Si le ton est monté entre Pékin et Washington, les relations entre l’Australie et la Chine ont en revanche montré des signes d’apaisement, les ministres de la Défense de l’Australie et de la Chine se sont rencontrés dimanche pour la première fois en trois ans. Des échanges que Canberra a qualifiés de «premier pas important» après une longue période de tensions. Cette réunion entre Richard Marles et son homologue chinois Wei Fenghe de plus d’une heure a eu lieu en marge du forum de sécurité pour l’Asie-Pacifique «Dialogue de Shangri-la» à Singapour. Le ministre australien, qui a pris ses fonctions en mai, a qualifié cette rencontre de «premier pas très important» et «de grande portée». «C’était l’occasion d’avoir un échange très franc et complet lors duquel j’ai soulevé un certain nombre de questions qui inquiètent l’Australie», a déclaré le ministre M. Marles, qui est également vice-Premier ministre. Le gouvernement chinois n’a fait dans un premier temps aucun commentaire sur cette réunion. Les relations entre Pékin et Canberra sont au plus bas depuis 2020, à la suite de la demande par l’Australie d’une enquête indépendante sur les origines de la pandémie. Canberra avait ensuite exclu le géant chinois Huawei du marché pour la construction de son réseau de télécommunications 5G. La Chine, le plus gros partenaire commercial de l’Australie, avait riposté par des mesures de rétorsion visant plus d’une dizaine de produits australiens, dont le charbon, le vin et l’orge. M. Marles a indiqué avoir notamment évoqué l’incident de l’avion militaire de surveillance intercepté en mai par la Chine au-dessus de la mer de Chine méridionale ainsi que «l’intérêt permanent de l’Australie pour le Pacifique». Il s’agit notamment de la volonté de l’Australie de veiller à ce que «les pays du Pacifique ne soient pas mis dans une position de militarisation accrue», a-t-il déclaré. «Il est vraiment important en ce moment d’avoir des lignes de dialogue ouvertes», a ajouté M. Marles, également vice-Premier ministre de l’Australie. L’interception fin mai de l’avion de surveillance a été qualifiée par Canberra de «très dangereuse». L’Australie se bat pour contrer l’influence de la Chine dans le Pacifique. Le nouveau gouvernement de centre-gauche entend redoubler d’efforts dans cette région après des années de relations tendues également en raison du manque d’actions du précédent gouvernement australien en matière de lutte contre le changement climatique. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu en mai dans le Pacifique où il n’a pas réussi à obtenir le soutien nécessaire en vue d’un pacte de sécurité régional. Il a néanmoins signé une série d’accords. La nouvelle ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, s’est également rendue dans les îles du Pacifique depuis sa prise de fonction. M. Marles a souligné l’importance de garder les «lignes de dialogue ouvertes» avec la Chine. «Les relations entre l’Australie et la Chine sont complexes. Et c’est précisément en raison de cette complexité qu’il est vraiment important que nous engagions le dialogue dès maintenant». Interrogé sur les prochaines étapes, il a déclaré que l’Australie voulait agir de manière «très sobre et très délibérée. Nous ne sous-estimons pas les difficultés que nous avons rencontrées dans nos relations bilatérales». Il a souligné que «s’il y a un changement de ton, il n’y a absolument aucun changement dans la substance des intérêts nationaux de l’Australie». n