Le limogeage avant-hier du ministre des Finances Abderrahmane Raouya, qui est intervenu moins d’un mois après celui du gouverneur de la Banque d’Algérie Rostom Fadhli, relance le débat sur les réformes qui attendent les secteurs bancaire et financier.

PAR INES DALI
Le chantier des réformes économiques pour stimuler les investissements nationaux et étrangers connaît un début avec la révision du cadre législatif, notamment avec le lancement de l’avant-projet de loi sur les investissements qui se trouve actuellement au niveau de l’Assemblée populaire nationale (APN) pour débat. Il reste que la réforme bancaire et financière tarde à voir le jour, alors qu’elle est censée aller de pair avec ce qui a été entrepris pour booster les investissements. N’est-il pas alors urgent de la voir aboutir ?
Contacté à ce propos, l’économiste Mohamed Achir répond par l’affirmative. «Effectivement, car il y a une interconnexion entre les deux réformes. Il y a une interconnexion entre la sphère réelle, qui est l’investissement, et la sphère bancaire et financière», a-t-il déclaré. «Il ne peut pas y avoir de croissance dans la sphère réelle si elle n’est pas accompagnée par un système bancaire et financier adéquat», a ajouté M. Achir, qui est également enseignant d’économie à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.
Par système bancaire et financier adéquat, il explique qu’il s’agit d’«un système facilitateur, qui balise en quelque sorte les modes de financement, les systèmes de changes, surtout concernant la diversification des modes de financement des investissements, en termes d’instruments financiers, d’institutions de financement et d’établissements financiers. Mais aussi en termes de transfert de la devise et de changes pour stimuler davantage les investissements directs étrangers». Ce qui l’amène à dire que «tout ceci cadre l’investissement et c’est prévu dans la loi 03-11 sur la monnaie et le crédit». Il y a actuellement élaboration d’un avant-projet pour la réforme de cette loi mais les contours n’ont pas encore été révélés.
D’aucuns se posent la question de savoir si l’instabilité à la tête des institutions financières et bancaires du pays, notamment les changements opérés au niveau du ministère des Finances et de la Banque d’Algérie, pourrait avoir une influence sur le cours des réformes du secteur. «La stabilité, en général, a un impact sur l’environnement économique et sur l’investissement. Ce à quoi il faut faire attention et accorder un intérêt particulier, c’est l’instabilité du cadre normatif et non l’instabilité ou le changement des personnes. Toutefois, lorsqu’il y a changement du gouverneur de la Banque d’Algérie, c’est un signal qui impacte l’environnement économique dans les pays développés, mais en Algérie, il n’y a pas assez d’influence», a estimé l’économiste. Il reste tout de même que «c’est la stabilité des lois, quelle que soit leur nature, des institutions et des instruments qui a une influence. Ce qui veut dire que les institutions doivent transcender les personnes, pour que les actions institutionnelles ne soient pas otages de personnes responsables à un poste», a ajouté M. Achir. Ce raisonnement n’est pas propre à l’Algérie, mais «c’est ce qu’on appelle dans la mention globale l’Etat fonctionnel, c’est-à-dire que l’Etat fonctionne avec ses institutions, son système. Ce ne sont pas les personnes qui le font fonctionner. En somme, on peut donc opérer des changements de personnes mais l’Etat continue de fonctionner», a-t-il indiqué. Il y a toutefois une exception concernant la Banque centrale, car selon l’économiste, «la stabilité du poste de gouverneur de la Banque d’Algérie même en personne est un élément impératif». Ce qui n’est pas le cas pour le ministre des Finances qui, lui, est «un haut fonctionnaire de l’Etat qui exécute le programme du gouvernement, du président de la République», a-t-il dit. «Lorsque le gouverneur d’une banque centrale donne une conférence de presse, dans les pays développés, ce sont toutes les institutions bancaires, les marchés financiers et autres qui suivent avec attention ses déclarations, pour ne pas dire qu’ils tremblent», a-t-il dit.
Pour rappel, l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie Rostom Fadhli a été limogé, le 23 mai dernier. Il avait occupé ce poste en juin 2020 en tant qu’intérimaire avant d’être confirmé en septembre de la même année, en succession à Aïmene Benabderrahmane qui avait alors pris ses fonctions en tant que Premier ministre. Actuellement, c’est Salah Eddine Taleb qui occupe ce poste clé. Quant au désormais ex-ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, il a occupé ce poste durant quatre mois et demi avant d’être limogé et remplacé par le Secrétaire général du ministère qui est chargé de gérer les affaires dudit département ministériel par intérim. <