S’il ne fait pas partie des prétendants à la magistrature suprême à l’occasion de la présidentielle du 12 décembre prochain, Mohamed Charfi est d’ores et déjà l’acteur principal de cette échéance dont la tenue partage et divise les courants politiques entre
partisans et adversaires dans un contexte d’incertitude politique jamais observé auparavant même durant les séquences les plus dramatiques que le pays a connues durant plus d’un siècle d’émancipation de la tutelle coloniale.
Mais de qui Charfi est-il le nom ? Ce natif d’Oued Zenati n’est un pas un inconnu dans le monde algérien de la politique : ex-garde des sceaux sous le gouvernement de Ali Benflis, c’est donc naturellement et en tant que juriste qu’il se retrouve aujourd’hui dans la robe de l’avocat de la présidentielle du 12 décembre. Comment est-il arrivé à cette fonction appelée à disparaitre d’ici la fin de l’année ? Le président de l’autorité électorale vient de la justice, un secteur pourvoyeur de cadres de l’Etat surtout quand ce dernier est en crise. Il fait également partie des « proscrits » de l’ancien régime Bouteflika, dit-on, parti du gouvernement comme l’a fait M. Benflis.
La différence entre les autres hommes est que l’un a choisi de se retirer des affaires politiques et de l’Etat et que l’autre, qui court toujours derrière une revanche après ses échecs électoraux de 2009 et de 2014 et après sa relation conflictuelle avec le président déchu, a choisi le combat politique et le choix de créer une formation partisane – Talaie El Hourriyet – pour donner corps à sa soif de réparation. Rien d’étonnant, donc, à ce que
M. Charfi se retrouve dans la position qui est la sienne actuellement : son profil de sacrifié – toujours prêt à répondre à l’appel du devoir – a dû peser dans le choix de ceux qui se sont rappelés de lui et l’ont appelé de nouveau au service.
Avec quel succès ? Redoutable question quand on sait comment est venu et comment est sorti Karim Younes et son panel pour le dialogue et la médiation. Ni le dialogue ni la médiation n’ont véritablement commencé ou abouti, mais l’ancien président de l’APN et ses collaborateurs ne sont plus qu’un vague souvenir dans l’esprit de l’opinion. On s’en souvient encore pour n’avoir pas réussi à libérer les détenus d’opinion et de n’avoir pas pu mener leur feuille de route jusqu’au bout : établir un consensus avant que l’on songe à convier les Algériens aux urnes.
Redoutable question également quand on se rend compte que depuis le 15 septembre, date de mise en fonction de l’instance de contrôle des élections, Mohamed Charfi n’est pas dans l’action – hormis les questions techniques et logistiques d’organisation d’un vote – mais dans l’exhortation des électeurs à voter. Il s’agit en effet pour l’instance qu’il dirige de multiplier les promesses de garantie d’un jeu électoral soustrait à la triche et à l’annonce de l’installation de ses délégations au niveau local.
Pour une autorité électorale chargée d’effacer un lourd héritage fait de
« détournement » des voix et de
« falsification » des résultats, c’est pour le moins insuffisant et synonyme de la difficulté du terrain dans lequel l’ancien garde des sceaux a accepté de s’engager. Jusqu’à faire des déclarations qui feraient sourire par leur naïveté, « la fraude, a-t-il dit, relèvera désormais du domaine de l’impossible», alors que l’idée même d’une présidentielle n’est pas acceptée par tout le monde.
La naïveté de son propos peut être expliquée par le réflexe de chaque avocat – sa profession actuelle en ce qui concerne le scrutin de décembre prochain – à plaider sa cause ou celle de ses clients. Elle se comprend surtout par le fait que M. Charfi n’a plus beaucoup de temps devant lui pour que son instance
« assume, devant l’histoire, la responsabilité de protéger la voix du peuple et son choix». En décrypté, la mission qui lui est dévolue d’accélérer le processus électoral considéré par le pouvoir réel comme la seule issue à l’impasse algérienne actuelle. Abdelwahab Derbal, qui a assumé une pareille fonction quand le temps politique était plus stable qu’il ne l’est maintenant, du moins aux yeux du pouvoir, en sait quelque chose. <