L’impôt sur la fortune figure parmi les mesures phares contenues dans le Projet de loi de finances complémentaires (PLFC 2020), adopté la semaine dernière par le Conseil des ministres. En cas d’adoption par le Parlement, cet impôt viendra renforcer le dispositif en la matière en s’ajoutant à l’impôt sur la fortune introduit par la Loi de finances complétée.
Une mesure qui devrait permettre «d’orienter les fonds vers l’investissement au lieu de les thésauriser ou d’acquérir des patrimoines», estime l’économiste Mohamed Cherif Belmihoub, dans une intervention sur les ondes de la Radio nationale, après avoir relevé que «beaucoup de surplus et de profits se sont accumulés durant les dernières années, et n’ont, malheureusement, pas été réinvestis, mais ont été patrimonialisés».
M. Belmohoub ne manquera pas de rappeler la distinction qu’il faut faire entre la fiscalité sur le capital et celle du patrimoine. Cette dernière est «une démarche qu’il faut développer, prône-t-il, soutenant qu’après avoir «amorcé cette année avec l’impôt sur la fortune, il faut aller encore plus loin pour que les gens patrimonialisent moins et capitalisent leurs surplus dans des investissements», a-t-il noté.
A propos de l’annulation du droit de préemption et de la règle 51/49 (à l’exception de cinq secteurs stratégiques) contenue dans le PLFC, l’économiste émet un avis très positif, jugeant ces mesures, et d’autres aussi, comme une occasion de casser les verrous qui freinent l’investissement en Algérie. Et pour cause, «le droit de préemption n’a pas servi à grand-chose», note-t-il, expliquant que «dans une économie ouverte, c’est un facteur de blocage, puisque le capital doit bouger et ne peut pas vivre dans une rigidité».
M. Belmihoub est revenu également sur l’épineux dossier de l’informel, dont souffre l’économie nationale depuis des décennies, sans que les gouvernements qui se sont succédé puissent trouver la solution idoine à ce fléau. Jugeant difficile d’estimer la masse monétaire détenue par ce secteur, il insistera sur la nécessité de trouver un rempart a cette situation en actionnant les mécanismes qu’il faut pour la canaliser. A ce propos, il faudra, s’il le faut, opter pour «la solution radicale en procédant au changement des billets de banque», préconise l’expert en économie.
Commentant la situation sanitaire à laquelle fait face l’Algérie, l’intervenant rappelle qu’après la crise politique, puis économique, engendrée par la chute des cours du baril de brut, il faudrait tirer des leçons sur les moyens à mettre en œuvre pour affermir «notre capacité de résilience». Aujourd’hui, relève-t-il, le pays s’est rendu compte que «les questions de sécurité sanitaire et alimentaire, en particulier, sont parmi les aspects les plus importants». Désormais, ajoute-t-il, les pays «pourtant très puissants, parce qu’ils ont tout délocalisé, réfléchissent à une gouvernance nouvelle, notamment celle d’une meilleure organisation de leurs services de santé», fait-il remarquer.
Pour M. Belmihoub, la transparence, la compétence et l’évaluation des actions sont «des éléments clés» à intégrer dans la gouvernance. A ces notions s’ajoutent la maîtrise des technologies du numérique ainsi que celles de la participation et de la solidarité, dira-t-il, considérant que celles-ci «doivent être prises en compte parmi les actions phares des institutions».
Quant aux réformes économiques à entreprendre, indépendamment de la situation créée par la pandémie de la Covid 19, il recommande d’éviter l’institution d’une politique d’austérité, laquelle, prévient-il, «va anéantir notre économie». En raison d’une éventuelle austérité, «à qui va-t-on vendre les productions des entreprises», s’interroge-il en guise de remise en cause de pareille démarche.
A propos de l’augmentation du SNMG et la suppression de l’IRG pour les revenus de moins de 30 000 dinars, l’économiste dira que «quoique cela ne suffit pas», ces mesures «sont des éléments qui permettent de garder un pouvoir d’achat, de susciter la consommation et donc de contribuer à la relance». Quant à l’augmentation des prix des carburants prévue dans le PLFC, M. Belmihoub estime qu’elle était «insuffisante», soulignant que les subventions doivent s’opérer au niveau des revenus et non pas sur les prix.
Interrogé sur la mouture de l’avant-projet de révision de la Constitution, M. Belmihoub a salué la constitutionnalisation de nouveaux droits ainsi que la réintroduction de la «liberté du commerce et d’industrie». Il n’omettra pas, toutefois, d’émettre certaines réserves sur le style de la rédaction de cette mouture, et après avoir constaté que «le texte va trop dans les détails» et que «sa rédaction a rendu la Constitution ‘grasse’, alors qu’elle est censée fixer les règles de base et les grands principes». Pour lui, «les détails stériles vont rendre rigide le fonctionnement de l’économie. Si on rédige une règle avec précision, on ne donne pas d’espace à la législation», ajoute-t-il.
En outre, la mouture reste «réservée» quant à la question de la décentralisation, selon l’économiste, qui propose dans ce cadre la création d’une circonscription regroupant plusieurs wilayas qui partagent les mêmes ressources naturelles ou qui jouissent d’une complémentarité économique.<