PAR NAZIM BRAHIMI
Le non-respect du protocole sanitaire mis en place est manifestement l’une des singularités de la campagne électorale pour les législatives du 12 juin prochain, qui a abordé hier son cinquième jour avec des prétendants qui peinent à susciter l’adhésion des populations rétives aux discours des politiques.
Et si les partis politiques en lice ainsi que ceux qui se sont présentés sur des listes indépendantes disposent encore d’une quinzaine de jours avant le silence électoral qu’impose la loi, l’adhésion aux mesures de prévention contre la pandémie de la Covid-19 est une urgence à laquelle personne n’adhère. Y compris les chefs de parti qui sill
onnent les quatre coins du pays sans les précautions nécessaires. Sur les réseaux sociaux, on peut voir des leaders faisant fi du port de la bavette et s’adressant à des citoyens tout aussi insouciants de cette première règle de prévention que recommandent les médecins depuis plus d’une année.
Pourtant, il a été question pour cette campagne électorale d’un protocole sanitaire que tout le monde doit respecter. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), qui encadre l’opération, a fait part samedi dernier, soit 48 heures après le coup d’envoi de la campagne, d’un protocole sanitaire contre la propagation de l’épidémie. Les mesures annoncées par l’instance de Mohamed Charfi sont axées notamment sur l’obligation du port du masque correctement et en toutes circonstances, le respect de la distanciation physique entre tous les présents (organisateurs et citoyens) et la nécessité de prévoir deux accès dans les salles de meetings, un exclusivement pour l’entrée et le second pour la sortie en respectant le sens unique. Aussi, l’ANIE a insisté sur la nécessité d’éviter les poignées de main, les accolades et la distribution de boissons et de nourriture lors des meetings, de mettre à la disposition des participants du gel hydro-alcoolique, d’aérer les salles en permanence en laissant les portes et les fenêtres continuellement ouvertes et de nettoyer les salles après les meetings. Le protocole sanitaire prévoit également le maintien entre les sièges une distance de 1,5 m, l’installation de sièges spécialement pour les personnes âgées et celles aux besoins spécifiques, la prise de température à l’entrée et la désinfection du micro après chaque intervention. Or, toutes ces mesures n’ont pas trouvé leur traduction sur le terrain, ce qui ne devrait pas laisser indifférentes les autorités publiques qui doivent assumer leurs responsabilités.
Tout comme il est difficile, voire impossible, de trouver une trace à l’annonce de Charfi le 19 mai à Blida, où il a fait part de la création d’une structure médicale formée de médecins spécialistes chargée de veiller au suivi de l’application des mesures du protocole sanitaire préventif contre la Covid-19 tout au long de la campagne électorale. «Une structure médicale a été créée pour le suivi du respect du protocole sanitaire avec à sa tête le Pr. Bounedjar, membre de l’ANIE, également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus», avait indiqué à cette occasion Mohamed Charfi. Ce dernier a expliqué qu’afin de «préserver la santé publique et réussir ce rendez-vous électoral, il a été procédé à la désignation, au niveau des 58 coordinations de l’ANIE, d’un responsable «Covid Manager», chargé de veiller au respect du protocole sanitaire». Selon le même responsable, ces « Covid-Managers» ainsi que les coordinateurs des wilayas ont bénéficié de sessions de formation sur ce sujet», ajoutant qu’ils «veilleront à l’application du protocole sanitaire pendant les meetings populaires qui seront animés durant la campagne électorale». Pourtant et jusqu’à présent, ces encadreurs n’ont pas été vus ni les mesures qu’énonce le protocole sanitaire en question.
La semaine passée, le Dr Bekkat Berkani, membre du Comité de suivi, a appelé à la nécessité de respecter les mesures barrières dans les lieux des meetings et les bureaux de vote. Sa voix a-t-elle été entendue ou doit-on attendre à ce que le taux des contaminations quotidiennes repasse à la hausse pour se ressaisir ? <