Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Chems-Eddine Chitour, a tenu à apporter des précisions à des réactions suscitées par les propos «sortis de leur contexte sur les réseaux sociaux» qu’il a tenus au Conseil de la nation, dans ses réponses aux questions des sénateurs sur la situation actuelle des universités algériennes.

«Mes propos, tels qu’ils ont été diffusés sur les réseaux sociaux, ont été sortis de leur contexte, ce qui a conduit à leur mauvaise interprétation». C’est en substance la réponse du professeur Chems-Eddine Chitour, après la réaction du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES).
«Lors de mon intervention devant les membres du Conseil de la nation, lundi 2 mars 2020, mes propos ont été sortis de leur contexte sur les réseaux sociaux, et des propos dénués de tout fondement m’ont été attribués concernant les enseignants», a-t-il affirmé, hier, dans un communiqué rendu public par son département ministériel. «J’ai parlé de l’encadrement pédagogique dans certains établissements universitaires et j’ai dit que l’encadrement par des enseignants de rang supérieur (professeurs et maîtres de conférence) était inexistant dans certains établissements, c’est-à-dire zéro», a précisé M. Chitour.
«En ma qualité d’enseignant, je ne pouvais pas tenir les propos qui m’ont été attribués. L’enseignant universitaire, quel que soit son grade, demeure l’axe central sur lequel s’articulera le développement de l’université algérienne et l’édification de l’université de demain», a-t-il encore assuré dans le même communiqué.
«Au Conseil de la nation, j’ai parlé des perspectives de l’Université à l’horizon 2030. J’ai été mal compris quand j’ai parlé des professeurs universitaires. Moi aussi j’en suis un. Même en tant que ministre, je continue d’enseigner à l’Ecole polytechnique d’Alger. Il y a eu une mauvaise interprétation de mes propos. Les universitaires sont mes amis, j’ai quarante ans d’enseignement et il y en a parmi eux que j’ai eus comme étudiants», a répondu le ministre à une chaîne de télévision qui l’avait abordé sur le même sujet. «Ils n’ont exploité que 30 secondes de mes propos alors que j’ai parlé pendant une demi-heure, disant que nous devons avoir un meilleur avenir pour l’université algérienne et que nous devons relever les défis qui nous attendent en mettant la main dans la main. Pour ce faire, j’attends beaucoup de l’enseignant universitaire que nous devons réhabiliter… j’ai aussi parlé de l’université en soulignant qu’il faut séparer la gestion administrative de la gestion pédagogique. L’enseignant universitaire doit jouer pleinement son rôle et nous sommes là pour le soutenir», a soutenu M. Chitour.

Université algérienne : le plaidoyer de Chitour
En écoutant l’intégralité des réponses du ministre Chitour au Conseil de la nation, il ressort qu’il a fait un véritable plaidoyer en faveur de l’université algérienne. L’amélioration des conditions de travail des enseignants, des conditions d’études pour les étudiants, sans oublier de redonner la place qui lui échoit à la recherche scientifique sont autant de thèmes sur lesquels il est revenu, avec ferveur.
Evoquant le rendement de l’université sur lequel il a été interpelé par les sénateurs, le ministre a répondu : «Si nous devons parler de rendement de l’université, il faut aussi que nous parlions des moyens dont elle dispose. En d’autres termes, il faut savoir qu’il faut avoir les moyens qui permettent d’avoir le rendement demandé. Le budget de l’enseignement supérieur est de 360 milliards de dinars pour 1,7 million d’étudiants. Cela nous donne 200.000 DA par an et par étudiant. Si nous faisons une simple comparaison avec d’autres pays, cela nous montrera la différence de taille qu’il y a entre eux et nous. Leurs budgets sont d’au moins l’équivalent de un million de dinars par an et par étudiant. Il n’y pas de moyens suffisants dans nos universités, pas de travaux pratiques… d’où l’université algérienne ne peut donc pas faire de miracles».
Le ministre, qui a parlé de «réalité amère» et d’«énormes problèmes» dans l’université, a évoqué «le plus grand des problèmes qui est la question de la déontologie, cette dernière n’étant plus ce qu’elle était durant les années 1960 et 1970», soulignant que «maintenant, tout se vend et s’achète», d’où «il faut revoir l’organisation de l’université».
Il a également parlé de la qualité, affirmant que l’université délivre quelque 350.000 diplômes par an. «C’est la quantité, mais quelle est la qualité ? Disons qu’environ 50.000 d’entre eux ont un bon niveau, et le reste ? Pouvons-nous continuer de la sorte ?», s’est-il demandé.
«Nous avons aussi un autre grand problème, celui de la technologie. Nous l’avons délaissée, alors que nous sommes au 21e siècle, l’ère de l’intelligence artificielle, de la robotique, du développement durable… Le taux de la recherche scientifique en Algérie est de 0,53% du PIB. Vous ne pouvez demander des miracles à l’université», a-t-il indiqué, revenant encore une fois sur les moyens de l’université. «Nos moyens sont limités. Il faut que nous soyons francs et que nous le reconnaîssions : les universités ont toujours été marginalisées. Ce qui leur est demandé, c’est qu’il n’y ait pas de problèmes en septembre, soit à la rentrée universitaire. Une fois que les étudiants rejoignent les bancs de l’université, celle-ci est oubliée durant le reste de l’année. Par la suite, on se demande pourquoi le rendement de l’université n’est pas à la hauteur de ce qui était attendu qu’elle réalise…», a plaidé le professeur Chitour avant d’insister qu’«il est temps, vraiment temps d’organiser l’université algérienne».<