, M. Belaid a également fait part, d’une possibilité de mise en service d’une nouvelle unité de transformation en agroalimentaire (sur un total de deux projets actuellement en chantier), durant la prochaine campagne agricole, a-t-il indiqué.

Organisation prochaine de la filière
Une décision a été prise, a ajouté le même responsable, en vue d’accorder des facilitations aux agriculteurs du domaine pour l’obtention d’autorisations d’acquisition des engrais et de semences, outre la tenue de réunions entre producteurs et transformateurs pour faire un diagnostic complet de la campagne écoulée et éviter notamment certaines erreurs techniques, liées au lancement en simultanée des opérations de culture de tomate. Pour sa part, le président de l’Association de la tomate rouge, des producteurs de la tomate industrielle, Mohamed Benyamina, a signalé le parachèvement en cours des procédures administratives et légales relatives à la création d’une coopérative des producteurs de la tomate industrielle, un organe susceptible, a-t-il dit, d’organiser la profession et de défendre les droits des agriculteurs, en assurant notamment l’encadrement des contrats signés avec les unités de transformation et la commercialisation du produit. Outre l’organisation de l’activité de quelque 223 agriculteurs relevant de la filière de la tomate industrielle à Chlef, cette coopérative aura également pour mission de fixer un programme qui permettra aux agriculteurs de récolter leurs productions suivant les capacités de transformation des unités, avec qui ils ont signé des contrats, le tout dans l’objectif d’éviter les erreurs de la campagne écoulée, a-t-on soutenu. A noter qu’une rencontre régionale est programmée prochainement dans la wilaya, entre la DSA et tous les professionnels de la filière, afin d’examiner les contraintes entravant son développement et sa promotion, tout en présentant des solutions à l’excédent de production réalisé dans la filière et la manière d’éviter sa perte. La culture de la tomate industrielle à Chlef est essentiellement concentrée dans les régions d’Ouled Ben Abdelkader, Ouled fares, El Karimia et Oued Fodda, sur une surface globale estimée à près de 1.076 ha. (APS)