Par Valérie LEROUX
Le président français Emmanuel Macron a réclamé de «la transparence» sur les incidents au Stade de France de la part du gouvernement, qui a fait un début de mea culpa mercredi, avant une audition très attendue au Sénat des ministres de l’Intérieur Gérald Darmanin et des Sports Amélie Oudéa-Castéra. «On aurait sûrement pu faire mieux», a concédé Olivia Grégoire, la porte-parole du gouvernement, à l’issue du Conseil des ministres, alors que la polémique sur le chaos survenu samedi en marge de la finale de la Ligue des champions ne désenfle pas. Le chef de l’État a demandé au gouvernement «la transparence, la lumière sur les faits, des pistes pour que ça ne se reproduise plus, et de la réactivité», a-t-elle rapporté. Une attente qui serait même «une obsession» pour M. Macron, a insisté la porte-parole, tout en appelant à «garder un peu de sang-froid, même si les choses sont à améliorer». À l’approche des élections législatives (12 et 19 juin), l’affaire a pris un tour hautement politique et jeté une ombre sur la capacité française à organiser des événements sportifs majeurs, à un an du Mondial-2023 de rugby et à deux ans des Jeux olympiques à Paris. «Est-ce que la France est un grand pays capable d’accueillir des grandes manifestations sportives internationales ? Oui et 4 fois oui», a rétorqué Mme Grégoire. Les deux ministres vont se retrouver sous le feu des questions des commissions des Lois et de la Culture à partir de 17H00 (15H00 GMT), lors d’une séance ouverte à la presse et retransmise sur le site du Sénat. «Ce que nous allons essayer de savoir c’est : où sont les responsabilités et où sont surtout les difficultés», a prévenu le président de la commission des lois François-Noël Buffet (LR, droite) sur Franceinfo.

«Mensonge gravissime»
La controverse reste vive autour du dispositif de maintien de l’ordre en marge du match le plus important de la saison en Europe, remporté par le Real Madrid (1-0) face à Liverpool. Le directeur exécutif du club anglais Billy Hogan a annoncé que la plateforme de collecte des témoignages des supporters des Reds mise en place lundi avait déjà reçu 5.000 réponses en 24h. Ce qu’il a lu l’a «horrifié» : «Des hommes, femmes et enfants, des gens valides et d’autres moins, ont été traités sans discernement au cours de la journée de samedi», a-t-il regretté. Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra incriminent depuis samedi soir les supporteurs britanniques, les jugeant en grande partie responsables en raison d’une «fraude massive, industrielle et organisée de faux billets». Selon Gérald Darmanin, «30.000 à 40.000 supporters anglais se sont retrouvés au Stade de France, soit sans billet, soit avec des billets falsifiés». Des chiffres très controversés, en France comme outre-Manche. Cette situation a, selon les autorités, entraîné près du Stade de France un engorgement massif, des débordements et une intervention des forces de l’ordre, qui n’ont fait aucun blessé grave. Un «mensonge gravissime», a dénoncé mercredi Marine Le Pen estimant que Gérald Darmanin «devrait de lui-même considérer qu’il doit partir». «Un ministre qui ment, c’est une mauvaise nouvelle et pas de bon augure pour le quinquennat qui s’annonce», a estimé de son côté l’eurodéputé de la gauche radicale Manuel Bompard (LFI) sur Franceinfo. Sur le gril, M. Darmanin conserve toutefois «toute la confiance du président de la République», selon Olivia Grégoire. La Fédération française de football a défendu le dispositif renforcé mis en place aux abords du stade. Pour l’heure, la FFF et l’UEFA ont évalué à «2.800» le nombre «de faux billets scannés» samedi, selon des sources proches du dossier, confirmant une information de RMC Sports. Mais parmi ces 2.800 faux billets peuvent figurer de vrais billets ayant été mal activés, selon Pierre Barthélémy, avocat de groupes de supporters français présent samedi au stade.
Pour leur part, les services de renseignements avaient alerté les autorités dès le 25 mai de la présence «d’environ 50.000 supporters anglais» qui «ne seront pas détenteurs de billets». Sur le plan judiciaire, trois hommes, des étrangers en situation irrégulière, ont été condamnés mardi en comparution immédiate à des peines allant de six mois de prison avec sursis à dix mois d’emprisonnement ferme pour des vols commis sur des supporters. <