Le changement climatique et la contamination environnementale touchent de plein fouet un des poumons de notre planète, l’Amazonie. Après le Brésil, le Pérou compte la deuxième plus grande superficie de la forêt amazonienne. Riche en ressources naturelles, ce trésor de biodiversité est aujourd’hui en danger. Est-il encore temps de changer le cours des choses ou les dégâts sont-ils irréversibles ?

Reportage réalisé par Lucie TOUZI et Alejandro RUSSENBERGER
En effet, au Pérou, la forêt amazonienne occupe plus de la moitié du territoire national. Celle-ci est menacée quotidiennement par les activités humaines -les exploitations minières et d’hydrocarbures, les centrales hydroélectriques, l’agriculture non durable ou encore la déforestation – qui détruisent progressivement cette immense biodiversité que nous offre la forêt amazonienne. L’image d’étendues vertes à perte de vue est malheureusement bien loin de la réalité. Il suffit d’ouvrir les yeux et de lever la tête pour apercevoir des sommets complètement rasés, brûlés ou déjà cultivés. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA), entre 2000 et 2010, le monde a perdu sept millions d’hectares de forêts et  gagné six millions d’hectares pour la culture ou le pâturage pour les animaux. L’agriculture est le principal facteur de la déforestation au niveau mondial. « Ici, il y a beaucoup de cultures d’ananas et de curcuma, et ceci est un véritable péché car les forêts sont pratiquement brûlées, cultivées et ces terres sont alors dégradées », explique Manuel Alban, conseiller technique de l’ONG Separ, qui travaille avec les communautés natives depuis des années, tout en ajoutant que  « pour récupérer leur couverture végétale initiale il va falloir attendre de longues périodes ». 

Les entreprises s’installent
De plus, l’activité des entreprises jouent un rôle important dans la contamination environnementale de la forêt amazonienne. Ce n’est pas un secret, l’Amazonie péruvienne est dotée d’une richesse incommensurable qui attire, bien évidemment, l’attention d’innombrables entreprises et principalement des capitaux étrangers. Ces activités s’exercent parfois sans le respect des organismes compétents ou tout simplement de manière illégale. Carlos Chavarría, responsable de Fredapi,  Front de défense pour l’environnement de Pichanaki, se bat depuis plusieurs années pour la défense de l’environnement et il ne peut pas concevoir qu’il se détériore de cette façon. « En raison de l’exploitation minière, les rivières ont été polluées, ce qui affecte les plantes, les animaux et, par conséquent, la population locale », a-t-il exprimé avec angoisse. En outre, il a avoué que pour lui, bon nombre de ces dommages sont irréversibles et que, si tout cela ne se freine pas dans un futur proche, les conséquences et les changements négatifs à venir seront encore plus importants. De son côté, Antonio Anchiraico, qui est né et a grandi dans la région de la Selva Central (Amazonie du Pérou), reconnaît que les rivières sont polluées et assure qu’aucune autorité n’agit. Par exemple, à l’heure actuelle, il explique qu’il est impossible de se baigner dans ces eaux. « Avant, nous allions nous baigner dans la rivière, mais maintenant c’est impossible car celle-ci est contaminée par les résidus des entreprises d’exploitation minière et par les déchets générés par les villes elles-mêmes », a-t-il confirmé. 

Les effets du changement climatique
Toutes les activités mentionnées jusqu’à présent contribuent directement ou indirectement aux émissions de gaz à effet de serre, elles sont donc en partie responsables de l’accélération du réchauffement climatique qui se fait ressentir de plus en plus fortement au niveau mondial. Certes, depuis ses débuts, la planète a toujours été en changement permanent mais, selon les scientifiques du monde entier, la rapidité du processus du changement climatique n’a pas de cause naturelle. Quelques-uns de ces effets sont les changements de température et des précipitations au niveau régional, la diminution du débit d’un grand nombre de fleuves, l’augmentation de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, l’augmentation du niveau de la mer et l’acidification des océans. A son tour, ces changements génèrent des impacts sur la biodiversité, ce qui provoque l’extinction d’espèces et la dégradation des écosystèmes naturels. Fredy Valencia, spécialiste de l’environnement à la municipalité de Chanchamayo, province du centre du Pérou, affirme que « le changement climatique est actuellement une réalité et qu’il est en train de tout changer. Les effets se font ressentir sur les microclimats et les températures. L’agriculture, les périodes de semis et de récoltes ont changé, certaines maladies qu’on ne connaissait pas comme c’est le cas, par exemple, de la rouille noire ou encore de la  mouche des fruits, sont apparues. On peut également parler des incidences sur les maladies respiratoires des personnes. On peut aussi parler de l’enrichissement soudain ou de l’appauvrissement de différents fruits et sols en raison de pluies parfois intenses ou bien d’une forte sécheresse. Cela altère finalement les écosystèmes, et évidemment la biodiversité se mobilise différemment, car elle cherche un confort en accord avec sa constitution. » 

Que nous réserve le futur
L’urgence d’agir est un fait relayé au niveau mondial. Cependant, des paroles aux actes, la frontière reste large… L’éducation à la protection de l’environnement est un premier pilier fondamental pour continuer d’espérer que les générations futures ne répètent pas les mêmes erreurs que leurs ancêtres. Il ne faut plus attendre et prendre conscience dès à présent de l’importance de protéger l’environnement qui nous entoure. « Si rien n’est fait rapidement pour protéger notre environnement et si l’être humain se résigne à vivre comme il le fait à l’heure actuelle, alors tout va empirer dans les prochaines années à venir et il sera trop tard pour agir », affirme Roberto Chavarria, président de Fredapi.
De son côté, Domingo Suárez, président du   Front de défense pour l’environnement de Perené, fait appel à l’Etat pour protéger les richesses de la forêt amazonienne, « si les lois ne changent pas, si les lois continuent de se maintenir comme elles sont jusqu’à aujourd’hui, en favorisant les entreprises étrangères, en favorisant les entreprises qui veulent investir ici, je vois une Amazonie désertique ».
Aujourd’hui, le mouvement mené par la jeune Suédoise, Greta Thunberg, a permis de réveiller ces jeunes générations qui ont peur pour le futur de leur planète.
Avec le hashtag « fridayforfuture », les jeunes du monde entier ont trouvé un moyen de se faire entendre et d’agir pour sensibiliser à la protection de l’environnement. Ceci est un premier pas vers le changement.