Sacré défi que celui auquel est confronté l’actuel gouvernement, condamné à faire table rase des précédentes politiques énergétiques, afin de garantir la sécurité énergétique aux prochaines générations.

Par Hakim Ould Mohamed
Cependant, un modèle énergétique de substitution devrait tenir compte de plusieurs facteurs, dont l’évolution de la consommation domestique versus volumes destinés à l’export, ramée à la croissance de la production primaire d’hydrocarbures. En analysant les deux paramètres, il en ressort que les statistiques volumétriques disponibles accréditent l’idée d’une sécurité énergétique garantie même au-delà de 2040, mais le pays devrait à l’avenir faire le choix de satisfaire la demande interne en sacrifiant les quantités d’hydrocarbures destinées à l’exportation ou alors de maintenir ses exportations au détriment de la couverture d’une partie non négligeable de la demande domestique en produits énergétiques. Il y a fort à craindre que si rien n’est fait pour inverser la tendance en matière de consommation et de production, le pays va devoir faire des choix difficiles dès 2030, tant il est vrai qu’au rythme où va la demande interne, la cadence de la production pourrait ne plus pouvoir dégager des excédents à l’exportation. Clairement, le taux de croissance de la consommation énergétique par rapport à celui des réserves et de la capacité de production à long terme est l’un des principaux paramètres de vulnérabilité de l’Algérie, en sus de la nature des usages au point de vue production de valeur ajoutée.
Selon les statistiques officielles, la consommation de gaz naturel, qui était de 42 milliards de m3 en 2019, passerait à 47 milliards m3 en 2023 et à 75 milliards de m3 en 2030. La consommation des carburants passerait en revanche de 16 millions de tonnes en 2015 à 30 millions de tonnes en 2030. L’ensemble des indicateurs de la consommation devrait ainsi doubler d’ici 2030, alors que la production stagne depuis maintenant plus d’une décennie, ce qui pourrait contraindre le pays à couper dans ses volumes destinés à l’export pour pouvoir couvrir la demande domestique. Face à cette perspective pour le moins angoissante, le salut ne proviendra plus de la production car, même si celle-ci parviendrait à rééquilibrer la balance de la consommation interne et des volumes destinés à l’export, la rente dépendra du marché et non du niveau de production. Et encore, les spécialistes nourrissent de sérieux doutes quant aux espérances de renouvellement des réserves en hydrocarbures conventionnels. Pour ainsi dire, l’heure ne plaide plus en faveur des paris improbables sur la reprise des cours du brut sur le marché mondial, mais plutôt au profit d’une politique économique et budgétaire moins dépendante des hydrocarbures aussi bien en matière de consommation qu’en termes de recettes budgétaires et fiscales. Le besoin d’une transition vers un nouveau modèle de consommation et de production énergétique n’a jamais été aussi pressant. Or, l’investissement dans les énergies renouvelables exige une révision de fond en comble du cadre réglementaire, des incitations fiscales et juridiques à l’autoconsommation, des tarifs de rachat intéressants pour le surplus de production que les clients peuvent injecter dans le réseau, des débouchés nationaux à l’industrie du solaire et de l’éolien… C’est dire que la transition vers une nouvelle politique énergétique exige une véritable feuille de route qui devrait privilégier la diversification des sources d’énergie et des modèles de consommation et de production «longtermistes». Le programme national d’efficacité énergétique et celui dédié au développement des énergies renouvelables, qui devait porter à 27% la part des énergies propres dans le mix énergétique national, mis en place en 2015, pédale dans la semoule faute de volonté politique. L’intérêt naissant en faveur du renouvelable doit être suivi d’actes forts pour créer la dynamique nécessaire à la transition tant espérée. Faute de quoi, les recommandations des séminaires et les discours politiques finiront encore une fois par être de simples intentions.