Le taux de la croissance chinoise en 2019 est tombé à 6,1%. Il est en repli par rapport à celui de 2018, quand il pointait à 6,6%, et signale un ralentissement, le plus bas depuis près de trente ans sur fond de guerre commerciale avec les Etats-Unis et de morosité de l’investissement. De nouvelles mesures de soutien sont attendues de la part de Pékin en 2020 pour éviter un recul plus marqué de l’économie.

Mais les données officielles publiées vendredi montrent aussi que la deuxième puissance économique mondiale a terminé 2019 sur une note plus positive, alors que les tensions commerciales s’apaisaient, laissant penser qu’une série de mesures de soutien engagées par le gouvernement chinois au cours des deux années écoulées commencent à porter leurs fruits. Selon les observateurs, l’année 2020 est cruciale pour le Parti communiste au pouvoir qui en avait fait, voici dix ans, l’horizon pour multiplier par deux le produit intérieur brut (PIB) chinois et les revenus, avec pour objectif de transformer ainsi la Chine en une nation « modérément prospère ». La croissance du PIB chinois est ressortie à 6,0% au quatrième trimestre en rythme annuel, montrent les données du Bureau national des statistiques (BNS), conforme au consensus et identique à la progression enregistrée pour juillet-septembre, soit à un plus bas depuis près de trois décennies. « Il faut avoir à l’esprit que (…) les sources d’instabilité et les défis sont croissants » pour l’économie chinoise, a rappelé lors d’une conférence de presse Ning Jizhe, un responsable du BNS. Sur l’ensemble de l’année 2019, ces données ramènent la croissance à 6,1%, également comme prévu, soit son rythme le plus faible depuis 1990, après +6,6% en 2018. La stabilisation apparente de la croissance au quatrième trimestre est durable, a estimé pour Reuters Louis Kuijs, économiste chez Oxford Economics à Hong Kong. « Nous avons vu une amélioration dans l’industrie. Nous avons vu des mesures (de la part des décideurs politiques) pour s’assurer que l’économie poursuive sa croissance, principalement des mesures en terme de financement des infrastructures », a-t-il ajouté.
Des sources politiques ont dit à Reuters que le gouvernement chinois prévoyait de ramener son objectif de croissance à environ 6% cette année, contre 6% à 6,5% l’an dernier, en s’appuyant sur une hausse des dépenses d’infrastructures pour éviter un ralentissement plus marqué de l’économie. En rythme trimestriel, le PIB chinois a progressé de 1,5% au T4, conforme au consensus et identique à la progression sur juillet-septembre.

SIGNES D’AMÉLIORATION
Frein important à la croissance: la baisse du taux de natalité en Chine. Celui-ci a chuté en 2019 à 10,48 naissances pour 1.000 habitants, a annoncé vendredi Pékin. Un plus bas historique depuis 1949. Le nombre de personnes en âge de travailler (16-59 ans) a également diminué de 0,10% l’an passé-la huitième année consécutive de baisse. Le tableau n’est cependant pas entièrement sombre: des statistiques officielles communiquées vendredi montrent une accélération inattendue de la production industrielle et une croissance de l’investissement, tandis que les ventes au détail ont progressé à un rythme stable et solide. La production industrielle a progressé en décembre de 6,9% en rythme annuel, à un plus haut en neuf mois, alors que le consensus donnait un ralentissement à +5,9% après +6,2% en novembre. L’investissement en actifs immobilisés a augmenté de 5,4% sur l’ensemble de 2019, dans la lignée de sa progression sur les onze premiers mois de l’année. Les économistes anticipaient une hausse de 5,2%. Les ventes au détail ont connu en décembre une hausse de 8,0% en rythme annuel, identique au mois précédent et contre une prévision médiane de +7,8%. Les investissements immobiliers ont progressé de 9,9% sur l’ensemble de 2019, marquant un ralentissement par rapport à la progression de 10,2% enregistrée sur les onze premiers mois de l’année. Pékin compte sur un ensemble de mesures fiscales et monétaires pour contrer le ralentissement actuel de l’économie, réduire les impôts et permettre aux gouvernements locaux de céder de grandes quantités d’obligations pour financer leurs projets d’infrastructures. Le gouvernement a aussi réduit le niveau de réserves obligatoires des banques afin de les encourager à accorder davantage de prêts, principalement aux petites et moyennes entreprises. L’économie a cependant tardé à réagir, et la croissance de l’investissement a ralenti à des plus bas records. En dépit de mesures de soutien supplémentaires à l’économie et de la trêve dans le conflit commercial sino-américain, les économistes interrogés par Reuters s’attendent à ce que la croissance chinoise continue de ralentir cette année, pour tomber à 5,9%.

Nouvelle normalité
Des analystes estiment que le ralentissement de la Chine est structurel car le pays, autrefois surnommé « l’atelier du monde », devient une économie plus développée. Un taux de 6,1%, que les économies occidentales peuvent lui envier, est pour la Chine son taux le plus faible depuis la très mauvaise année 1990 (+3,9%) à laquelle avaient succédé des années de croissance à deux chiffres ou quasiment. Mais la crise financière de 2008-2009 a réduit la demande extérieure et poussé le pays à s’endetter pour soutenir l’économie. L’endettement a ensuite forcé les pouvoirs publics à resserrer le crédit pour réduire les risques financiers.   Cela explique que les autorités chinoises se montrent aujourd’hui très prudentes sur les mesures de relance qui auraient été nécessaires pour contrebalancer l’impact de la guerre commerciale. Le ralentissement de l’économie chinoise fait partie d’une « nouvelle normalité », affirme à l’AFP l’économiste Louis Kuijs, du cabinet Oxford Economics. « Ce qu’ils (les dirigeants) ne veulent pas voir, c’est un ralentissement trop rapide ».