Les députés se prononceront aujourd’hui sur le projet de loi sur la santé soumis aux discussions depuis une dizaine de jours. Présenté par le gouvernement comme une avancée notable dans l’amélioration et la modernisation du système national de santé, ledit projet a fait l’objet de critiques sévères de la part des partis de l’opposition et des organisations syndicales relevant du secteur de la santé publique.

Plusieurs points proposés dans le projet de loi ont suscité la colère des acteurs du secteur. Le maintien du service civil est parmi ces points qui ne font pas consensus. En grève depuis plus de cinq mois, les médecins résidents rejettent ce projet qui « consacre », selon eux, la discrimination à l’égard des médecins spécialistes en raison du maintien du caractère obligatoire du service civil. Pour marquer leur colère, ils ont tenté d’organiser la semaine dernière une manifestation devant le siège de l’APN, empêchée par les forces de l’ordre. De leur côté, les pharmaciens avaient menacé de faire grève pour protester contre un article de ce projet de loi qui offre la possibilité aux non-diplômés en pharmacie de devenir copropriétaire de pharmacie. Grâce à leur forcing, ils ont réussi à avoir gain de cause. En effet, l’article en question a été tout simplement supprimé par la commission santé à l’APN. Pour leur part, les médecins généralistes, par le biais de leur syndicat SNPSP, ont manifesté leur crainte quant aux conséquences de cette loi sur la qualité des soins et le rôle de l’Etat. Animant une conférence de presse consacrée au sujet, le président du SNPSP Lyes Merabet a déclaré, le 22 avril dernier, que la santé publique est menacée par ce projet de loi. Il estime que derrière ce projet de loi se cache une volonté déguisée de livrer progressivement le secteur de la santé aux opérateurs privés et de réduire l’apport de l’Etat dans la prise en charge des patients algériens. Il est allé jusqu’à dire que la gratuité des soins est mise en péril par ce projet de loi. Dans un document, le SNPSP qualifie le texte proposé de «code pénal bis » qui consacre la prédominance de l’administration sur le personnel médical et paramédical. Cette inquiétude est partagée par d’autres organisations syndicales du secteur de la santé. Côté partis politiques de l’opposition, le constat est presque le même. Le Parti des travailleurs (PT), qui met en garde contre ce projet depuis 2014, a multiplié les sorties ces derniers jours pour appeler tout simplement à son retrait. Pour la secrétaire générale du parti Mme Louisa Hanoune, ce projet consacre « le retour au Moyen-Age » et une « discrimination entre les enfants du même peuple ». Elle accuse ouvertement ses concepteurs de vouloir démanteler le système de santé et l’offrir en cadeau « aux prédateurs ». Pour elle, le président de la République M. Abdelaziz Bouteflika doit intervenir pour retirer ce projet de loi. Le Front des forces socialistes (FFS) pense, également, nécessaire une deuxième lecture des textes proposés. Ses députés à l’APN n’ont pas arrêté de plaider, dans leurs interventions, pour le retrait de ce texte polémique. Comme le PT, le FFS estime que la gratuité des soins est remise en cause par le projet de loi proposé par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Dans son intervention, le député du parti Djamel Bahloul évoque une violation de la Constitution et du caractère social des fondements de l’Etat algérien.
Le nombre de propositions d’amendement de ce projet de loi, déposées par les députés, témoigne de l’absence de consensus autour de cette question. En tout, les membres de la chambre basse du Parlement ont déposé 73 propositions d’amendement. Quarante-deux de ces dernières ont été déjà rejetées par le bureau de l’Assemblée. La présentation de propositions d’amendement aujourd’hui devant les députés risque d’enflammer les débats et pourrait provoquer des tensions entre députés, notamment si on sait que les parlementaires du Parti des travailleurs affichent une détermination de fer à bloquer le passage de cette loi.
Toutefois, il y a lieu de rappeler que les partis politiques qui s’opposent au projet de loi sur la santé, dans sa version proposée par le gouvernement, ne disposent pas de suffisamment de députés pour pouvoir peser dans le processus de son adoption. Autrement dit, le gouvernement pourra compter sur les députés de la majorité parlementaire pour faire passer son projet.n