L’Afrique est le continent le plus vulnérable aux changements climatiques, dont les conséquences seront durement ressenties, tant sur le plan sanitaire que socio-économique, a alerté l’Agence des Nations unies dans un rapport publié lundi. En effet, selon les conclusions du rapport multi-agences coordonné par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la hausse des températures et l’élévation du niveau des mers ainsi que la multiplication des phénomènes météo extrêmes «menacent la santé et le développement socio-économique» de l’Afrique.

Pour le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, cité dans le rapport, le changement climatique a un impact croissant sur le continent africain, frappant plus durement les plus vulnérables et «contribuant à l’insécurité alimentaire, au déplacement des populations et à la pression sur les ressources en eau».
Petteri Taalas affirme que ces derniers mois, «nous avons été témoins d’inondations dévastatrices, d’une invasion de criquets pèlerins et nous sommes maintenant confrontés au spectre imminent de la sécheresse». Des conséquences directes du changement climatique dont «le bilan humain et économique a été aggravé par la pandémie de la Covid-19», a ajouté le Secrétaire général de l’OMM.
Dans le rapport publié par l’ONM, qui donne un aperçu des tendances climatiques actuelles et futures ainsi que l’impact économique de secteurs sensibles comme l’agriculture, il note que l’année 2019 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées sur le continent. De vastes régions d’Afrique connaîtront un réchauffement supérieur à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels d’ici les deux dernières décennies de ce siècle, selon les scénarios du cinquième rapport d’évaluation du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).
L’un des impacts directs de l’augmentation des températures est l’élévation du niveau de la mer et de l’érosion côtière, qui enregistre une grande variabilité régionale sur le continent.
A titre d’exemple, l’augmentation du niveau de la mer a atteint 5 mm par an dans plusieurs zones océaniques entourant le continent. Il a même dépassé 5 mm par an dans le sud-ouest de l’océan Indien. C’est plus que l’élévation moyenne du niveau de la mer au niveau mondial de 3 à 4 mm par an.
De même, la dégradation et l’érosion des côtes constituent également un défi majeur, en particulier en Afrique de l’Ouest. Plus de la moitié des côtes du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Togo sont en train de s’éroder et «cette situation devrait s’aggraver à l’avenir». Les changements climatiques se traduisent aussi par le déchaînement des éléments d’une grande violence, à l’exemple du cyclone tropical «Idai», qui a été l’un des cyclones tropicaux les plus destructeurs jamais enregistrés dans l’hémisphère sud, faisant des centaines de victimes et des centaines de milliers de déplacés. Paradoxalement, la Corne de l’Afrique est passée de conditions très sèches, en 2018, et pendant la majeure partie de 2019, à des inondations et des glissements de terrain associés à de fortes précipitations dès la fin 2019. Les inondations ont également touché le Sahel et les régions environnantes de mai à octobre 2019.
30 à 50 milliards dollars par an nécessaires
Pour rappel, il y a une semaine, le Fond monétaire mondial (FMI) avait estimé que l’adaptation de l’Afrique au changement climatique coûtera entre 30 et 50 milliards dollars par an dans la décennie à venir. Au cours des réunions annuelles de la Banque mondiale (BM) et du FMI qui se sont tenues en ligne, Genet Zinabou, un membre du département fiscal du FMI, a affirmé que le continent a besoin de mobiliser ces fonds auprès des institutions financières internationales pour réaliser ces importants investissements.
«Nous estimons qu’une sécheresse additionnelle peut réduire la croissance économique à moyen terme de l’Afrique de près de 1 %. Les ménages qui sont victimes de sécheresse ou d’inondation sont plus vulnérables de 20 % à l’insécurité alimentaire. Les gens ont vraiment besoin de protection», a affirmé Genet Zinabou. Ces fonds devraient se concentrer sur trois secteurs prioritaires pour éviter que leurs économies ne soient durement affectées par les effets du changement climatique. Il faudrait investir dans des infrastructures résilientes aux chocs naturels dans la population, l’éducation, la santé et les mécanismes de protection sociale prioritairement, et dans l’amélioration des standards de vie.<