Avec ses 1 700 000 étudiants, ses 65 000 enseignants et ses 350 000 diplômés chaque année, l’université algérienne va-t-elle enfin opérer sa mue ? Selon le ministre du secteur, il est important que cela se produise compte tenu des enjeux futurs. Dans cette perspective, «des chantiers sont à mettre en exécution en priorité». C’est ce qu’il soutient tout en insistant, lors de son passage hier sur les ondes de la Radio publique Chaîne III, «en premier lieu, de sortir des schémas classiques d’enseignement». Il en veut pour preuve, «beaucoup de cursus ne correspondent plus à des métiers». C’est pourquoi, le ministre juge qu’«il faudra revoir tout, mais par petite initiative, et non de façon brutale». Dans cette optique, il est d’avis de commencer «à introduire le module d’anglais dès la première année universitaire, c’est-à-dire dans chaque cursus d’enseignement». Arguant dans ce sens que «tous les pays du monde écrivent, enseignent et publient en langue anglaise. Notre université ne doit plus continuer à évoluer en marge de cette donne universelle». A l’adresse des étudiants qui seraient sceptiques à cette initiative, notamment ceux en fin de cursus universitaire, l’invité de la radio a tenu à les rassurer. «J’ai demandé aux centres de recherches d’aider les étudiants dans leur travail de traduction de leur thèse en anglais», a-t-il précisé. Abondant dans ce sens, «les étudiants en dernière année doivent fournir un effort pour au moins résumer leur thèse en langue anglaise en une dizaine de pages». Ce qui correspond, selon le ministre, «à tout au plus une publication scientifique». Toujours à propos de l’introduction de l’anglais, il a tenu à faire savoir qu’«elle se fera graduellement». Sur ce point, il a rapporté qu’«à l’université de Sidi Abdellah, les cours sont donnés en anglais dès la première année universitaire».
Concernant la décision du gouvernement d’exclure l’idée d’une année blanche, le ministre a expliqué : «Cela aurait pu être le cas si les arrêts des cours avaient débuté à la fin du premier trimestre, mais étant donné qu’ils se sont poursuivis jusqu’à la mi-mars, cela devenait impensable. D’autant plus que le retard cumulé ne dépasse pas les dix semaines.» Pour rattraper le retard, l’intervenant a donné le mode opératoire. «Avec l’accord des enseignants et des étudiants, nous avons opté pour la mise en place de plateformes d’enseignements qui se sont concrétisées sur le terrain grâce au concours du ministère de la Poste et des Télécommunications. Ainsi, l’étudiant pourra suivre ses cours qui seront assurés gratuitement et aussi pouvoir être en contact avec le professeur pour obtenir des explications le cas échéant. En clair, une sorte de fedback», a-t-il expliqué. Ce dernier indique en outre : «Par le biais de cette initiative, il sera possible de terminer l’année universitaire la dernière semaine du mois d’août prochain. Mais pour ce qui concerne les étudiants en fin de cursus, nous allons tout faire pour qu’ils soutiennent leur thèse entre juin et septembre même dans une salle vide, c’est-à-dire à huis clos. A cet effet, il sera possible de prévoir la rentrée universitaire en octobre.»
Pour une bourse à 10 000 DA et de meilleures conditions pour
les enseignants
S’agissant du baccalauréat, bien que précisant que cet examen ne relève pas de ses prérogatives, le ministre a quand même avancé : «Cette épreuve devant se tenir à la fin de septembre, sa correction prendra au moins un mois et les nouvelles inscriptions à l’université 15 jours, il faudra compter une rentrée universitaire à la fin du mois d’octobre prochain.»
L’invité de la radio a aussi abordé le sujet de la recherche universitaire pour laquelle il déplore qu’elle ne soit pas en phase avec les besoins du pays. «Il sera demandé aux 48 centres universitaires que compte le pays de former utile», a lancé le ministre. «J’ai instruit tous les recteurs pour rendre effective cette orientation», a-t-il ajouté. Pour le ministre, il faut que cela se fasse car il est convaincu que «les 350 000 nouveaux diplômés universitaires par an pourraient créer des milliers de start-ups».
Comme il a soutenu : «L’Université algérienne est un immense incubateur, un immense bureau d’études à la disposition du pays et de ses entreprises.» Le ministre a aussi abordé la question des conditions de travail des enseignants universitaires. «Je vais me battre pour que les choses s’améliorent pour eux, mais il faudra que le corps enseignant soit conscient de l’intérêt de doubler la cadence des cours afin de rentabiliser les centres universitaires». Sur la question de la revalorisation des salaires des enseignants et des chercheurs, il dira que «des paradoxes existent et il faudra un jour ou l’autre que cela change en faveur du corps enseignant».
Dernier point abordé, celui des œuvres universitaires, entre autres la bourse des étudiants. «Un montant de 10 000 DA me paraît tout à fait approprié pour permettre à l’étudiant de vivre dignement», a suggéré en conclusion le ministre. <